<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592</id><updated>2011-10-17T22:54:39.118+02:00</updated><title type='text'>Littérale Infortune</title><subtitle type='html'>La Lettre &amp;amp; le vivant.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>116</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4510667694655156592</id><published>2011-03-13T14:58:00.002+01:00</published><updated>2011-03-13T20:21:27.159+01:00</updated><title type='text'>Itinerarius Filosoficus (Gaminerie)</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;J'étais jeune, et je ne me doutais pas que je puisse avoir tort. Je ne me souciais de rien, en ce temps là, j'avais d'avance raison sur tout, et tout dans le monde m'étonnait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je fus amené à lire un essai philosophique – j'étais encore petit et jeune – je me ralliais immédiatement à tout ce qui était écrit ; je créditais en effet tout ce que l'auteur disait, et je ne me doutais pas que le philosophe puisse avoir tort. Puisqu'il était considéré comme un grand philosophe par mes semblables (c'était Leibniz en ce temps là) je me disais que son autorité et sa notoriété conférait, à toutes ses opinions, valeur et vérité. Je ne connaissais que L, et je tenais pour vrai ce qu'il tenait pour vrai ; je tenais pour faux ce qu'il tenait pour faux. Je pensais que si je me ralliais à son point de vue – ce que je fis comme je l'ai dit – alors mon point de vue qui était le sien serait nécessairement vrai et de grande valeur. En ce temps là, j'ignorais que même si je croyais penser exactement comme Leibniz, je n'étais pas Leibniz et je pensais comme moi ; je ne me doutais pas qu'on puisse lire cet auteur autrement que je ne l'avais lu moi-même, et j'étais sûr et certain que ma lecture était la seule possible – et la vraie. En ce temps là, j'ignorais que d'autres philosophes avaient développés d'autres perspectives que la sienne et je ne pensai pas une seconde qu'il fut possible à un homme de penser autrement que le bon philosophe. J'ignorais même qu'il arriva à Voltaire de critiquer Leibniz le plus vivement du monde.&lt;br /&gt;Comme je fus ensuite amené à lire un second essai philosophique, je choisi le Discours de Métaphysique que l'on attribue à Leibniz. « L est vraiment un grand auteur et un grand philosophe, me dis-je, il a toutes les qualités et tout ce qu'il dit est vrai. Il ne saurait avoir tort. » Aucun homme raisonnable n'aurait été en mesure de dire autre chose que lui ; personne n'aurait pu voir le monde autrement que nous le voyions lui et moi. Je ne me doutais pas que nous puissions avoir tort, et c'est dans ce jeune état d'esprit que je me mis à rédiger quelques « essais » philosophiques que je trouvais d'emblée fabuleux, et j'avais absolument raison sur tout ce que je disais. Mes essais s'inscrivaient dans la succession de la philosophie, c'est-à-dire dans la succession du seul philosophe que je connaissais. En songes, j'étais un auteur adulé et un génie ; j'avais publié un grand nombre d'essais philosophiques, j'étais connu de tous et l'on m'appelait amicalement et respectueusement : petit L.&lt;br /&gt;Puis, j'ignore quelle mouche me piqua – mais elle piqua rude – et je lu d'autres essais philosophiques d'autres auteurs. J'ai d'abord lu Spinoza, Descartes, Newton, Voltaire, et d'autres encore qui étaient proches les uns des autres dans la mesure où ils s'inscrivaient dans la même époque de notre fabuleuse histoire. En ce temps là, l'histoire européenne était pour moi l'histoire du monde. Toujours est-il qu'en lisant ces auteurs que je viens de citer, je remarquai qu'ils développaient tous des perspectives différentes les unes des autres, et cela m'ébranla vivement : d'un coup en effet je su que de grands auteurs avaient défendu des opinions différentes de celle proposée par Leibniz. Dorénavant, si je disais que Leibniz avait raison sur tout, je devais dire que d'autres grands hommes, lesquels ne partageaient ni sa garde-robe ni ses opinions, avaient torts. Aussi fus-je appelé à choisir l'un d'eux, et si j'en préférais un, ce serait nécessairement au mépris des autres – me dis-je. L'embarras du choix m'embarrassa (sic) si bien que cela me refila le tournis. Je continuais d'écrire, et on voyait déjà que mon écriture avait le tournis : elle était mouvementée et incertaine. Ma fermeté d'esprit que le temps balayait se ramolli considérablement et j'étais triste de ma mollesse. Cela dit, j'ignorais à quel grand auteur donner raison. Je voulais donner raison à tous. Je me lamentai et disais : « pourquoi faut-il que les philosophes ne soient pas d'accord entre eux ? » J'entendis donner raison à tous mais n'en fut pas capable.&lt;br /&gt;Quand je fus amené à lire Voltaire et tous les autres ainsi que je l'ai dit, je cru que la philosophie n'avait jamais traité que des mêmes sujets et de la même façon (i.e. pourquoi quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la cause de toutes les causes ? L'Homme est-il en mesure de connaître le vrai ? Etc) et j'avais raison là-dessus. J'étais de l'avis des grands Leibniz, Voltaire, Spinoza, etc. et je vénérais leurs sujets d'études qui étaient les seuls possibles en philosophie. J'étais heureux, contenté et bien fier de traiter des mêmes sujets et je n'en voyais point d'autres dont on pu traiter raisonnablement.&lt;br /&gt;Néanmoins, le lendemain par un dimanche ensoleillé comme il en existe beaucoup dans la région du globe où j'étais, je parcouru ensuite d'autres essais philosophiques que l'on prête à d'autres hommes d'époques différentes, dont on dit qu'ils sont grands ou moins grands, etc. Ce faisant, je saisi qu'il y avait eu tant de sujets philosophiques, et qu'il y avait eu tant de méthodes d'aborder et de traiter ces sujets que cela m'embarrassa à nouveau et m'angoissa. J'aspirais à tous les concilier, mais je savais qu'il y avait des philosophes qui disaient « rien ne doit être concilié, tu es déchiré et paradoxal et c'est très bien comme ça » et ceci me donna un mal incommensurable. Je continuais d'écrire, et je me mis à m'interroger sur mes approches et mes méthodes avant de m'interroger sur mes sujets d'études directement. Je le fis tant et tant que j'en oubliais les sujets qui m'intéressaient. Puis je fis, de la teneur et des enjeux propres aux approches que l'on tient, un sujet à part entière. Je fus consolé de cela car d'autres grands hommes l'avaient déjà fait avant moi. S'ils étaient grands, alors je devais l'être aussi, puisque je défendais les mêmes perspectives. J'étais angoissé mais toujours amoureux de la philosophie, et je me rendais compte que la philosophie avant beaucoup vécu, qu'elle avait traversé les âges, que son histoire était si longue quand moi j'étais trop jeune pour découvrir l'histoire d'un art vieux de plus de trois-mille ans. Eh quoi ? La philosophie se résolvait un peu en poésie ainsi que vous venez d'en avoir la preuve dans le présent récit, et je me trouvais maintenant bien loin des rationalistes tels que Leibniz etc. Les conceptions qui gagnaient mon crédit étaient en quelque manière étrangères à la Raison. Puis, ensuite, en lisant davantage, je sus que certains philosophes s'étaient intéressés à la façon de dire les choses plutôt qu'à ce qu'ils disaient, et j'ai choisi la façon (de dire) qui était pour moi la plus belle. Aussi ai-je travaillé les anaphases, les métaphores, les paradoxes, les rimes et la poésies, etc. et je me disais en moi-même : « même si je n'ai pas raison, au moins je dis les choses joliment. Mes lettres sont des coussins d'air. Quant aux significations des phrases que je rédige hardiment, elles veulent dire ce qu'elles disent. » En ce temps là, je m'efforçai néanmoins à connaître toujours un peu plus de philosophie. Et je compris, au contact de mes amis amoureux de la philosophie (comme je le suis) qu'ils ne voyaient pas Leibniz, Platon, et tous les autres comme je les voyais. Du coup, je perdis l'illusion qui fut cause que je songe « puisque j'ai lu L et adhéré entièrement à ce qu'il dit, alors je suis Leibniz moi-même. » Imaginez la perte ! Ô, imaginez la chute ! Non seulement je n'avais plus raison sur tout, mais en plus je n'étais pas un grand et mes songes s'anéantirent. Je tombai à vrai dire de si haut que j'en devins plus plat et plus petit qu'une crêpe. Si j'avais l'intention de continuer d'?uvrer à mes publications philosophiques, alors il me fallait m'affirmer en tant qu'individu original ou – comme disent les philosophes – j'étais appelé à m'affirmer en tant que sujet singulier. La voix de mes amis Descartes n'était pas celle que je tenais sur le même personnage : alors je devais m'affirmer comme personne originale. Quelques instants, je cru bien être appelé à devenir singulier et à parler de ma propre voix, puis je n'entendais plus rien. Personne ne m'appelait à rien – je ne le comprends qu'aujourd'hui. Le droite à rater sa vie est un droit inaliénable !&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;À présent, je traîne derrière moi mon mort d'ennui avec une longue histoire. Assurément je pourrais continuer de rédiger le présent récit naïf, mais le goût du pain m'en a passé l'envie. Mon histoire est aussi longue que l'est l'histoire de la philosophie. J'ai perdu toute ma jeunesse, j'ai vieilli d'un grand nombre d'éternités, chaque jour m'ôta une illusion et Dieu sait ou ces illusions sont passées, j'ai tant changé que je ne me reconnais plus, j'essaye de m'accommoder du tourbillon de pensées qui dansent dans mon crâne, et j'ai plus de souvenir que si j'avais mille ans. Et quoi ? Rien. Rédiger ce petit récit m'amusait. C'est tout.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4510667694655156592?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4510667694655156592/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/03/itinerarius-filosoficus-gaminerie.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4510667694655156592'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4510667694655156592'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/03/itinerarius-filosoficus-gaminerie.html' title='Itinerarius Filosoficus (Gaminerie)'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3366554586606074963</id><published>2011-03-04T13:34:00.004+01:00</published><updated>2011-03-04T14:04:32.690+01:00</updated><title type='text'>Nouvelles</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Déprime à Cuba&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je passai le mois de juillet 2010 dans la ville de La Havane, sur Cuba. J'y déprima gravement, et ma production littéraire à cette époque – ou de cette époque – se limitait à quelques nombreuses notes dont la teneur jamais ne s'écarta du cadre religieux ou, plus précisément, protestant luthérien et austère. Toujours est-il que de cette mauvaise passade, je ne me ressouviens que de ce dont je traite dans le récit suivant. Le reste de ce que je vécu à Cuba jamais ne se présenta à moi à nouveau.&lt;br /&gt;Mes pieds, sur les routes bétonnées, brûlaient. En arrivant dans la ville, je m'étais mis dans la tête de faire comme les romains, c'est-à-dire de marcher toujours nus pieds, mais à présent leur plante brûlait. Je devais marcher rapidement en vue d'éviter que mes pieds ne fussent en contact trop longuement avec les trottoirs chauds et asphaltés du Malécon. Il faisait trente-sept degrés à La Havane. Sur la côte du Malécon, il faisait sec et venteux.De là où j'étais, en côtes, à cinq mètres en contre-haut des rivages, j'apercevais quelques baigneurs hardis, et l'océan lisse comme de l'huile s'étendait face à moi. À l'horizon, l'huile bleutée décrivait un arc de cercle horizontal. Le ciel grisâtre ne menaçait personne ; au-derrière de moi d'où j'étais venu nus pieds, il y avait un grand hôtel cinq étoiles El Presidente. À son flanc tourné vers l'océan, on avait disposé une chute d'eau que l'on avait dû reconstituer. Deux grand-routes bétonnées et larges, chacune à sens unique, et quelques commerces étaient posés en face de la chute et du « Presidente ». En haut de l'allée, il y avait une banque dans laquelle je n'avais pas été en mesure de retirer un centime, ni avec ma carte de crédit ni avec ma carte pré-paiement. Entre chaque bâtiment, il y avait des palmiers et des platanes fouettés par le vent. Mes poches étaient vides et mes pieds affectés.Je me retournai en direction du El Presidente, traversai la grand route ; j'allais me rendre chez Gustavo où je logeais depuis un mois. Le vent du bord de l'Atlantique consumait la cigarette que j'avais pincée entre mes lèvres. Il faisait néanmoins trente-sept degré, et plus sec que dans les régions tropicales d'Amérique du Sud. J'avais imaginé les Caraïbes plus humides et l'atmosphère plus lourde. Ici, c'étaient les voleurs, les profiteurs et les jiniteros qui rendaient l'atmosphère lourde. Il ne m'était pas possible de sortir de la chambre sans être accosté ou sifflé par les noirs. Tout m'invitait à rester chez Gustavo où je logeais, où je passais mon temps à lire et où je ne m'attirais des ennuis d'aucune sorte. Je ne sortais de la maison d'hôte que pour aller consommer un verre de rhum ou une bière fraîche, soigner mon pied blessé avec des giclées de rhum brun, acquérir du tabac ou manger mon tout et repartir, une cigarette consumée par le vent où que je la place et avec quoi que je la maintienne serrée. Ainsi que je le disais, je traversais la route en ayant, en tête, la maison de Gustavo.&lt;br /&gt;Puta ! », Putain, criai-je au chauffeur qui venait rapidement, comme je traversais la route pratiquement déserte sur le Malécon. Je rentrai et j'achetai, sur le chemin, des sandales qui protégeraient mes pieds du béton brûlant. De là, je longeai un trottoir carrelé où il y avait les résidences en retrait, et en passant devant le Chicote, j'aperçus un couple de gringos. Il y avait peu de touristes à cette époque, en juillet, en plein été. Je décidai de m'arrêter au Chicote avant de rentrer afin d'éviter les emmerdements. C'est un petit emmerdement que d'être accosté sans cesse par des profiteurs voulant vous refourguer des prostituées, des préservatifs ou des cigares usés mais ça avait suffit à me ficher le cafard et le déplaisir de La Havane. Au Chicote, le patron était avenant, jovial – je l'aimais bien. C'était un homme grand et mince, les pommettes creusées. Ses sourcils épais me rappelaient ceux d'un ami colombien beau comme un Apollon. Chicho cependant était laid ; il était charismatique. Il avait toujours un couvre chef, une casquette cramoisie en forme des casquettes castristes qui firent, dans le temps, la révolution. Pour ton pied ? » demanda Chicho. C'est ça. » répondis-je. Brun ? Brun. Deux, un autre pour moi, sec aussi. » dis-je. Tu veux des préservatifs, Francisco ? » dit-il en ricanant. Chicho était un bon plaisantin de vieux cubain. « Ce pied ? » ajouta-t-il. Avec mes sandales, ça va. Juste besoin de le traiter un peu. » Bien, je t'amène le rhum. »Je vérifiais si mes cigarettes étaient dans la poche gauche de ma chemise en tapotant sur la pochette, me saisis d'une cigarette, l'allumai. Les ventilateurs tournaient paisiblement et le Chicote était vide. Chicho avait dû se débarrasser des plants fruitiers que l'État avait jugé être en trop. Sans plans fruitiers, le Chicote semblait être une institution légale. Le ventilateur tournait et fumait la cigarette dedans mes lèvres pincées. Je compris pourquoi les cubains fument d'avantage de cigares. En plus, le tabac ne coûte rien, moins qu'une bouteille d'eau, autant qu'une bouteille de rhum. Je me sentais bien avec ça au moins, cela décollait mon amertume.Aqui tienes, jovencito » dit-il en m'apportant deux verres de rhum brun et une pochette plastique avec, à l'intérieur, un préservatif. O.K., merci. » répondis-je en espagnol, zéro mort, oui, O.K., oui – tout va bien, merci.En enlevant la sandale à mon pied gauche, je versai, sur le gros orteil, l'alcool. « Il ira mieux dans quelques heures » me dis-je, « ce pied, il ira mieux ». J'allumai une autre cigarette. Commençant à se coucher, le soleil était remplacé par une lune chaude. Je bus le second verre d'une traite et partis avant la nuit tombée, pour davantage de sécurité. On ne se sentait pas sûr, dans cette ville. J'avais laissé, comme pourboire, le sachet contenant un préservatif.En sortant du Chicote, je traversai les larges routes, longeai les cafés aux murs jaunâtres et sales de l'allée menant à l'université de La Havane, et rentrai chez moi. Dans le patio de l'université, j'avais aperçu le tank laissé là depuis la révolution dernière. Il y a de ces touches historiques partout dans La Havane. La grille d'entrée de Gustavo demeurait ouverte avant que le soleil ne fut bien couché. En fermant la haute grille de barres métalliques, on s'assurait toujours que le soleil fut carrément endormi. Quand j'entrai dans ma chambre, j'observais les ventilateurs appliques, semblables en cela aux lampes-appliques, placés contre trois parois. Les stores à ma fenêtre étaient mis-clos. En les ouvrant et en sortant la tête par la fenêtre, je voyais, sur ma droite, au nord, l'université et le tank inopérant. Mon quartier était pourvu d'une grande armoire en bois marron obscur, dans laquelle j'avais rangé mon sac de trekking et ma canne ; et un miroir avec petit buffet était disposé à côté de l'armoire, en face de l'un des grands ventilateurs. La porte de la salle de bain était fermée ; elle fermait bien ; Gustavo avait bien fait les choses.Le premier jour où j'arrivais dans la maison, Gustavo m'avait prêté un exemplaire français d'un livre sur Robespierre et la Révolution Française. Il m'avait aussi donné une vieille carte de La Havane et un livre sur Ernesto Guevara, en espagnol. Nous nous échangions souvent des cigares, Gustavo et moi ; le brave homme semblait heureux lorsque je lui faisais don d'un Guantanamera contre l'un de ses Cohiba. J'allumai une cigarette, les ventilateurs fermés, puis je me déshabillai avant de me jeter sur le lit où j'avais laissé le livre traitant de Robespierre avec la Révolution. Un cendrier était disposé à côté de moi, sur ma droite, au-dessus de ma table de chevet ; contre lui, il y avait une lampe éteinte et des cartes postales à l'effigie d'Ernesto Guevara. À l'extrémité de mes pieds, à deux mètres, j'apercevais la fenêtre dont les stores étaient laissés mis-clos. Le bain de rhum avait soulagé mon pied blessé et les sandalettes avaient fait le reste. Affalé sur mon lit, nu, les ventilateurs tournant lorsque je fumais un cigare ou rien, les ventilateurs éteints lorsque je fumais l'ombre d'une cigarette, je lis consciencieusement Robespierre.&lt;br /&gt;C'est ainsi que je passais un mois à La Havane. Cela dit, initialement j'avais prévu d'en dépenser deux sur Cuba. Dès le premier jour, les voleurs et profiteurs, les prostituées, les préservatifs et les cigares fichus m'avaient dégoûtés. Les blancs font tâche au milieu des très nombreux afro-cubains qui peuplent la région et dont la peau est aussi noire qu'un ristretto. Ils sont aussi nombreux que les platanes ; peut-être plus. Le tout m'avait bel et bien lessivé si bien que je passais mon temps en intérieur, à lire sur mon lit et à écrire un monde en noir sur mes genoux, basculant sur une chaise à bascule, sur le carrelage bleuté dans le salon de Gustavo. En rentrant de Cuba, je mis les cahiers dans lesquels j'avais inscrit mon dépit à la cave. Ils avaient une couverture brune, imitation cuivre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Sur les rails et à côté&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le texte suivant se présente-t-il comme une nouvelle ? Je l'ignora car j'ignore, à vrai dire, en quoi consistent toutes les règles auxquelles doivent – dit-on – répondre les nouvelles. Cela dit, il est certain que le récit suivant tombe dans la catégorie du discours (et non dans celle du dialogue, assurément). Tout s'y déroule comme dans un discours chanté à Moscou ou comme dans un orchestre : en quelques rebonds et mouvements. L'amour, quand il s'inscrit dans le camp de l'éternité, lorsqu'il manque à se faire corps dans le présent, demeure rebondi, difforme et hésitant. Mais Dieu que l'hésitation et émouvante – tel un creuset.&lt;br /&gt;Le train, sur les rails, quittait son repos monotone. S'étaient engouffrés dans le véhicule un petit nombre de gens. Nous roulions lentement en direction du Sud, et pendant tout ce temps que nous roulions, un jeune homme m'avait arraché à moi, emmené loin de moi-même. Il y avait ce jeune garçon auquel j'ai souvent pensé, duquel j'ai souvent rêvé. Si j'étais un moulin, il serait la rivière tranquille et un peu mouvementée dont on dit qu'elle fait tourner mon être. Je l'aperçu dans la gare de Cheseaux-sur-Lausanne, en Suisse, au courant du mois de Septembre. Il faisait frais. Les quelques mois qui suivirent, je l'aperçu souvent à cet endroit : sur les quais, prenant le même train que je prenais, et aux mêmes horaires. Je ne le saluais jamais et il ne me saluait jamais. Jamais nous ne nous sommes connus. J'observai son visage fin joliment et légèrement effilé, ses yeux doux mélancoliques couleur noisette, les minces cernes sans bleu que l'on voyait lorsqu'il manquait de sommeil. Et comme je n'étais pas son rêve moi-même – mais qu'il était le mien exclusivement – j'aurais souhaité être le sommeil de ses nuits. Je l'aurai trouvé éveillé, de nuit, et l'aurait enlacé sans laisser ni songe ni trace en son esprit. Les cheveux du jeune homme étaient raides et relativement longs – je l'aperçu ensuite aux cheveux courts – et il arriva régulièrement qu'il fut coiffé d'un bonnet blanc dont les extrémités étaient striées. Je lisais, sur son visage et dans ses gestes, les fruits verts d'une jeunesse innocente avec une pointe d'originalité, et quelques traits légèrement efféminés.Je parlai de lui à quelques amies que j'avais chargée de suivre le jeune homme, et je leur demandai expressément de ne pas trouver le garçon sympathique. Si il arriva qu'elle nourrissent quelque sympathie à son égard, elle courraient le risque d'attirer la sienne ou son intérêt – disais-je. Mais s'il m'arriva de parler de lui, je ne sus rien dire sur lui. En cet instant, il m'arrivait de penser que le jeune homme s'était présenté comme l'occasion de mon silence ; alors qu'aujourd'hui, je dis qu'il se présente comme l'exclusivité, non seulement de mon silence mais aussi du moindre des mouvements qui, en moi, s'opèrent. J'écris et je me tais pour lui ; je vis et je meurs pour lui – si je ne le faisais pas, alors tout serait perdu.Il se produisit quelques fois des événements réjouissant. Il nous arrivait de nous voir – ou plutôt il arriva que je le voie – en ville et ailleurs que sur le triste quai. S'il m'était préférable de transformer mon lit en ville qu'en quai de gare, je n'évoquerai pas plus mes bonheurs et mes malheurs. Le jeune homme, l'ange tout entier capte mon attention ; il a mon regard exclusif, et il entraîne en moi tous les mouvements. Je ne l'ai pourtant vu qu'en un éclair, mais voici que cet éclair là, ce bref instant se présente à jamais comme l'atome d'une éternité qui demeure. Cet éclair a blanchi mes cheveux, et dans l'instant profond comme l'éternité – qu'on appelle l'amour – je me sentis vieillir de toute une éternité ; j'ai à présent plus de souvenirs que si j'avais mille ans. Je fus bienheureux qu'il ne me vit point lorsque moi je l'observais longuement. Si en effet j'avais opéré en lui quelques changements, si par exemple il m'était arriver d'attirer son attention et de l'arracher à lui-même, alors je me serai senti coupable. Cela n'a d'importance que dans la mesure où ma sympathie – et mon amour, à vrai dire – l'aurait sans doute détourné de son innocence et, en un sens, rendu souillé. Assurément j'aurais souhaité opérer en lui quelques changements : j'aurais aimé le transfigurer, l'emmener loin de lui-même et de le rendre à lui tenant d'une Vie Nouvelle. Cela dit, je ne m'étais jamais senti en mesure de réaliser, en qui que ce soit, un tel mouvement d'une telle nature. Sachant mon incapacité sur ce point, sachant mon manque de vertu et de luminosité, il me semblait approprié de n'opérer en personne le moindre changement. À tous les coups, je ne supporterais pas la responsabilité de mes rapports. Je ne vis, pour n'affecter point le jeune homme dont j'étais et suis amoureux, qu'une possibilité. Et s'il est dit que « la réalité est décevante, les possibilités jamais » je pris tout de même le pas de réaliser la possibilité qui, à moi, s'offrait gracieusement. Il me fallait opérer en ce jeune homme aucun mouvement, ne l'affecter jamais en rien, entretenir avec lui un rapport réduit à néant ; j'avais à tenir mes sentiments secrets. Les mouvements de mon cœur devaient rester solitaires, et mon âme embrasée danser seule au bord d'un gouffre, sans jamais l'inviter à danser. La situation m'appela à lutter gravement contre les forces qui m'attiraient vers lui – comme il arrive qu'une planète en attire une autre – et me tenir toujours à distance, comme un satellite. Si je l'avais par trop approché, alors je l'aurais affecté, empiété sur son espace ; il eu été rendu différent de ce qu'il était avant notre rencontre, et je ne voulais pour rien au monde le rendre si différent qu'il se senti étranger à lui-même. Je m'isola, donc. Avec mon secret, donc ; loin de lui et le laissa en paix avec lui-même et ses rapports. Et j'y réussi apparemment si bien – pour le coup, je croirai aux apparences – que mon premier bonheur est de ne l'avoir pas affecté. Assurément, il serait plus juste et plus amoureux que je n'éprouve aucun bonheur d'aucune sorte dans la mesure où mon indifférence se présenta comme la marque la plus haute de ma gratuité. Je cherche encore l'amour gratuit, et c'est pourquoi j'attends la mort du sujet qui est moi. Dans cet amour, dans cet amour exclusif, je veux tout entier mourir à moi ; ainsi seulement serais-je emmené, par mon amour, loin de moi-même sans jamais retourner à moi (puisque moi il n'y aurait plus). Cela dit, je n'évoquerai pas mes malheurs si ils ne sont pas malheurs pour le jeune homme dont je suis toujours épris ; lui tout entier, l'ange, capte mon attention et mon regard exclusif. Il n'est pour moi l'occasion de rien, il n'est pas pour moi l'occasion d'être poète, romancier ou philosophe, il est pour moi l'exclusivité. Que dis-je ? Il n'est rien pour moi puisqu'il est tout à lui. Quant à moi, je suis de même tout à lui, et je me suis rendu. Lorsqu'on m'invite à me rendre en quelque endroit, je n'ai plus rien à rendre ni ne suis plus rien à rendre.&lt;br /&gt;En songeant à tout cela, je me dis que tout amoureux, s'il est prudent, doit se considérer d'emblée comme un monstre. Ce n'est que de cette sorte, en se considérant soi-même comme un monstre, que l'on n'actualise aucun geste. Nos gestes, nos mouvements les plus brusques et les plus doux – existe-t-il seulement de doux gestes ? – ne demeurent jamais que des idées qui nous malmènent pour le bonheur de celui que l'on aime. S'il savait quelque chose de l'affaire, alors – ainsi que je l'ai déjà dit – tout serait perdu. Quant aux bêtes et aux monstres dont je suis la foire à moi seul, elles se retirent pour mourir et tout cela est très bien. Malheur en effet aux amoureux dont les soupirs éhontés avec les souffles chauds caressent le cou de leurs amants. Dieu garde les anges et le jeune homme dont je viens de parler de soupirants et de prétendants pareils !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Visite d'une propriété&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans la chambre, les murs enduits de chaux étaient lézardés sous les effets de l'humidité. Mon amie et moi logions dans le residencial Madidi, à l'étage, dans une habitation avec balcon et vue sur une route asphaltée qui mène au fleuve. À gauche en regardant la rue du balcon, il y avait un grand arbre qui nous faisait un peu ombrage et rafraîchissait la terrasse. Ce jour-là, les eaux du fleuve étaient sortis de leur lit ; elles étaient arrivées jusqu'à une centaine de mètres de notre hôtel, en contrebas, et il y avait eu cinq noyés, une coupure d'électricité. Il nous était impossible de communiquer avec les habitants des villages et villes un peu lointaines, et la nourriture n'était plus acheminée. Nous manquions de réserves.Il faisait chaud. Dans la chambre 11 du Madidi, la douche était en marche. Je somnolais. Lorsque mon amie ferma la porte de la salle de bain, le claquement me réveilla ; la porte était fichue si bien qu'il n'était, à personne, possible de la fermer doucement et correctement. La jeune fille, Sophie, se douchait dans la salle à côté de moi ; couché sur mon lit, j'entendais comme elle était affairée dans la mesure où les fenêtres de la salle de bain et autres pièces manquaient de vitres. Il manquait d'isolation ; quant aux fenêtres qui donnaient de la chambre sur la rue, elles étaient recouvertes de moustiquaires. Entendre ce qu'il se passait dans la salle de bain ne me dérangeait pas outre mesure, excepté quand on y faisait nos besoins. Je passai quelques minutes de plus à somnoler durant que Sophie faisait sa toilette ; « T'aurais pas dû prendre la valériane, hier soir » me dis-je, mais j'avais eu sommeil et j'en avais bien besoin. En outre, je n'avais pas de quoi écrire, je n'avais pas de raison de dormir ; il me manquait l'enthousiasme et j'étais dans une phase de lecture plutôt que d'écriture.La jeune femme et moi ne nous étions pas parlé depuis qu'elle était réveillée, pas même depuis la douche où elle était et il était passé midi. Je m'ennuyais ; je tapotai le paquet de cigarette dans la poche gauche de ma chemise pour m'assurer qu'il était où je croyais l'avoir laissé, en sorti une L&amp;amp;M rouge, me baissai histoire de ramasser le briquet que j'avais laissé à terre la veille, et sortis fumer sur le balcon sans enfiler un short. J'étais en caleçon et il faisait chaud ; sur la gauche un peu au-dessus de moi, il y avait un grand arbre. Après avoir refermé la porte séparant le balcon de la chambre – qui elle aussi est bancale – j'allumai la cigarette puis je m'assis par terre, les pieds contre la balustrade coloniale, sous l'ombre projetée par l'arbre. Il y avait peu de monde dans les rues, quelques moto-taxis et motards indépendants ; j'entendis les voix enfantines portées par le vent et je vis un chien poursuivant son maître. Le maître était sur une moto, le chien à côté, il courait et aboyait ; je souris intérieurement et je soupirai. Le bruit de la douche ne s'était pas encore arrêté. On ira voir Térésa, non ? » dit Sophie.Dans la rue en contre-bas et sur la droite du balcon, en face, se trouvait un vendeur de pain de riz, fourrés au riz, cuñape, etc. L'homme avait la cinquantaine, assez jovial, toujours occupé ; son business tournait dans sa maison en bois un peu délabrée avec un toit de tôle. Enrique ! » répéta la jeune fille. Je n'entends rien ! » dis-je. J'éteignis le mégot, m'accrochai à la balustrade plutôt basse, et je me relevais par la force de mes bras, de mes jambes et de la balustrade tous trois engourdis par la fatigue. Tu disais ? » poursuivais-je comme Sophie n'avait rien dit depuis. On se prépare et on va voir Térésa, non ? » Oui, oui. » dis-je sans vraiment d'enthousiasme. Tu fais quoi ? » dit-elle. Pas grand chose. » J'ai presque fini. » Je ne mettrai pas long. » dis-je.J'entendais Sophie se brosser les dents, nettoyer, recracher l'eau, nettoyer, recracher l'eau. La porte s'ouvrit. Je pris un caleçon propre sous le bras ; je l'avais posé au bout de mon lit la veille, et je ramassai le linge de bain que j'avais laissé sécher sur la chaise en face de mon lit, contre le mur, à côté du téléviseur dont l'antenne était fichue. Je ne fais pas long. »Comme Sophie appliquait avec soin, sur sa peau, une liquide hydratant à la pomme verte, je pris ma douche, frottai mes bras, jambes, estomac et fesses histoire de me débarrasser du trop plein d'eau. Presque sec après l'affaire, je me séchai ; me rasa en quelques minutes avant de sortir de la salle d'eau. Mon amie s'appliquait du fond de teint, fard, etc. On va voir Térésa ? » dit-elle. On pourra lui demander pour le job. » répondis-je. Ah ! C'est vrai ; je lui demanderai. »Nous étions presque prêts ; il me restait à serrer ma ceinture – celle ornée d'un aigle argenté au niveau de la boucle. Nous dirions un aigle de l'armée SS allemande. Mon vieux short était desserré, il ne tenait pas sans ceinture. Pendant que je me préparai, Sophie saisit son paquet de L&amp;amp;M bleues – son briquet dans la boîte cartonnée et plastifiée – et alla griller une cigarette sur le balcon. Ma ceinture attachée, je l'y rejoins, sous l'ombre du grand arbre. Tu n'as pas envie de sucreries ? » me demanda-t-elle. Bah non, mais ce n'est pas parce que je n'en veux pas que tu ne peux pas en prendre. » répliquai-je. Ça ne m'enchante pas d'en acheter si tu n'en veux pas. » Mais ce n'est pas parce que je n'en veux pas que tu ne peux pas en prendre. »Un blanc coloré par les aboiements de chiens errants, les cris et courses des enfants, les motos-taxis qui parcourent le village nuit et jour. Térésa m'a présenté un type qui vend un terrain. Il vit ici. On lui demandera de nous faire visiter le terrain. » dit-elle. Oui, oui. C'est vrai, je cherche un terrain pour m'y installer. Un petit coin, un hectare. » répondis-je. Il doit être bien friqué, le type, il a une super maison et six terrains comme ça. » Bon, j'ai fini » dis-je. Allons voir Térésa. » dit-elle. J'acquiesçai, ré-ouvris la porte fermée du balcon, on entra ensemble dans la chambre. « T'es prête ? » lançai-je. « Oui, toi ? » dit-elle ; « Je suis prêt ». Comme je dis à voix basse « porte-monnaie, téléphone portable, clopes, briquet », tapotant la poche de ma chemise dans laquelle je mets mes cigarettes, puis me tenant les genoux d'un air perplexe, elle ouvrit la porte de la chambre et je la suivis. Comme à notre habitude, nous portions des sandales et des vêtements légers. Passé l'ombre projetée devant le Madidi et sur le balcon par le grand arbre sur notre gauche, il ferait plus chaud. Sophie ferma la porte à clé et me chargea de retirer la clé de la serrure réfractaire dont il semblait que j'avais compris le truc. Nous descendîmes les deux étages d'escaliers, replaçâmes la clé de l'habitation 11 sur son clou à un tableau suspendu. La sortie du residencial se présentait comme une porte de garage, grande ouverte le jour, et nous passâmes dessous. Nous avons tourné à gauche, puis sommes allé au bout de l'allée et, sur la droite (c'est-à-dire à l'Ouest en vérité) il y avait la pancarte d'une agence « Agency + Guesthouse : Mogli ». Il n'y avait cependant plus de maison d'hôte à cet endroit et le terrain m'était parti sous le nez, il venait d'être vendu ainsi que Térésa me l'avait confié. Sophie pris le pas d'entrer dans le Mogli demander Térésa, la patronne de l'agence. C'était une petite agence dont je n'avais jamais vu ni les dessous, ni le derrière ni le patio ; la pancarte avec le nom était située à l'entrée, elle donnait sur une rue sèche à vingt mètres des inondations. Les murs de briques étaient revêtus de chaux ou ciment – encore que la chaux coûte moins cher – et ils étaient peints en vert ; une carte du département de Béni punaisée au mur, à l'intérieur. Il y avait, à l'intérieur, quelques chaises en bambou, un banc recouvert de coussins dont les vertus font du bien au fessier, et des tables en bois avec cendriers. Invité par ces derniers, je jetai comme un clignement d'œil à la poche gauche de ma chemise, saisit une cigarette, la mis à mon bec et l'alluma. Is Térésa here ? » demanda Sophie à une garde d'enfants. Puis elle se tourna et me lança « ne balance pas ta fumée à la gueule des enfants » ; sur quoi je reculai sensiblement en tendant mon bras le plus possible loin des enfants. Mon short tenait toujours, mon aigle argenté toujours là contre la bouche de ma ceinture noire, un peu abattu et pensif, je fixais la carte du département que j'avais déjà vue quelques fois. Je revins à moi quand je vis la jeune fille, mon amie, se tourner vers moi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Térésa n'est pas là, elle reviendra plus tard » dit-elle ; ce que j'avais compris en n'ayant été absorbé par la carte qu'à demi.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, on reviendra. Elle m'a dit où était le terrain ; enfin, c'était très approximatif mais on peut faire un tour par là. » dis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Pourquoi pas ; nous n'avons rien à faire de toute manière, et il fait bon. » En se tournant vers la gardienne d'enfants,&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-« see you » dit Térésa&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- « hasta luegito » dis-je » ; nous repartîmes par le chemin que nous avions emprunté. La rue était large d'une dizaine de mètres. Les motos, qui sont pour la plupart des motos-taxis, roulaient généralement au centre tandis qu'en bordures, passaient les piétons et les chiens, et puis nous. Le côté gauche était longé par une allée de boutiques et de bureaux affiliés à des agences de voyage. Ce sont des nouvelles variétés de plants. Le côté droite, idem. Sur notre gauche, il y avait un vieil homme, avec une table devant lui. Sur la table, il y avait une glacière rougeoyante remplie de jus de coco ; c'était en-devant de sa maison timide, un peu reculée.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Depuis le temps que j'en veux ! » dis-je en voyant qu'il y avait écrit « Coco » sur la glacière.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Quoi ? » me dit-elle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Du jus de coco ! ». Elle suivit mon regard jeté en plein sur la glacière rougeoyante posée sur la petite table style table de camping, vit l'homme que je ne voyais pas comme j'étais absorbé par sa marchandise. Se trata de JUGO de Coco, no vez ? » dit-elle au marchand. Si, si, es jugo de coco. Seria un boliviano cinquenta el vaso. » répondit l'homme. Uno, entonces » répondis-je tout en fouillant les pièces de cinquante centimes de bolivianos dans le porte-monnaie que je venais de sortir de la poche gauche de mon froc bien attaché et serré ; « Aqui tiene » dis-je au marchant comme je tendais la main pleine des petites pièces que j'avais été content de trouver.Sur ce, le marchand et sans compter la donne, enleva la petite sous-tasse – qui servait de couvercle – du dessus d'une tasse vide ; il ouvrit la glacière rougeoyante et transvasa, à l'aide d'une bonne louche en métal, la coco dans la tasse vide. Et je bus ; et en buvant, je me souvenais comment Sophie m'avait parlé des sucreries un peu plus tôt dans la journée. Derrière nous, un très jeune gamin vendait des popcorn ; la brise en amenait l'odeur jusqu'à nous.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu veux des popcorns ? » dis-je à Sophie. Et en faisant face au marchant de coco,&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Gracias ; rico estaba » dis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- « Hasta luego » répliqua le vieil homme. Je fis de même. Nous allâmes, Sophie et moi, de l'autre côté de la rue, à dix mètres de là, auprès du môme à popcorns. À cette heure, vers une heure de l'après-midi, à cette heure de pointe, éviter les motos-taxis en traversant la route à pieds relevait un peu du parcours du combattant. Buenas ! » le garçonnet et nous simultanément. Combien c'est, le paquet ? » Un peso » dit l'enfant. On en prendra deux. » dis-je.L'enfant-vendeur nous donna deux paquets, je lui donna deux bolivianos et nous nous quittâmes en bons termes. Il faisait déjà un peu moins chaud que plus tôt dans la journée, mais plus humide. Les nuages commençaient à prendre une figure vaguement menaçante mais nous suivîmes notre « plan » : nous voulions visiter ce que nous pensions être le terrain à vendre, celui que je tenais à acheter, sur la base d'un à peu près géographique. Et puis, nous n'avions rien à faire.S'étant retenue de fumer plus tôt, devant les enfants, Sophie ne tint plus, s'arrêta et allumer une cigarette. Enrique, attends-moi... »Elle s'arrête toujours de marcher ou de faire quoi que ce soit lorsqu'elle allume une cigarette. Pour elle, on allume une clope ou on fait autre chose. Allumer, c'est sacré, il faut être méticuleux. Je l'attendis ; elle me rejoint ; nous continuâmes de marcher. De là où nous étions, restaient quatre rues à longer avant d'arriver à l'endroit de l'exercice militaire naval de Rurrenabaque. Je savais que le terrain était relativement proche de l'unité d'exercice naval et en direction de l'aéroport. Après une semaine passée dans le village, j'avais vu deux unités : la direction de l'autre était radicalement opposée à l'aéroport. Je décidai donc qu'il s'agirait de cette unité-là sans savoir s'il y en avait une troisième en quelque endroit plus éloigné et plus proche de la piste d'atterrissage. Passé la première rue, nous passâmes devant l'office fermé de la seule radio du village, la Radio Uno, où avait postulé Sophie quelques jours auparavant. Elle était en manque d'argent ; en attendant de dégoter une source de revenus, je lui en prêtais et, puisqu'elle ne supportait pas l'idée de devoir, nous avions convenu qu'elle me rendrait aussitôt que possible. Depuis, elle cherchait à être embauchée dans quelque branche sans prétention spécifique : elle avait essayé en tant que coiffeuse, serveuse, communicante au poste de radio, gardienne d'enfant. De la Radio Uno, il nous restait deux allées, deux blocs de rue jusqu'à la base navale. À côté, nous pensions y trouver le terrain que nous avions l'intention de visiter puis, s'il nous plaisait, d'acheter. Ici, à quelques centaines de mètres du centre, nous étions déjà suffisamment excentrés pour que ne viennent nous gêner aucune moto. Les routes étaient pratiquement désertes ; il y avait quelques chiens errants, des débris et des conserves vides rouillées. L'air semblait plus lourd qu'à midi, les nuages un peu plus sombres. Nous nous sentions cependant à l'abri de la pluie.Arrivés devant les bâtiments de la base d'exercice militaire naval, la route se changeait en pavés. Nous nous plaignions un peu de la rudesse du sentier ; l'emprunter me semblait d'emblée difficile, compte tenu de mes blessures aux pieds. Nous fîmes deux-cent mètres en direction ouest, en longeant le muret qui sépare les habitants de l'enceinte militaire ; avons admiré les terrains « sauvages » du côté affecté par les soldats, et avons rebroussé chemin. Nous avions terminé les popcorns ; une demie-heure avait passé. Peut-être moins, je ne sais pas.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- J'ai envie d'une sucrerie. » dit Sophie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Alors achète-en une. » dis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle n'appréciait pas faire usage de mon argent et mon désintérêt pour l'entreprise des sucreries ne l'y appelait pas. J'aurais assurément eu du plaisir à la voir manger ; elle en ignorait tout. Je vais en acheter, je crois. Oui, oui, je vais en acheter, je crois. »En bordure de route, il y avait une boutique dans laquelle j'avais eu l'habitude d'acheter mes cigarettes et celles de Sophie. L&amp;amp;M rouges et L&amp;amp;M bleues. Puis, comparant les prix imposés par ce boutiquière avec d'autres marchands, je décidai de me fournir ailleurs en tabac. Mon amie monta dans la boutique située en contre-haut de la route, et saisit un Twix que je payai rapidement. Me connaissant, le marchant me demanda ce que je faisais ici et d'où je sortais.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Nous sommes allé au sud-ouest, plus proche de l'aéroport, histoire de visiter un terrain mais nous ne l'avons pas trouvé. » répondis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Vous voulez acheter un terrain ? » dit-il.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Oui, oui. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- C'est difficile d'en trouver, par ici. Je verrai ce que je peux faire et on en reparlera, joven. »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- D'accord, bien le merci. » répondis-je en espagnol. Sur quoi nous nous quittâmes lui, Sophie et moi. Tu n'as pas faim ? » demandai-je à Sophie. Si. Pourquoi crois-tu que j'ai mangé un Twix ? » dit-elle. La Casa de las Turistas, ça ne te tente pas, ce truc là ? » Pourquoi pas. » Avec un nom pareil, j'ai plutôt tendance à éviter mais c'est tout près, on le voit d'ici. » dis-je en montrant l'institution du doigt. C'est excellent, comme nom. Nous rencontrerons plein de touristes ! » Justement... » répondis-je. Nous sommes allés à la Casa de las Turistas, un café-restaurant au deuxième étage d'un immeuble. Les escaliers étaient d'un bois usés par les mites et l'humidité, il sentait le bois humide. Les rampes de l'escalier étaient de bambou peint. Je songeai qu'il s'agissait là d'une peinture de mauvais goût. Au deuxième étage, dans le café, il y avait une table de billard à 10 bolivianos l'heure : plus cher que dans les autres cafés du même genre. Le mobilier était en bois, et il y avait des dessous de plat en osier.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Un cendrier, s'il vous plait ! » dis-je d'un peu loin à la serveuse. Elle avait l'air renfrogné, plutôt antipathique, dans des relations pas au net avec les touristes. Je songeai que c'était étrange pour un café de ce nom là, « ... la maison des touristes ! ». Je fus surpris lorsqu'elle nous amena un cendrier de verre. Dans cette région, dans les cafés, le bois est maître et roi et bon marché. En même temps que le cendrier, la serveuse rendit une carte à chacun de nous. Sur les tables, il y avait les serviettes et je me saisis d'une en vue d'écraser les insectes qui parcouraient la surface. Sophie étant assise, il lui était facile d'incendier une cigarette. Je fis de même.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu veux quoi ? » dis-je. C'est une question que je pose toujours.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Je commande toujours des choses dans les mêmes ordre de prix que ceux qui m'accompagnent. J'hésite entre une omelette et un petit déjeuner continental. » répondit-elle. « Et toi ? ». Je ne sais pas trop. Un sandwich au poulet, je dirais. »Revenant avec dans ses mains le calepin propre au noble métier de serveur, la serveuse fit mine d'interroger et d'attendre. Elle ne dit mot cependant. Un sandwich de poulet », demandai-je. « Ya no hay » me dit-elle ; il n'y a plus. Il parait que c'est dû à l'inondation. Ce n'est pas la première fois. Depuis que les rues du Sud sont inondées, on ne trouve plus grand chose. Il n'y a même plus d'ananas au marché en section fruits. Ce bordel a fait cinq morts, mine de rien. Alors une tarte avec de la glace. » repris-je. « Ya no hay ».On aurait dit un disque rayé. Elle se répétait parfaitement : même assurance, même posture, ton identique, même désintérêt. L'affaire commençait à me souler. Dans la matinée, j'avais tenu à siroter un jus de pêche et il n'y avait pas non plus. C'était ailleurs et il n'y avait pas non plus. Tu veux quoi ? » demandai-je à Sophie. Una omelette, por favor » dit-elle à la serveuse qui acquiesça. Lo mismo » suivis-je, Pareil.Comme la serveuse parti donner l'ordre aux cuisines, je regardai le paysage tandis que mon amie s'occupait à écraser les insectes moyennant une serviette laissée sur la table du café. L'arène dans laquelle nous nous trouvions offrait la vue sur la rue qu'elle surplombait, et puis sur les montagnes boisées au nord. En regardant bien, j'aperçus une croix chrétienne au sommet d'une verte colline de Bolivie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Ça, c'est pire que le Calvaire de Copacabana ! » dis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Quoi ça ? » demanda-t-elle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- La colline, il y a une croix au sommet, sur ta droite. Ça, c'est le vrai Calvaire ! ». Quelques semaines avant de venir à Rurenabaque, nous étions passé par Copacabana où nous avions pratiqué une colline nommée Calvario. Cela ne nous avait demandé qu'une quarantaine de minutes, relativement peu d'efforts. Arrivés au sommet, nous en avions eu pour nos efforts, c'est-à-dire pour rien du tout ; la vue était pénible et la surpopulation touristique atroce. Elle vit la croix au sommet de la colline verte. J'espère qu'on peut monter.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- J'adore la marche en montagne. Enfin, là ce serait plutôt de l'escalade... » dit-elle. Je demanderai à la serveuse. »Nous avons passé les dix minutes suivantes à fumer, écraser les insectes, penser au terrain que nous venions de voir, lequel nous supposions être à vendre. À mesure que j'y pensais, je sentais en moi se lever l'enthousiasme comme il arrive que la pâte feuilletée lève. Je tenais à acheter un terrain. Je n'avais pas eu cette envie tout de suite, c'était venu d'un coup. Avant ça, je n'avais pas envie de me fixer. À mon sens, si les hommes ont deux jambes, c'est qu'ils ne sont pas faits pour s'enraciner. Cet après-midi là, mon ventre grondait, mon attente taraudait et j'étais fatigué. Fatigué mais enthousiaste.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Elle en met, du temps. » dit Sophie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu l'as dit. Elle en met, du temps » rétorquai-je. « Et je n'ai pas envie de fumer » ; je sous-entendais qu'il n'y avait rien à faire. Quand on n'a même plus envie de fumer, il n'y a plus rien à faire.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Eh ! » s'exclama-t-elle. La serveuse vint avec les deux plateaux, sans sel ni poivre et j'étais trop fatigué pour lui demander des efforts ; pour attendre, surtout. Il nous a quand même fallut insister pour qu'elle nous apporte des couverts. Ceux-ci étaient enroulés dans des serviettes. Je saisis la serviette avec les couverts en son dedans, déroulai la serviette, nettoyai le couteau puis la fourchette au creux de la lingette. Dans cette région, nous ne savons jamais – j'avais envie de le dire à Sophie, mais je préférais qu'un déjeuner demeure dans une ambiance monacale. Quand on mange, on ne fait pas autre chose ; le repas, c'est sacré. Elle est attrayante, cette verte colline escarpée avec sa croix au sommet. Mes doux songes au ventre creux (car il y a des songes dont le ventre est plein, d'autres qui ont les mains crochues, etc) m'animèrent tels que je demandai à la serveuse s'il était possible de pratiquer la colline avec sa croix, de où, s'il fallait un guide. Positif à tout sauf au guide, nous étions contentés Sophie et moi, et faisions le projet de monter le Calvaire de la région un jour prochain. Bon appétit. » dis-je de retour à mon assiette, la tête moins occupée à songer que le palais à saliver. « Hum » fit-elle d'abord, comme nous faisons toutes les fois que nous sommes surpris la bouche pleine et pleine d'impolitesses, « Bon appétit ».Les ventilateurs de la Casa de las Turistas tournait. Il faisait chaud. Pour dessert, nous commandions quelque chose qui n'était pas plus en stock que ne l'était le sandwich de poulet. Si la saison des pluies et les inondations avaient bon dos, les cinq morts un peu moins. Sophie et moi décidâmes que nous irions peut-être prendre un dessert ou une crêpe ailleurs et que la serveuse de la maison des touristes ne méritait pas de pourboire. Elle s'était montrée particulièrement lente, il nous fallait toujours l'interpeler, elle répondait sans conviction, ne présentait ni joie, ni sourire simulé, ni aucun intérêt particulier ; il n'y avait pas ce que nous avions commandé en premier lieu, etc. Nous avons attendu un bon quart d'heure avant de lui demander l'addition. Comme la serveur des touristes n'avait pas pointé le bout de son nez en ce temps, je commandai à une dame située dans les cuisines de nous faire amener l'addition et j'allai me rassoir. La serveuse nous apporta l'addition qu'elle jeta presque sur la table, d'un air de dédain, ce qui suffit à clore définitivement la question du pourboire. Je sortis cent bolivianos de mon portefeuilles, les laissa au-dessus de l'addition avec un verre en-dessus des deux papiers pour m'assurer que rien ne s'envola. L'employée dédaigneuse revint quelques minutes plus tard, pris le billet et rendit trente-trois bolivianos ; nous partîmes de là jusqu'au Mogli situé en face et un peu sur la droite. Du Mogli, nous ne voyons pas le Calvaire. L'agence est située au rez, séparé de la rue par un petit montant de ciment. Les chiens errants ne font de foin que la nuit ; ils se reposent en cet instant. Les motos-taxis passaient toujours, et nous entre elles, à pas lents et désinvoltes. Nous traversions la route étroite, enjambions le muret, entrions dans le Mogli pour la seconde fois de la journée. Sophie avait aperçu Térésa de la rue. Buenas tardes » avons-nous dit. Si les lèvres de Térésa mouvèrent, je n'entendis pas ce qu'elle dit. Les bruits des moteurs étaient trop intenses. Je supposai cependant qu'elle nous répondit quelque chose comme « buenas tardes », bonjour. Comme il était convenu qu'elle nous présente au propriétaire et vendeur de terrain, elle se leva sans conversation, portant contre elle son dernier né. Venez donc, je vais vous présenter à l'homme qui vent le terrain » dit-elle dans un anglais relativement élémentaire. Et nous la suivîmes.Nous avons traversé la rue, nous sommes retrouvés du côté de la Casa de las Turistas, sommes allé jusqu'à l'angle à notre gauche, et avons continué tout droit à partir de là. Le foyer de l'homme propriétaire du terrain, lequel nous avions à rencontrer, se trouvait à peu près en face du Mogli que gérait Térésa. Celle-ci nous introduisit à l'homme. Natif de Bolivie, il était d'une stature robuste, mesurait au moins un mètre quatre-vingt, portait sur la tête un couvre-chef rouge, une chemise grisâtre ; il avait, au visage, quelques rides, le teint hâlé, les cheveux grisonnants, l'air plutôt jovial. Présentations faites, Térésa nous laissa et rentra au Mogli.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- De quelle taille cherchez-vous votre terrain ? » dit-il à Sophie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- De un hectare. » répondis-je, un hectare. L'homme enleva sa casquette. La température avait baissé ; il faisait plus lourd. En fait, je possède six terrain d'à peu près un hectare. Le gouvernement interdit qu'un particulier possède autant de terrain, ils m'ont donc sommé d'en vendre une partie. »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Il est loin d'ici ? » dis-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- À deux minutes en moto. »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Est-il viabilisé ? Y a-t-il de l'électricité, des arrivées d'eau ? » Oui, je compterai ça sur le prix de la parcelle. Nous irons à six heures et demie. » Aujourd'hui ? » demandai-je. Aujourd'hui, oui. Ça ne vous convient pas ? » dit-il. Si si, il n'y a pas de problème ».Sophie s'était tenue à côté de nous, ce qui n'empêcha pas l'homme de répéter les termes exacts de ce que nous venions de discuter, et dans la même langue que nous l'avions dit. À six heures et demie, ce soir, alors. » ajouta-t-il. D'accord. » Si je ne suis pas là, vous pouvez frapper contre la porte et je viendrai, je serai sûrement à l'étage au-dessus. » Pas de problème » dit-elle. À six heures et demie, alors » dit-il. Oui, oui, à six heures et demie. »Nous nous sommes serrés la main, puis Sophie et moi sommes retournés à l'hôtel. Sur le chemin, un bonhomme un peu joufflu et gai épuisait des pains de riz. Nous en avons acheté deux pains de riz fourrés avec un fromage étonnamment gouteux pour la région ainsi que deux pains de riz simples. Il était à peu près cinq heures : nous n'avions plus qu'une heure et demie à patienter avant d'aller visiter le terrain que nous projetions depuis quelques jours déjà – et moi depuis quelques mois déjà. De retour au Madidi, nous avons fumé quelques cigarettes sur le balcon dont la moitié est rafraichie par le grand arbre et sa grande ombre.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu les trouves comment, ces pains de riz ? » demandai-je.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Excellents » dit-elle, « ils seraient mieux avec du sucre ou dans du thé ».&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- On n'a ni thé ni sucre » acquiesçai-je comme pour signifier « c'est bien vrai ! ».&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Et toi ? »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Très bons, mais ils seraient encore meilleurs dans du sucre et de la cannelle ou bien dans du thé. » dis-je, « il faudra en racheter, en plus le gars était bien sympa, jovial ». &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-Il faudra, oui. » Nous rentrâmes dans la chambre. Un seul mur de la pièce était sale et lézardé. Je songeais qu'ils avaient été rénovés tous excepté un.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Enrique ? » dit Sophie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Hum ? »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Tu vas faire quoi en attendant six heures et demie ? » demanda-t-elle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Lire Hemingway, je crois. »Elle savait fort bien ce que ça voulait dire : que mon ordinateur portable était libre. J'y avais conservé quelques films, un certain nombre de séries animées japonaises et un soupçon de séries américaines. Toutes les fois que je lisais, l'ordinateur était libre pour sûr et Sophie en profitait pour visionner, avec le plus haut intérêt, quelques séries américaines. Ce qu'elle fit. De mon côté, je parcourus quelques nouvelles de E. Hemingway tout comme je l'avais suggéré : En contre-bas, etc.À six heures vingt, je refermai le livre et me mis en mouvements à nouveau. Toute l'après-midi, une mèche rebelle de cheveux m'avait dérangé, sur le côté gauche, au niveau de l'oreille. J'enfilai mes savates avant d'aller dans la salle de bain en espérant que le claquement sec de la porte extirperait Sophie de sa séance cinématographique. Je fis couler l'arrivée d'eau – le robinet – passa ma main sous l'eau tempérée puis dans mes cheveux, et à nouveau sous l'eau puis dans mes cheveux, puis je plaçai les deux mains histoire que le puits fût plus grand et les efforts moindres. J'ajustai mes cheveux mouillés en les frottant d'abord très vivement avec le linge de bain, puis en les ramenant, avec les doigts, à une forme moins anarchique ; plus organisée. En sortant de la salle de bain, j'avertis Sophie que nous irions revoir le vendeur du terrain immédiatement, à quoi elle répondit « deux minutes de plus, l'épisode touche à sa fin ». j'acquiesçai, les deux minutes passèrent et Sophie fit comme elle avait dit. Nous allions donc, et au sortir de la chambre, mon amie me laissa une fois de plus retirer la clé de la serrure si semblable à un piège. Je déteste ces clés et ces serrures, on croirait dévisser et tortiller une tique prise dans le corps d'un chien.Il était six heures et demie et il faisait bon tiède, presque chaud, toujours lourd et la grisaille au-dessus de nous ; la brume au fond de la vallée. Je songeai qu'il fallait faire vite avant que le terrain ne se couche. De toute les manières, le propriétaire du terrain ne nous avait pas indiqué cette heure précise histoire que nous ne voyions le terrain que précipitamment et sans jugement : il nous avait autorité à le visiter seuls à n'importes quelles heures du jour ou de la nuit. Arrivés devant le locatif habité par notre homme, il attendait là, déjà prêt. Il n'avait pas remis le couvre-chef rouge dont il s'était débarrassé. Buenas ! » nous dit-il. En touchant Sophie sur l'épaule « je vais te montrer, suivez-moi, tu prendras une moto-taxi et ton ami montera avec moi. Suis-moi. » Nous suivîmes ses pas jusqu'à la station des motos-taxis. Notre homme parla quelques secondes avec un chauffeur, Sophie monta à l'arrière en répondant au signe de tête des deux hommes. Le propriétaire du terrain repartit vers sa moto, en face de l'entrée de son appartement deux étages, et me demanda de monter à l'arrière en bien m'accrochant ; ce que je fis. Je montai soigneusement, évitant de toucher le pot d'échappement – qui se trouve toujours du côté droite des véhicules à deux roues – en songeant à une fois où je m'y étais sérieusement brûlé. Nous avons démarré sur une route laissée plus déserte qu'en début d'après-midi. La moto-taxi avec Sophie démarra après nous ; le propriétaire montrait le chemin au taxista. Je remarquai rapidement que le sentier sur lequel nous pratiquions était complètement étranger à celui que nous avions pris l'après-midi quand nous sommes allés aux frontières de la base navale. Sur notre gauche, au Sud, le grand fleuve avait débordé. L'eau arrivait presque jusque sur le sentier en terre battue où nous étions. Pour calmer mes inquiétudes, le chauffeur et propriétaire du véhicule à l'arrière duquel je me postais, m'indiqua comment le gouvernement prévoyait d'ajouter, à la route, une trentaine ou une quarantaine de centimètres de hauteur. Le véhicule sur lequel était postée Sophie s'approcha du notre, et les deux chauffeurs, les deux hommes entamèrent la conversation comme nous roulions relativement lentement. De son côté, Sophie me fit un clin d'œil, attira mon attention, fit un geste de main et regarda, sur notre gauche, les maisons englouties par l'eau, les barques et la feuillue noyée. Je regardai, comme elle, le paysage exceptionnel qui se déroulait littéralement à nos côtés ; le ciel regardait, lui aussi, son reflet dans l'eau qui s'était introduite sur les premières rues de la côte et sur des kilomètres. Gêné où à cette heure, le ciel changeait de couleur tel que le spectacle du ciel et de la terre nous remplit elle et moi de quelque chose si semblable au vide. Nous l'appelons, je crois, plénitude – mais qu'importe. Comme je songeai à écrire toute cette histoire, je songeai qu'une telle situation avec l'eau et le ciel était indescriptible. Il fallait autre chose que des mots d'usages à décrire. Qu'importe ? Nous sommes arrivés, tous quatre, face à une zone à risque. Autour de nous, il y avait peu de bâtiments, la région paraissait excentrée et tranquille. Le risque, c'était des éboulis qui avaient pris sur la route, gravement précipités par les eaux. Ernesto, notre homme, s'arrêta avant les éboulis, le temps de considérer la situation : quelques centimètres d'eau, la route en terre battue creusée de nids de poules invisible, des pavés par dessus et des monticules ; « Enrique, dit-il, accroche-toi bien » et démarra rapidement. La moto sur laquelle j'étais ressemblait aux lézards dont on dit qu'ils courent sur l'eau ; la situation m'a aussi rappelé un livre que j'avais eu le devoir de parcourir lorsque j'étais dans ma dernière année de scolarité obligatoire : Le salaire de la peur. Arrivés derrière un jeune motard timide et vacillant, Ernesto lui cria « Apurate ! Dépêche-toi ! Dépêche-toi bon sang ! Allez, allez, oui ! On y va, dépêche-toi ! » ; le jeune homme, de son côté, se mit de côté pour de bon. Avec sa peur et son dépit, il en avait eu pour son compte et nous, nous avions pratiquement passé la zone sensible. La suite fut de la terre battue sèche ; les nids de poules visibles. Où la route se sépare en deux, nous prîmes la direction droite, c'est-à-dire nord, vers l'aéroport de Rurrenabaque – dont je n'ai jamais aperçu la piste. Je me retournai pour tâter l'humeur et les impressions de Sophie qui semblait vivement rassurée que les éboulis se trouvent derrière nous. J'avais six terrains comme ça » répéta Ernesto. Et ? » dis-je. Ils m'ont tout pris, au gouvernement, ils m'ont sommé de les vendre. Ces salauds m'ont tout pris. Avec celui-ci, je voulais faire un coin pour les fêtes et la famille mais je dois le vendre, ils me l'ont pris aussi. » je hochai la tête pour dire « je vois ». « Vous verrez, Enrique, il est très agréable, ce terrain là. » Oui » dis-je à mi-voix étourdi. On y est presque, ne vous inquiétez pas » dit-il. J'ignore en vertu de quoi Ernesto crût que je m'inquiétais. « On y est presque, c'est un des derniers terrains qu'il me reste ; ils m'ont tout pris, vous voyez ? ». J'ai feint la surprise, « que macana ! » dis-je.Nous roulions lentement sur la route en terre battue avec graviers, soulevant derrière nous un nuage de poussière. Sophie et son moto-taxi étaient à notre gauche, un peu reculés, et il y avait des plantations de platanes des deux côtés de la route ; nous n'apercevions plus les eaux sur notre gauche, mais de hauts platanes un peu mûres. Nous nous étions éloigné du centre du village et ça me taraudait. Ce devait bien être à cinq minutes, en moto, du centre-ville et des plantations de commerces. « Quand bien même c'est excentré, me dis-je, c'est sur la route qui mène à l'aéroport et les touristes seront obligés de passer par là pour aller au centre du village. C'est un bon point » je m'étais assez bien convaincu quand nous arrivions à l'entrée d'un très vaste terrain à semi boisé protégé par des fils de fer barbelés. Je descendis de moto comme le moteur tournait encore, je descendis par la gauche afin d'éviter le pot d'échappement disposé sur le côté droite des motos. Derrière nous, Sophie sauta de moto à son tour, et je payai trois bolivianos cinquante au chauffeur de taxi. Ernesto demanda aimablement au chauffeur d'attendre ici, ainsi qu'ils l'avaient déjà convenu auparavant : nous irions jeter un œil à la parcelle.De l'entrée, j'apercevais un terrain vague gazonné ; il était sur ma gauche. Sur ma droite, il y avait un terrain relativement plat, moins gazonné que le premier, déjà boisé de platanes, manguiers, citronniers, arbres producteurs d'avocats, etc. À une trentaine de mètre de l'entrée, sur le terrain boisé, il y avait, au centre d'une terre humide et fraîche entourée de grands arbres, un patio couvert et dont le sol enduit de ciment était à moitié recouverts de dalles de carrelage. Ernesto nous fit visiter le terrain sur la gauche, plane et découvert, puis le second terrain attaché ; il n'y avait qu'une ligne de démarcation entre les deux lotes et c'était les grands platanes. Derrière le patio cimenté, nous vîmes une barrière qui décrivait un carré : c'était une porcherie boueuse ; et sur le côté droite du patio, un poulailler et deux cabanes, dont une habitée par les travailleurs d'Ernesto dont on vit en lui un businessman. Il faisait toujours tiède et humide, et sous les platanes nous fûmes piqués par les moustiques de la région. Après avoir marché en long et en large des deux terrains non-démarqués – ou démarqués tout naturellement – Sophie rejoignit le moto-taxi tandis que je montai à l'arrière de la moto d'Ernesto, le propriétaire et businessman. Nous rentrâmes et convinrent que nous nous reverrions le lendemain histoire de jeter un œil aux impôts, actes de propriétés, et de discuter le prix de la parcelle qui nous avait le plus attiré l'attention à Sophie et moi : l'hectare boisé avec son patio cimenté et carrelé en son centre. Pour ce soir, nous avions à boire un verre au Monkey, où ils passaient de vieilles musiques américaines et européennes dont les notes nous enveloppaient comme un linceul nostalgique ; comme si l'on nous avait entouré avec lorsque, nous étions nouveaux-nés. En pensant au terrain et aux perspectives qu'il nous offrait, j'observai les murs boisés du Monkey, avec le toit en tôle et sa doublure de paille, et les lampes taillées dans du bois creux à l'image des lampions que l'on présente à Halloween et que l'on a taillés dans des courges. Quelques heures passèrent ; et le cendrier de bambou, à notre table, était rempli de cendres. Dans le nuage ouatiné de fumée, reflétaient mes projets avec mes idées vagues.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Cinq noyades&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Ce qui s'est passé le vingt-trois février 2011 était terrible. Ce qui était terrible et qui s'est passé le vingt-trois février 2011 fut ignoré par la plupart des européens. Les Nouvelles étrangères n'ont pas évoqué l'affaire terrible. C'était en Bolivie, dans un petit village touristique du département du Béni, à une époque où aucun gringo n'habite. Je me trouvai à Rurrenabaque, ce jour-ci, et le fleuve avait débordé. Avec quelques mètres d'eau supplémentaires, le Residencial Madidi se serait trouvé les pieds dans l'eau pendant que d'autres avaient la tête et les poumons bel et bien en dessous de l'eau.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;- Espera pues ! Je remets le courant ! » cria-t-il du haut de la tourelle, en espagnol. « Alors, c'est bon ? ». Rien ! » répondit l'autre. Quoi ? ». Pas de signal ! » cria-t-il plus fortement. « Ernesto, che ! Écoute, j'ai les gosses à garder, je t'avais dit, je dois y aller. » poursuivit-t-il. Carrajo ! Attends, je quitte le courant, dis-moi où en est le compteur. » Aroldo arrive dans cinq minutes, je t'attends au Camila tout à l'heure, suerte ! » dit-il. Attends ! Et Aroldo ? » demanda Ernesto. Dans cinq minutes. À toute ! » dit l'autre.Ernesto était demeuré perché toute la matinée à réparer le générateur de courant, et ils criaient son collègue et lui, vu la hauteur de la tourelle où Ernesto s'était aventuré. L'autre avait gardé les pieds dans l'eau ; il avait eu de la chance, resté indemne et sans morsure. Dans l'allée où il y avait la petite tourelle avec Ernesto posté en haut près du générateur, l'eau était montée à une cinquantaine de centimètres, s'était introduite dans les habitations, et les commerces étaient fermés – les stores et les grillages baissés. Il faisait bon, le ciel était blanc sale, le vent léger remuait vivement les vêtements d'Ernesto que l'on vit, à deux reprises, tenir sa casquette d'une main pour ne pas qu'elle fut emportée. L'allée était droite et plate sur plus de quatre kilomètres ; au centre on apercevait une démarcation entre les deux pistes de la route bétonnée tandis que les motos-taxis circulaient indistinctement sur l'un et l'autre côté dans les deux sens. La rue parallèle répondait à une physionomie proche, à l'exception des quantités d'eau qui la noyait. Nous parlions de plus de trois mètres d'eau ; nous disions que l'eau s'était introduite dans les rez-de-chaussées des maisons, qu'elle remplissait du sol au plafond. L'eau avait recouvert la route, les douves en bordure de route, les trottoirs en contre-haut des douves, et les maisons en retrait par rapport aux trottoirs cimentés.Ernesto réparait le générateur de courant électrique afin d'alimenter à nouveau le centre du village. D'autres que lui travaillaient, avec autant de succès qu'Ernesto, dans l'acheminement ; nous manquions d'un certain nombre d'aliments. Devant les maisons individuelles, les locataires et propriétaires balayaient désespérément l'eau en direction de la route qui se présentait maintenant comme le lit des bras du Béni.En attendant l'arrivée de son fier collègue Aroldo, Ernesto descendit de la tourelle, de l'échelle, puis – les pieds dans l'eau jusqu'aus genoux en dépit de sa grande taille – alluma une cigarette et dégotta, dans le local de sa compagnie, une bouteille de rhum brun. « Tout est question de noyade » songea-t-il, « je noie mon chagrin » il éleva la tête au ciel clair, « cinq morts, cinq noyés » baissa la tête, remua les pieds, expira très profondément, « et mon connard de frangin qui n'a rien trouvé de mieux à faire que mourir avec eux ». L'homme mince et grand, les pieds dans l'eau, tenait à réparer le générateur d'électricité. Y arriver, y réussir, lui aurait donné l'impression d'une victoire sur l'inondation ; les yeux dans le vague, il attendait Aroldo. Le rhum brun était excellent : c'était du Havana sept ans d'âge. « soixante bolivianos la bouteille... » songeait-il, « soixante bolivianos pour toi, du rhum brun pour toi, frangin » ; il leva son verre au ciel avec ses yeux, et but.L'eau était épaisse, brune et boueuse ; on s'y baignait. Les cultures étaient détruites, l'acheminement en déroute, l'électricité parti, et il y avait cinq morts et le frère d'Ernesto était l'un d'eux et les enfants se baignaient dans l'eau coupable. C'était dégueulasse ; il n'y avait que ce sacré rhum cubain pour être bon. « Le rhum cubain, c'est bon, mais pas Cuba » il y avait vécu trois ans et ça lui rappelait – Cuba avec son Golf Stream et toute son eau – cette sacrée inondation. « Cette cigarette pour toi, ce rhum pour toi » chuchota-t-il aux nuages. Et il but.Une heure avait passé depuis que l'autre était parti garder ses gosses tandis qu'Aroldo ne venait pas. Ernesto aussi avait des gosses à garder ; il avait un gosse sauf de toute cette histoire. Aujourd'hui, l'homme mince, grand et un peu ivre avait tenu à penser loin de son gosse. Il avait honte d'avoir le cafard pour toute cette histoire. La veille, Ernesto et son enfant de quatorze ans eurent une discussion, « oui, la discussion » songeait-il :&lt;br /&gt;- Écoute, il est mort et nous ne le reverrons plus. Il n'a plus rien à faire mais nous, nous avons encore beaucoup de choses à faire, nous devons y penser puis les faire. On ne peut rien pour les cinq autres. » Tu es froid » répondit Alfonso, le môme. « Tio est mort, Tio est mort et tu t'en fous. C'était ton frère ! » il secouait son père, baissa le visage et pleura. Ne pleure pas, ça va alimenter le fleuve. » Al pleura d'avantage. « Tu sais, il faut s'occuper des vivants, pas des morts, c'est tout ce qu'il nous reste : les vivants » poursuivit Ernesto. Il avait tenu à se montrer grand, fier et fort devant le regard de son fils, et son fils était fragile devant lui.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il était quatorze heures. Ernesto fumait tandis que Aroldo ne s'était pas rendu. La bouteille de rhum, à côté de lui, fut vidée. Le vent fit s'envoler la casquette que portait Ernesto, puis éteignant sa cigarette, le vieil homme laissa retomber sa tête sur la surface plane de la vieille table, dans le local de la compagnie électrique ; et l'homme pleurait. « Cinq morts... cinq noyés... où en suis-je, Al ? Et moi ? » songeait-il. Le centre-ville demeurait sans courant – « Je voudrais tant que tu sois là. » dit-il en lui-même. Ernesto rejoignit son fils, une fois remis plus sobre et le cafard passé ; il donna dans l'accolade, l'enlaça et ensemble ils pleurèrent. Sur la tombe du frère d'Ernesto, ils déposèrent des fleurs et prirent un peu soin du mort ; à présent il fallait aussi survivre, un pied passé le seuil de la mort et l'autre pied encore dans la boue. Il y a des parties de soi que l'on perd à jamais. À celles et ceux qui se sentent étrangers à eux-mêmes, il faut apprendre à se connaître à nouveau et une vie n'y suffit pas. Ceux qui échouent passent l'arme à gauche ; la plupart du temps, c'est avec un trou rouge du côté droit, un revolver dans la main distendue.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3366554586606074963?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3366554586606074963/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/03/nouvelles.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3366554586606074963'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3366554586606074963'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/03/nouvelles.html' title='Nouvelles'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5939721433533793997</id><published>2011-02-28T20:27:00.001+01:00</published><updated>2011-02-28T20:29:53.239+01:00</updated><title type='text'>La philosophie dans la détresse</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Je n'ai plus un sous en poche. J'ai bien essayé d'être honnête, j'ai travaillé comme serveur dans des cafés et restaurants, j'ai œuvré sur les chantiers, j'ai enseigné pour quelques pièces, j'ai bossé dans les compagnies de téléphone, mais aussi comme coiffeur, j'ai même travaillé sans revenu et par honnêteté. Mon père me disait que l'honnêteté payait. Non, il disait que la malhonnêteté ne payait pas : ça ne voulait pas dire que l'honnêteté payait – je ne le comprends qu'aujourd'hui.&lt;br /&gt;J'ai bien essayé aussi d'être malhonnête et j'avais eu droit à la prospérité avant que la préfecture ne me confisque mes six lotes de terrain et la maison dans laquelle je vivais. Aujourd'hui, je n'ai plus ni toit ni maison et je n'ai plus de sous en poche. Je crois qu'elles sont trouées – mes poches.&lt;br /&gt;Il y a eu des inondations, dans le village, ici, il y a quelques jours et mille de mes compatriotes sont dans la même situation que moi. L'eau a pris leurs tracteurs, leur bétail, leurs maisons et leurs cultures et elle ne veut pas les leur rendre. La préfecture non plus ne veut pas les leur rendre. Nous sommes sans sous, eux et moi, et j'ai le ventre creux ; il gronde – mon ventre – et j'ai faim et, en grignotant La philosophie du droit au coin du fleuve impassible que j'ai prié sans cesse avec mes amis et compatriotes sans sous et sans peau sur les os, je me demandais comment la philosophie pouvait m'aider à me sortir de cette affreuse situation. Si la philosophie ne peut ni m'aider ni me sauver, je prie pour qu'elle aide mes amis démunis au bord du fleuve. D'ici quelques jours, à ma mort, je leur léguerai tout ce que j'ai, je leur léguerai La philosophie du droit : ça les rassasiera peut-être.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5939721433533793997?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5939721433533793997/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/02/la-philosophie-dans-la-detresse.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5939721433533793997'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5939721433533793997'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/02/la-philosophie-dans-la-detresse.html' title='La philosophie dans la détresse'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7397691394725239888</id><published>2011-01-16T14:23:00.000+01:00</published><updated>2011-01-16T14:24:49.180+01:00</updated><title type='text'>Petite histoire danoise</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;em&gt;Interlude, entre deux commentaires sur SCHELLING.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Il y a la Grande Allemagne et le petit Danemark. Le petit Danemark n'est pas annexé à la Grand Allemagne, mais il en est géographiquement si proche, il en est linguistiquement si proche (le danois est une langue germanique récente, qui ne pris son essor qu'avec Saxo Grammaticus au 11ème siècle ; et l'allemand est encore couramment parlé au Danemark) que nous disons du Danemark qu'il s'agit de la petite Allemagne. Depuis Hegel, la Grande Allemagne est devenue l'immense Allemagne : Hegel sait tout, il détient le savoir absolu, l'immense Allemagne sait tout elle aussi. Le petit danois, le veilleur de Copenhague  dont le dos est tout étrangement recourbé ainsi que les portraits nous le montrent (est-ce de porter le joug allemand ?) vient au devant de la scène, de nuit, sous la lumière tamisée d'un lampadaire ; il emprunte une voix pseudonyme, cassée et duplice, se tourne et se retourne comme il arrive qu'un insomniaque se tourne et se retourne dans son lit, et griffonne enfin, non ! Il murmure enfin « Hegel a tort. Il nous est impossible de savoir ce qu'on vit, et de vivre ce qu'on sait ». Certains compatriotes danois pensent avoir entendu le vent, il y a déjà quiproquo, il y a déjà méprise. Ceci dit, le veilleur cours de l'autre côté de la rue et ceci fait il chuchote d'un autre ton : « moi je dirais le contraire de ce que tu viens de dire ». Certains compatriotes danois pensent avoir entendu le vent, mais il ne s'agit pas des mêmes compatriotes que tout à l'heure. Le lendemain au matin, les compatriotes des deux fois se retrouvent au bar de la ville, dans le petit port néanmoins majestueux de Nyhavn, près de la place du Kongens Nytorv. Les hommes échangent quelques mots, puis ils évoquent ce qu'ils ont entendu la veille. Un premier homme dit : j'ai entendu, je crois, une voix. Elle disait que je ne sais pas ce que je vis, c'est absurde ! Un deuxième homme répliqua : moi, je te dirai tout le contraire. Un troisième alors les repris tous deux et dit quelque chose comme : vous vous méprenez, moi j'ai entendu des échos, c'était rebondissant, ça m'a tout remué. Sur ce, les trois hommes se giflèrent les uns les autres ; les joues droites prenaient les pains distribués de la main gauche, les joues gauches les pain distribués de la main droite, après quoi chacun revint au journal allemand distribué par l'aimable vendeuse de croissant du coin de la boutique sur la place du Kongens[...]&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7397691394725239888?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7397691394725239888/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/petite-histoire-danoise.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7397691394725239888'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7397691394725239888'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/petite-histoire-danoise.html' title='Petite histoire danoise'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-1121376525613581224</id><published>2011-01-12T21:30:00.000+01:00</published><updated>2011-01-12T21:35:10.358+01:00</updated><title type='text'>Point de vue sur plusieurs Schelling(s)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ainsi que je l'ai indiqué dans mon commentaire relatif aux âges du monde, la majorité des commentateurs de SCHELLING prêtent, au philosophe, plusieurs projets, plusieurs approches et plusieurs conceptions. Il est rare, en effet, que l'on évoque le caractère uniforme des conceptions et approches que SCHELLING expose au travers des nombreux ouvrages qu'il publia. Nous attribuons généralement aux ouvrages du philosophe un caractère duplice, voir polymorphe, tel que nous parlons de plusieurs SCHELLING (comme nous parlons par ailleurs de trois FOUCAULT). Ce document offre une vue générale sur les périodes que nous prêtons à la philosophie (ou aux philosophies) schellingienne. Il a, pour assise principale, l'ouvrage suivant de BRITO : Philosophie et théologie dans l'oeuvre de Schelling, 2000.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si une telle découpe ne détient certes pas la vérité sur la ou les conceptions du philosophe, elle rend compte de deux phénomènes : le premier est notre tendance (en tant que commentateurs) à diviser les problèmes complexes en problèmes simples, et à ne voir l'unité que dans l'irréductibilité ; le second tient de la manière dont nous recevons généralement les œuvres de SCHELLING. Si la découpe suivante est à considérer – elle ne manque pas d'intérêt – elle est à situer dans son contexte : celui propre à la réception qui fut faite de SCHELLING par des commentateurs contemporains, notamment BRITO. Enfin, si les enjeux de la réception pourraient faire l'objet d'un travail, ils ne font pas l'objet de ce document.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1. Les périodes&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;La majorité des commentateurs et historiens divisent la philosophie schellingienne en 4 périodes :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1.&lt;/span&gt; La Naturphilosophie, de 1797 à 1802, ou la physique spéculative (idéalisme objectif).&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2.&lt;/span&gt; La philosophie de l'identité, de 1801 à 1809.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;3.&lt;/span&gt; Les Weltalter, de 1809 à 1813 ou l'histoire métaphysique de l'absolu.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;4. &lt;/span&gt;La philosophie de la Révélation (Spätphilosophie), de 1821 à 1854.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2. Les ouvrages propres aux périodes&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Les ouvrages propres à la philosophie de l'identité (1801 – 1809) seraient les suivants : Exposé de mon système (1801), Bruno : dialogue sur le principe divin et le principe naturel des choses  (1802), Leçons sur la méthode des études universitaires (1803), Idées (1803), Philosophie et religion (1804), Aphorismes (1805), L'âme du monde (1806).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les ouvrages propres à la philosophie des Weltalter (1809 – 1813) seraient les suivants : Recherches sur la liberté humaine (1809), Conférences de Stuttgart (1810), le dialogue Clara (1811), Les âges du monde (1811), l’écrit contre Jacobi (1812), la réponse à Eschenmayer : la liberté humaine (1813).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;3. La philosophie de la nature&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Selon la majorité des commentateurs de SCHELLING, la Naturphilosophie schellingienne fut successivement conçue comme :&lt;br /&gt;    &lt;blockquote&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1.&lt;/span&gt; L'application de la philosophie transcendantale, dont voici les ouvrages : Idées pour une philosophie de la nature (1797), L'âme du monde (1798).&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2.&lt;/span&gt; Une science s'opposant à la philosophie transcendantale (KANT et L'idéalisme transcendantal de SCHELLING lui-même) en la complétant : dont voici les ouvrages : Esquisse d'un système de Naturphilosophie (1799), Système de l'idéalisme transcendantal (1800).&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;3.&lt;/span&gt; Le fondement de la philosophie transcendantale, dont voici l'ouvrage Déduction générale du processus dynamique (1801).&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;4.&lt;/span&gt; L'une des deux sciences particulières du système dans la philosophie de l'identité.&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-1121376525613581224?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/1121376525613581224/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/point-de-vue-sur-plusieurs-schellings.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1121376525613581224'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1121376525613581224'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/point-de-vue-sur-plusieurs-schellings.html' title='Point de vue sur plusieurs Schelling(s)'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-9205676876918262437</id><published>2011-01-10T20:01:00.001+01:00</published><updated>2011-01-10T20:01:36.555+01:00</updated><title type='text'>Preuve ontologique de l'existence de l'Un</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Si nous pouvons dire, de quelque chose qui existe, qu'elle existe, alors elle ne se distingue pas des autres choses qui existent en tant qu'elles existent. Nous dirons à cet égard, avec SCHELLING, que cela même qu'est l'un, l'autre l'est aussi. Si donc l'Idée existe sous quelque forme que ce soit, et si d'abord nous pensons que l'Idée n'existe que dans notre esprit en tant qu'elle est conçue, alors nous pouvons dire de l'Idée qu'elle existe au même titre que toutes les autres choses qui existent. Et comme nous avons dit que l'Idée existe au même titre que toutes les autres choses qui existent, alors nous pouvons dire de l'Idée qu'elle ne se distingue pas des autres choses qui existent en cela qu'elles existent : tout ce qui est est, et quelque Idée qui est est la même chose que toute autre chose qui est en tant qu'elles sont.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-9205676876918262437?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/9205676876918262437/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/preuve-ontologique-de-lexistence-de-lun.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9205676876918262437'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9205676876918262437'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/preuve-ontologique-de-lexistence-de-lun.html' title='Preuve ontologique de l&apos;existence de l&apos;Un'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5811285436138123020</id><published>2011-01-10T14:07:00.003+01:00</published><updated>2011-01-10T14:18:49.405+01:00</updated><title type='text'>Les âges du monde</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;TABLE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1. Avant-propos&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;1.1. La complexité de l'œuvre de Schelling&lt;br /&gt;1.2. Le sujet dans l'œuvre de Schelling&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2. Die Weltalter&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;2.1. Introduction&lt;br /&gt;2.2. Les figures du temps&lt;br /&gt;2.3. L'être est temps&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Bibliographie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1. Avant-propos&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1.1. La complexité de l'œuvre de Schelling&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Établi à Berlin, SCHELLING exerçait en tant que professeur de philosophie. Xav&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://www.estudioshegelianos.org/imagenes/filosofos/Friedrich_Schelling.gif"&gt;&lt;img style="float: right; margin: 0pt 0pt 10px 10px; cursor: pointer; width: 124px; height: 124px;" src="http://www.estudioshegelianos.org/imagenes/filosofos/Friedrich_Schelling.gif" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;ier TILIETTE rappelle par ailleurs que le philosophe allemand publia la plupart de ses ouvrages sous la  forme de livrets de cours. En cela, la majorité des œuvres de SCHELLING sont rédigées dans un registre bas ou moyen propre à toucher les universitaires en formation. Ses ouvrages se présentent sous plusieurs formes, toujours dédiées aux étudiants : celle du récit comme ceux que l'on raconte aux enfants, celle des démonstrations simples comme celles que l'on présente aux étudiants, celles des exercices ou des notes touchant à son propre cours comme celles que prennent les étudiants. Dans le cadre de ses écrits « sous la forme de récit comme ceux que l'on raconte aux enfants », nous lui reconnaissons avoir publié deux romans philosophiques : Clara et Bruno. Ces romans empruntent leur simplicité et leur sobriété aux contes : ce sont probablement les œuvres les plus simples publiées par SCHELLING.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au titre de professeur de philosophie, SCHELLING dispensa un certain nombre de cours à deux penseurs aujourd'hui plus connus que lui : HEGEL et KIERKEGAARD. Les deux penseurs en question, HEGEL et KIERKEGAARD, jugèrent les conceptions développées par SCHELLING et exposées par lui dans l'amphithéâtre universitaire. En effet, nous savons que HEGEL considérait SCHELLING comme « un hégélien inachevé »1 tandis que de KIERKEGAARD, nous savons que « SCHELLING brassait du vent »2. Par ailleurs, le danois confirma son jugement lorsqu'il avorta ses cours à l'université de Berlin et rentra illico sur Copenhague. Dans la suite de cet exposé (Partie 1, La complexité de l'œuvre de SCHELLING) je m'attacherai à expliquer le jugement de HEGEL vis-à-vis de SCHELLING : qu'est-ce qui précisément amena HEGEL à dire de SCHELLING qu'ils avaient tous deux œuvré au même projet, mais que SCHELLING ne l'avait pas achevé ? Ses motifs furent certainement nombreux. Dans un premier temps, rares sont les ouvrages dont SCHELLING acheva la rédaction. Nous ignorons quels furent ses rapports à la publication, mais il est probable qu'il publiait des « épisodes philosophiques » dans les revues et périodiques universitaires où il donnait ses cours. Cela expliquerait qu'il ait publié, de son vivant, un certain nombre d'ouvrages inachevés, dont celui qui nous occupe dans le présent exposé. En outre, un tel procédé de rédaction à l'avantage (ou le désavantage) de présenter la progression de SCHELLING : une progression particulière quand pour HEGEL le général devait l'emporter sur le particulier, une progression jonchées de sauts et de retournements quand pour HEGEL l'unité devait l'emporter sur la rupture et la multiplicité, une progression marquée par des piques de spécialisations scientifiques quand pour HEGEL l'oubli devait l'emporter sur le savoir. Quelles autres raisons HEGEL avait de considérer SCHELLING comme « un hégélien inachevé » ? La progression des conceptions exposées dans les ouvrages de S. semble jonchée de sauts, de retournements et de spécialisations : nous l'avons dit. Il nous arrive en effet de distinguer, d'un livre à l'autre de SCHELLING, deux approches ou deux objets d'études foncièrement distincts. Pour cette raison, la majorité des commentateurs de SCHELLING lui reconnaissent trois conceptions différentes. Selon ces commentateurs, dont BRITO fait partie, SCHELLING se serait détourné à deux reprises de ses  conceptions antérieures et aurait présenté ces deux tournants en développant, après coup, des conceptions philosophiques nouvelles et sans relation avec les anciennes. Voici les trois conceptions (ou paradigmes) que BRITO relève dans l'œuvre de SCHELLING :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;1. La philosophie de l'identité&lt;br /&gt;2. La philosophie positive&lt;br /&gt;3. La philosophie des Weltalter, dont voici les ouvrages communément considérés :&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Recherches sur la liberté humaine (1809)&lt;br /&gt;Conférences de Stuttgard (1810)&lt;br /&gt;Clara, ou Du lien de la nature au monde des esprits (1811)&lt;br /&gt;Les âges du monde, ou La préhistoire de Dieu (1811)&lt;br /&gt;L'écrit contre Jacobi&lt;br /&gt;La réponse à Eschenmayer.&lt;br /&gt;La liberté humaine (1813)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce qui me concerne, je ne distinguerais pas la philosophie des Weltalter de la philosophie de l'identité. Il me semble en effet que la philosophie des Weltalter défend le même principe que la philosophie de l'identité, à savoir : tout ce qui existe sont les états d'un seul et même grand être qui se retrouve en tout. Cela étant dit, la classification que l'on entreprend communément de SCHELLING dénote, sinon du caractère pluriel de sa conception (ou ses conceptions) tout du moins du caractère complexe de celle-ci, laquelle nous avons du mal à recevoir, interpréter et classifier. Sa conception semble polymorphe, plurielle, voir fragmentée : en tous les cas, elles ne nous est parvenue que par fragments. Par exemple, il est particulièrement difficile d'établir la relation ou le pont entre Clara et Bruno. Certes ce sont là deux romans philosophiques, mais l'approche et l'objet d'étude qui les caractérise ne semble pas commensurable. Cet état de fait explique sans doute le jugement hégélien : SCHELLING serait incomplet, inachevé, ses multiples ouvrages sans lien les uns avec les autres. Parallèlement, il est clair que l'intégralité des ouvrages hégéliens répond à un projet unique et uniforme : celui de la philosophie de l'identité. Cette uniformité semble manquer au projet schellingien dont on ne sait pas même dire s'il est un ou pluriel, c'est-à-dire si SCHELLING nourrit un ou plusieurs projets.&lt;br /&gt;En outre, la philosophie positive de SCHELLING, laquelle est présentée par BRITO comme l'une des trois conceptions du philosophe allemand, est communément présentée sous l'expression d'idéalisme objectif. Même si la majorité des commentateurs de SCHELLING divise ses ouvrages en trois parties et prétend que l'auteur aurait nourrit trois projets et trois conceptions différentes au cours de sa vie, l'idéalisme objectif propre à SCHELLING semble être assez significatif pour que l'on dise que l'auteur est un idéaliste objectif. Ce faisant, nous reléguons, en un sens, la philosophie des Weltalter et la philosophie de l'identité propre à SCHELLING : on ne le présente pas comme un philosophe des Weltalter ou un philosophe de l'identité mais comme un idéaliste objectif. Parallèlement, FICHTE développe une conception que l'on qualifie d'idéalisme subjectif tandis que la conception hégélienne est présentée comme un idéalisme absolu. Nous disons de la conception hégélienne qu'elle considère SCHELLING comme thèse, FICHTE comme antithèse, et qu'elle en propose la synthèse. En un sens, en effet, HEGEL comprend et dépasse (aufgehöben) FICHTE et SCHELLING. Il est possible que le jugement de HEGEL sur la conception schellingienne porte sur cet état de fait : il manquerait, chez SCHELLING, non seulement le terme antithétique de l'idéalisme objectif (c'est-à-dire l'idéalisme subjectif) mais aussi le terme synthétique, c'est-à-dire l'idéalisme absolu dont HEGEL se présent précisément comme le héraut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De plus, il y a dans le style littéraire même de HEGEL, une fluidité particulière que nous ne trouvons pas dans l'œuvre de SCHELLING. Chez SCHELLING, en effet, le dire et le dit, c'est-à-dire « ce qui est dit » et « la façon de le dire » communient rarement. Imaginez un père crier à ses enfants « ne criez pas ! ». La littérature schellingienne présente de nombreux décalages similaires. Selon BRITO, ces décalages participeraient de l'ironie schellingienne. Toujours est-il qu'ils rendent la lecture de ses œuvres particulièrement difficile, et  qu'ils participent du caractère apparemment fragmenté de la littérature schellingienne pourtant déjà rendue fragmentée par les changements de conceptions apparents, et par le fait que la majorité de ses ouvrages soient inachevés. Dans le même ordre d'idée, la littérature schellingienne présente plus de ruptures et de « devancements » qu'elle ne présente de reprises. En effet, si nous avons l'habitude d'entendre le professeur dire « je reprends ou nous en étions ! », SCHELLING ne semble pas de ces professeurs qui reprennent ou reviennent sur ce qui fut évoqué précédemment. Pour cette raison, il est souvent difficile de « faire le lien » entre ses ouvrage, puisque l'auteur n'est pas habitué à situer son nouvel ouvrage par rapport aux précédents. SCHELLING n'a pas même réussi, par exemple, à reprendre la problématique des Weltalter afin d'en publier le deuxième volume qu'il avait initialement prévu. Au contraire, il repris le premier volume à trois reprises, et publia trois versions du premier volume, sans jamais parvenir à le « dépasser » ou, en un sens, à générer le moment de la Création qui devait être au cœur du second volume.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dit, tout comme HEGEL, SCHELLING s'inscrit dans le romantisme allemand. Il s'agit d'un mouvement caractérisé par des approches et des projets spécifiques (la philosophie de l'identité). Si j'ai déjà relevé le caractère littéraire dans l'œuvre de SCHELLING (et j'en parlerai plus en détails par la suite), je n'avais pas encore dit que GOETHE est l'une des figures les plus influentes dans la philosophie schellingienne. Cette influence nous amène à mieux comprendre le sens et la teneur de la philosophie schellingienne en tant que production littéraire, parfois plus littéraire que philosophique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1.2. Le sujet dans l'œuvre de Schelling&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Les questionnements philosophiques les plus souvent traités au 19ème siècle sont regroupés aujourd'hui sous l'expression de « herméneutique du sujet ». De tels questionnement furent traités notamment par HEGEL, SCHELLING, KIERKEGAARD et UNAMUNO. Voici les trois questionnements le plus fondamentaux, lesquels touchent à l'herméneutique du sujet :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;1. Que suis-je ?&lt;br /&gt;2. Que deviens-je ?&lt;br /&gt;3. Quel est le rapport entre ce que je suis et ce que je deviens ?&lt;/blockquote&gt;Il arrive que, d'un auteur à l'autre, ces trois questions fondamentales touchant à l'herméneutique du sujet se présentent sous une autre forme : pour cette raison, la problématique de l'herméneutique du sujet, laquelle survit jusqu'à nos jours sous des formes encore légèrement différentes de ce qu'elle était au 19ème siècle, est particulièrement large. En effet, par exemple de « que suis-je ? » il arrive qu'un auteur passe à « qui suis-je ? » et qu'il opère une distinction entre le que et le qui, c'est-à-dire entre la chose et la personne. En outre, il arrive qu'un auteur préfère « que puis-je devenir ? » à « que deviens-je ? », et l'auteur jouera sur les significations multiples du verbe pouvoir. En effet, « que puis-je devenir » peut être reformulée sous la forme du « qu'est-ce que mon histoire, mon itinéraire me permet de devenir ? » (question qui fut posée par HEGEL, SCHELLING, MARX) comme elle peut l'être sous la forme du « qu'est-ce que mon exercice ou ma fonction me permet de devenir ? » (hégélien et marxiste) ou encore « que m'est-il légitime de devenir, qu'est-ce que la société me permet de devenir ? », etc, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à HEGEL et KIERKEGAARD, la question schellingienne de l'herméneutique du sujet ne considère pas le sujet (ou l'individu) dans son rapport à la société. À ce titre, la philosophie schellingienne ne revêt pas de caractère éthique ou politique. En effet, SCHELLING n'interrogeait pas particulièrement « le sujet en société est-il toujours un sujet ? En participant de la société et en laissant la société participer de lui, ne devient-il pas un individu hors sujet, un exemplaire de l'espèce ? Ne se perd-t-il pas ? » Bien qu'il rappela qu'une goutte d'eau, même dans l'océan, demeure toujours une goutte d'eau3. Ce type de questionnement est plus propre à des penseurs tels que HEGEL, KIERKEGAARD, TILLICH, etc. La question schellingienne de l'herméneutique du sujet s'inscrit d'avantage dans le cadre du rapport qu'entretient l'individu avec la nature et la spiritualité. Autrement dit, il traite de la spiritualité dans l'histoire du sujet et de l'Homme, ainsi que de la nature dans la spiritualité ou dans l'esprit du sujet ou du monde : tel est en effet l'objet de Clara. Cela dit, nous remarquons que la question de « la spiritualité dans l'histoire » est toujours d'actualité, sans doute sous une forme différente et plus pragmatique. En effet, des soucis tels que « comment être chrétien aujourd'hui ? à quoi reconnaît-on un croyant ? Comment la foi se manifeste-t-elle au quotidien ? ». trouvent quelques échos dans les travaux de SCHELLING.&lt;br /&gt;Quant aux âges du monde (Weltalter), il répond presque exclusivement à la question « qu'est-ce que le moi ? », laquelle se présente comme un enjeu aussi propre à Clara. Cela dit, les formes de la réflexion et de la description propre aux Weltalter (lequel se présente, à cet égard, comme un essai philosophique) ne se retrouvent pas chez Clara, lequel emprunte, au roman, sa forme plus récitée et moins solennelle. En un sens, la forme plus récitée et moins réflexive de Clara confère, au personnage, un destin dramatique, et à la conception romancée, une différence notoire d'avec les Weltalter dont il devait pourtant se présenter comme l'illustration : Clara rend compte d'une optique particulièrement déterministe. Autrement dit, la forme du récit propre à Clara (tout comme elle est propre à Bruno) confère, à l'histoire de Clara, une dimension déterministe : c'est-à-dire que tout se produit comme si son histoire était écrite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai dit que SCHELLING posait la question de l'individu dans son rapport avec la nature et avec l'esprit (ou la spiritualité). En outre, il traite de la question de la spiritualité dans l'histoire. SCHELLING avait prévu de publier trois volumes des Âges du monde. Le premier volume était dédié à la pré-histoire de Dieu, laquelle fut présentée comme la période d'unité. C'est-à-dire qu'avant la Création, selon SCHELLING, tout était une seule et même chose qu'il appelle Dieu. L'auteur avait prévu de dédier le deuxième volume à la question de l'actualité, laquelle devait prendre assise sur l'observation suivante : présentement, il existe de nombreux individus et de nombreuses choses dans le monde. Il y aurait donc eu un être (Dieu – Gott – Le vivant des origines – Urwesen), lequel se serait présenté sous plusieurs formes. Nous serions à lui ce que la glace et l'eau sont à la combinaison des éléments chimiques H2O. Cela dit, SCHELLING n'a publié que le premier volume des Weltalter (j'en parlerai plus en détail dans le chapitre suivant) : il ne semble pas avoir répondu à la question « pourquoi l'un a-t-il crée le multiple ? ». De fait, SCHELLING ne serait pas parvenu à établir le pont entre la préhistoire de Dieu (la période d'unité) et l'actualité (où Dieu est multiple et en toutes choses). Probablement Dieu s'est-il perdu dans l'actualité, ou peut-être est-il perdu pour l'actualité. À cet égard, si SCHELLING ne dit pas que Dieu est mort, l'inachèvement et l'incompétence qui fut la sienne dénote pourtant peut-être de la mort de Dieu (au sens le plus large) ; des absolus perdus pour l'actualité. Par ailleurs, il est intéressant de rappeler que l'idéalisme schellingien est qualifié d'objectif : l'idéalisme absolu propre à HEGEL se présente comme le dernier « grand système philosophique » après lequel les valeurs et les conceptions explosent en nombre, perdent en pouvoir de diffusion et de séduction, etc. Après l'échec de SCHELLING, en effet, se présentent NIETZSCHE dont on sait précisément qu'il annonce la mort de Dieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;2. Die Weltalter&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2.1. Introduction&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;« Cela même qu'est l'un, l'autre l'est aussi » dit SCHELLING, et cela est Dieu. Autrement dit : toi et moi sommes essentiellement la même chose ; toi et moi nous présenterions comme les états d'une même chose au même titre que l'eau et la glace sont des états différents d'une même matière. HEGEL expose la même conception philosophique à une différence près : il appelle Dieu l'Esprit (avec un grand E). Ce type de conception est indistinctement appelé : philosophie de l'Un ou philosophie de l'identité. La philosophie de l'identité traverse l'ensemble du romantisme allemand (SCHILLER, GOETHE, etc.) entre le 18 et 19ème siècle. En outre, elle se retrouve dans la philosophie de la nature présente déjà dans la Grèce antique (Héraclite, Hermès Trismégiste, etc).&lt;br /&gt;Cela même qu'est l'un, l'autre l'est aussi : il existe un être qui se retrouve en toutes choses, qui détermine toute chose, lequel se présente comme le « socle » ou la substance de tout ce qui existe. Il existe un grand être (Dieu ou Le vivant des origines) qui est la détermination de tout ce qui existe. Avec Les âges du monde (Weltalter) SCHELLING projette de décrire les mystères de la vie cachée de ce grand être, lequel se retrouve en tout et, quelque mouvement qu'il opère, se retrouve lui-même. Les Weltalter se présentent en effet comme l'exposé de la préhistoire de Dieu, le vivant des origines (Urwesen). Autrement dit, le projet schellingien expose le vivant des origines tel qu'il se raconte, à lui-même, sa propre histoire. En ce sens, le projet des âges du monde rappelle la Phénoménologie de l'Esprit de HEGEL, dans laquelle est tracé l'itinéraire de la conscience en tant qu'elle s'apparaît et se raconte à elle-même. La différence majeure entre la philosophie schellingienne et celle hégélienne tient en leurs styles littéraires foncièrement distincts l'un de l'autre d'une part (SCHELLING est plus anecdotique), dans leurs rapports à la publication d'autre part, et dans les enjeux proprement philosophiques de ces rapports particuliers (la question de l'interlocuteur et de la teneur initiatique des ouvrages au centre). En outre, SCHELLING entreprend d'exposer la période de l'unité dans le premier volume des Âges du monde : il réserve l'exposition de la période de dualité et de la période de « retour à l'unité » aux deuxième et troisièmes volumes qui jamais n'ont vu le jour et qui fut précisément l'objet de la Phénoménologie de l'Esprit propre à HEGEL.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La question propre aux métaphysiciens des Lumières, comme par exemple LEIBNIZ, était celle-ci :  « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Cette question particulière semble parente de celle qui assied le projet schellingien : « pourquoi, et surtout comment l'Un a-t-il crée le multiple ? ». Il s'agit d'une question d'ordre métaphysique. En cela, sa teneur est essentiellement rétrospective : SCHELLING se retourne ou regarde, dans le rétroviseur, la réflexion qui représente la Genèse. HEGEL, pour sa part, semble plus orienté vers le futur des gens actuels puisqu'il interroge : « comment le multiple (actuel) peut-il retrouver l'unité perdue ? », question qui devait asseoir le troisième volume des Weltalter ainsi que SCHELLING l'avait prévu. Si HEGEL propose un ensemble d'exercices, lesquels confèrent un aspect proprement initiatique à la Phénoménologie de l'Esprit, le projet schellingien ne bénéficie pas d'un tel caractère initiatique. Cela dit, il bénéficie d'un style particulier. En effet, il faut, à SCHELLING revenir au temps des contes, de la Bible et des mythes, il faut que la philosophie se résolve tantôt en poésie, tantôt en conte ou en récit mythique, pour elle de retourner à l'innocence des premiers Âges. En vérité, il lui faut revenir aux temps des traditions orales : quand rien n'est écrit, tout est raconté. En effet, si ainsi que le disait CERTEAU « l'histoire met la tradition orale en deuil » il faut à SCHELLING, pour traiter de la pré-histoire, c'est-à-dire d'une histoire déroulée avant que l'écriture ne s'institue, raconter, écrire dans un langage simple tel qu'on le rencontre dans les récits qui font l'objet des traditions orales. Et les Weltalter en effet se décrivent et se racontent. Si nous ne les présentons pas comme tels, et si nous ne les lisons pas à voix haute, si nous ne les racontons pas à nos enfants au coucher (quitte à sacraliser leurs couchers) alors nous mettons le projet des Weltalter en échec. Si le premier volume des Weltalter tient de la préhistoire et de l'archéologie, il semblerait que le livre du futur (Weltalter, volume 3), lequel livre n'a jamais vu le jour, du re-présenter ce passé, c'est-à-dire le présenter à nouveau. Nous trouvons, ici même dans le projet inachevé de SCHELLING, une conception propre à HEGEL et KIERKEGAARD : si la Reprise n'existe pas, si il n'arrive jamais que le même se présente à nouveau et sous une autre forme que par le passé, alors rien ne tient, tout est contingent, tout est perdu. Cela dit, je substitue, au terme de Reprise, le terme de re-présentation d'avantage propre au projet schellingien. D'après SCHELLING, une telle re-présentation devait se présenter dans une relation de conciliation (ou de mariage) avec le présent : le livre du futur se serait présenté sous la forme de la synthèse ou du « mariage » entre le passé uniforme et le présent pluriel, il aurait opéré l'unité de l'unité et de l'opposition. En somme, le troisième livre aurait œuvré, en un sens et comme disait BUBER, non pas tant au retour à l'unité perdue – puisqu'il n'est ni retour ni ressouvenir en arrière, mais seulement ressouvenir en avant et présent projeté au-devant de soi – qu'au rajeunissement de la Création.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si SCHELLING ne fut jamais d'actualité, nous pouvons probablement l'imputer partiellement à HEGEL, lequel, si radical et si ample dans sa conception, fit de l'ombre à la fois à ses contemporains FICHTE et SCHELLING. Cela dit, la raison de la non-notoriété de SCHELLING tient sans doute d'un grand nombre de facteurs. Nous pourrions par exemple considérer le facteur suivant : reprenant la critique qu'un politique français fit à l'égard de son adversaire, je dirais que « si SCHELLING se présentait d'emblée comme un homme du passé (il ne publia que le livre du passé des âges du monde), peut-être fut-il aussi un homme du passif. Peut-être effectivement fut-il orienté vers des vérités qu'on tient pour potins et racontars au lieu d'être orienté vers la pratique initiatique, et donc concrète, tel que le fut HEGEL ». Il me semble qu'une telle hypothèse est d'autant plus valide que SCHELLING est d'avantage connu pour ces travaux pratiques et actuels, c'est-à-dire pour sa philosophie positive et son idéalisme objectif. Il est effectivement connu en tant que l'idéaliste objectif aux côtés de l'idéaliste subjectif (FICHTE) et de l'idéaliste absolu (HEGEL). S'il y a bien une actualité – et une actualité pratique – dans la philosophie schellingienne, elle ne se trouve certainement pas dans les Weltalter. Comme question problématiques d'actualité, j'ai évoqué précédemment la question de la spiritualité dans l'histoire ou de la spiritualité dans l'actualité. Peut-être  le second volume des Weltalter eut-il été en mesure de projeter l'auteur à la lumière d'une actualité qui s'étend du 19ème au 21ème siècle. Cela dit et en dépit du caractère impopulaire du philosophe, le caractère intéressant de SCHELLING se trouve justement dans son non-rapport à la notoriété, dans son rapport à la publication, dans son rapport à l'inachèvement et dans la complexité que nous reconnaissons à son projet ou à ses projets (cf. Avant-propos, La complexité de l'œuvre de SCHELLING). En outre, si SCHELLING n'a jamais publié le deuxième et le troisième volume qu'il avait initialement prévu, d'autres ouvrages traitent cependant d'une actualité, laquelle, en dépit du caractère polymorphe des approches, des intérêts et des conceptions de SCHELLING, demeure en un sens « l'actualité de Dieu telle qu'elle était prévu d'être exposée dans les Weltalter 2 ». Et si le caractère rétrospectif propre à la métaphysique schellingienne ne semble d'aucune pratique, Clara, Esquisse pour un système de philosophie de la nature, etc. revêtent une teneur pratique extra-ordinaire. En effet, lorsqu'il est question d'actualité, SCHELLING interroge l'empirisme et le positivisme, il participe d'avantage de l'ancrage du positivisme dans les communautés scientifiques et ses travaux  éclairent un certain nombre de scientifiques au moins dans les domaines de la botanique, de la biologie et de la logique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;SCHELLING entreprend d'exposer la préhistoire de l'Un (Dieu). À cet égard, il indique que « la science est histoire » : c'est pourquoi nous pouvons considérer la description de la vie de Dieu, dans sa préhistoire, comme une description dont la légitimité serait scientifique. Nul doute, en outre, que le projet schellingien tient de l'archéologie. Il s'agit effectivement de déterrer les traces, les vestiges d'un passé révolu, ou plutôt : d'un passé qui aujourd'hui se présente sous un jour différent. Cela dit, s'il est évident que l'exposition du philosophe se présente sous une forme littéraire « mythique », nous ignorons tout de la méthode qu'a suivie SCHELLING en vue de déterrer les vestiges du passé, ou en vue de reconnaître l'unité propre au passé laquelle ne se présente aujourd'hui que dans la multiplicité. A-t-il opéré des introspections ? Nous l'ignorons. Cela dit, au regard de ses travaux parallèles (en particulier dans l'esquisse d'un système pour une philosophie de la nature) il n'est pas improbable qu'il eut emprunté, à HEGEL et à ARISTOTE avant lui la méthode inductive. Qu'est-ce que la méthode inductive ou l'induction ? C'est une méthode qui consiste à partir du particulier en vue d'en inférer des représentations générales. Dans la pratique, il s'agit par exemple de comparer deux organismes vivants (1) de relever leurs caractères communs (2) et d'en inférer que, puisqu'ils partagent des caractères communs, alors ces deux individus peuvent être classifiés sous une détermination commune. L'induction est exactement la méthode suivie dans notre exemple déjà évoqué : de l'eau et de la glace, nous observons qu'il s'agit de structures atomiques différentes des mêmes éléments atomiques, et de ceci nous considérons que l'eau et la glace peuvent être regroupé sous une catégorie et une détermination commune. Pour simplifier : ils sont une seule et même chose dans des états apparemment distincts. Cette méthode inductive et comparative est particulièrement développée par SCHELLING dans l'esquisse d'un système de philosophie de la nature. Il est très probable qu'il ait mis en place la même méthode pour exposer l'unité comme principe général comprenant toutes les particularités, c'est-à-dire comprenant toutes les choses qui existent. J'ai déjà dit que SCHELLING expose la préhistoire de Dieu. Il traite pour ainsi dire de Dieu qui se meut ou qui se déroule et, se déroulant, déroule « son temps » ou se déroule « en tant que temps » (cf. chapitre 2.3. L'être est temps). Aussi Dieu se présente en tant qu'être proprement historique : sans cela, Dieu ne serait sujet ni aux études historiques, ni aux études préhistoriques. Chez SCHELLING, le temps se décide et se détermine dans l'arrachement à soi-même, les retrouvailles du même, etc. ce sont les temps de l'unité, de la discorde, de la rupture et de l'unité ou du mariage représenté.&lt;br /&gt;Cela étant dit, les questions de la teneur de la décision, de la détermination, et des rapports entre la décision et la détermination (se choisit-on ? choisit-on à exister ? n'existe-ton, au sens propre, que si l'on choisi à exister ?) se présentent comme des problématiques au centre de l'intérêt chez les penseurs du 19ème siècle. C'est le cas tout du moins de HEGEL et de KIERKEGAARD dont les conceptions dénotent de similitudes avec celle(s) de SCHELLING en dépit de son jugement négatif sur lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;SCHELLING avait prévu de publier trois volume des Weltalter :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;1. Le livre du passé.&lt;br /&gt;2. Le livre du présent.&lt;br /&gt;3. Le livre de l'avenir.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il n'écrivit cependant que le livre du passé. En ce sens, les Weltalter sont inachevés. À ce titre, nous parlons communément de « l'échec des Weltalter »4. En outre, le philosophe revisita le livre du passé à trois reprises, tant et si bien qu'entre 1811 et 1813, trois versions des Âges du monde parurent. Les éditions PUF des âges du monde présentent les trois versions du livre en un volume. Elle y adjoint un certain nombre de notes comparatives entre les trois versions. Doit-on pour autant conclure que le présent est écarté du passé, à tel point que l'homme du présent (SCHELLING) ne puisse saisir l'essence du passé, et qu'après trois tentatives, le projet ait avorté ? J'ai des raisons d'en douter. Effectivement, si à travers ce qui existe des Weltalter, nous ne connaissons que la préhistoire de Dieu (i.e. le livre du passé), dans l'écart qui sépare les trois versions du livre, s'institue une forme de dépassement ou de re-présentation. Effectivement, la première version semble renouvelée mais aussi dépassée par la seconde, et la seconde dépassée par la troisième. De tels écarts entre les versions nous informe sans doute de la teneur du présent et de l'avenir de Dieu, lesquels présent  et passé se trouvent dans l'écart. Le présent tout du moins doit s'y trouver dans la mesure ou l'écart et la présence de trois versions dénote d'une multiplicité, d'une « dualité » qui devait être l'objet du Livre du présent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'après SCHELLING lui-même, son projet des Weltalter s'inscrit dans le cadre de la théosophie. Il défini la théosophie comme, non pas la science, mais « la description des mystères de la vie cachée de Dieu ». De ce point de vue, on comprend le côté descriptif déployé par le penseur allemand, lequel emprunte à la littérature plutôt qu'à la philosophie proprement dite, ou plus exactement : chez SCHELLING, la philosophie se résout en description et en poésie. Le style littéraire propre aux Weltalter rappelle en effet le style propre à la Bible, aux récits mythiques, voir éventuellement aux contes. Si chez HEGEL la conscience se présente comme raison-réflexe, si elle réfléchi, le Dieu schellingien ne se réfléchi pas : il se murmure, à lui-même, sa propre histoire. Dieu murmure, à l'oreille de Dieu, l'aveu de son éternelle puissance créative ; IL tient pour ainsi dire les carnets de voyages mobiles-immobiles de lui-même comme il est naufragé sur les rivages de sa Création. Et c'est précisément pour la puissance créatrice de Dieu conjointement à sa préhistoire « qui fut préhistoire de toute éternité » que SCHELLING n'a peut-être pas été en mesure de rédiger le livre du présent. En tous les cas, c'est précisément pour les deux raisons que je viens d'évoquer que SCHELLING appelle Dieu « le vivant des origines » (Urwesen).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2.2. Les figures du temps&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Les Weltalter traitent du passé. Le passé est décrit, par SCHELLING, comme l'époque de l'unité. À l'origine, n'existait qu'un être : celui qui est. Cet être existait sous plusieurs états. En cet être, en effet, les choses dont on dit qu'elles s'opposent ne s'excluaient pas, elles se comprenaient. On dit par exemple que le chaud chasse le froid, c'est-à-dire qu'il n'arrive jamais qu'un objet soit chaud et froid simultanément, mais cet être originel comprenait tous les opposés en lui. Les opposés étaient lui-même sous plusieurs formes, sous plusieurs états : c'était les états d'un même grand être. Cet être déjà était idéel et réel, c'est-à-dire corps et esprit, mais il n'existait pas pour autant sous la forme réel (ou réale) et concrète : il n'existait qu'en tant qu'esprit ou Idée. Puis cet être, le vivant des origines, s'engendra lui-même sous plusieurs formes réales : des états multiples d'un seul et même être, au même titre que l'eau et la glace sont des états d'une même matière. Dans le chapitre suivant (2.3. L'être est temps) j'explique comment le réal (concret) devint tel en opposition à l'esprit. Toujours est-il qu'à ce titre, le présent eu été l'époque de la dualité, de la multiplicité : s'il y avait originellement un seul  grand être, il y a présentement plusieurs états du même grand être (toi, moi, cette pomme que je mange) de sorte que le grand être vit et fourmille partout et se retrouve lui-même. L'époque présente est avant tout l'époque de la distinction du corps et de l'esprit, du réal et de l'idéel.  Quand à l'avenir, il eu été l'époque où nous « retrouverions » notre unité perdue, où l'ensemble de se qui nous distingue les uns des autres disparaitrait de sorte à ce que nous nous présenterions à nouveau comme un seul et même être sans distinctions, sans différenciation. SCHELLING présente ainsi l'avenir comme l'époque de l'unité de l'unité et de l'opposition, c'est-à-dire l'unité du passé et du présent : la synthèse heureuse du passé et du présent ou, pour reprendre les termes que WAHL tient à l'égard de HEGEL, le futur eu été « le jour triomphant ». L'apostrophe de WAHL est d'autant plus appropriée que SCHELLING présente lui-même le désir d'avenir sous la forme suivante :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;blockquote style="color: rgb(102, 102, 102);"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Si dans la nuit noire une lumière se levait et pouvait nous embrasser tous, ce serait le but suprême de tous les désirs. »&lt;/span&gt;5&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ici encore, la philosophie se résout en poésie. L'avenir, époque de l'unité de l'unité et de la dualité, époque où la philosophie ne devient plus réflexive (à penser l'Autre, s'arracher vers l'objet, réfléchir dans le miroir de l'altérité) mais devient tout entière poésie, c'est-à-dire aussi immédiate et spontanée. Le passé, époque de l'unité. Le présent, époque de la dualité. L'avenir, époque de l'unité de l'unité et de l'opposition : SCHELLING présente les Weltalter ainsi. Empruntant déjà au registre poétique dans le premier volume des âges du monde, la philosophie déjà se résolvant en poésie, SCHELLING personnifie le passé, le présent et l'avenir. En effet, le philosophe présente le passé, le présent et l'avenir sous des formes figuratives, en tant que figures ou personnes. C'est à ce titre que le passé est le Père, le présent est le Fils, l'Esprit l'avenir. Effectivement, le livre du passé retrace la préhistoire d'un être duquel tout provient : le vivant des origines ou, dans une symbolique chrétienne, le Père. Cette personnification ne manque pas d'intérêt : elle entend tout d'abord que l'être est temps (cf. chapitre 2.3. L'être est temps) ; elle emprunte, au christianisme, sa trinité : le Père, le Fils, et l'Esprit, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;SCHELLING indiquait que dans l'avenir, l'époque de la synthèse du passé et du présent : l'homme se cherchait, se reculait, se retrouvait. C'est la con-science, la saisie-de-soi, la Révélation à peu près comme elle se retrouve dans la Philosophie de la Révélation du philosophe. Cette présentation, dont je répète que l'objet dut être développé dans le troisième volume des âges du monde, rappelle la Phénoménologie de l'Esprit de HEGEL, dans lequel en effet la conscience humaine passe du sentiment-de-soi à la conscience-de-soi, et du tunnel de la subjectivité parvient à se saisir comme généralité. Cela dit, la place du travail chez HEGEL est remplacée, par SCHELLING, par la place de la science. C'est-à-dire que la conscience-de-soi est le fait de la con-science : il s'agit de développer un souci scientifique de soi, une science-de-soi laquelle nous enfante avec elle comme con-science (c'est-à-dire « sujet avec la science »). La science du 1er volume des Weltalter étudie la préhistoire ou le passé de Dieu : c'est un passé qui doit être éprouvé au creuset de la science, et par lequel l'homme est appelé à s'éprouver lui-même. Le projet des Weltalter se présente à cet égard comme l'exposé ou l'étude scientifique éprouvante menée par SCHELLING lui-même en tant qu'individu qui s'éprouve et qui devient, pour parler de la pré-histoire du Père dont il est lui-même un état, le Père lui-même. Quant à la connaissance, elle est aussi une co-naissance de soi : l'homme se ré-engendre, se trouve et s'éprouve avec la connaissance. Co-naître, c'est naître avec la connaissance. Il s'agit en même temps pour le Fils (présent) d'être engendré à nouveau non seulement par le Père mais aussi avec le Père. Autrement dit, il s'agit, pour l'homme-présent, de s'engendrer à nouveau par la connaissance du passé et avec cette connaissance du passé dont il ne s'est éloigné que pour la présenter à nouveau, sous un jour nouveau, à sa connaissance et à son être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2.3. L'être est temps&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;De quoi est-il question dans les âges du monde ? D'âges. En ce sens, le titre est bien choisi. Mais ces âges sont aussi des temps. Aussi simple que cette identification puisse paraître (âges = temps), elle ne tombe pas sous le sens ; ses significations et ses enjeux sont nombreux. D'abord, l'un de ses enjeux est son impacte : la conception du temps proposée par SCHELLING influença un grand nombre de philosophes, notamment BERGSON, lequel on qualifie de philosophe de la durée, et HEIDEGGER.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelle est la signification, la teneur de la conception du temps ainsi qu'elle fut développée par SCHELLING ? IL stipule que l'être n'est pas dans le temps : le temps est dans l'être. Il existe un grand être duquel tout provient qui, comme tout ce qui existe, est appelé à croître et à « vieillir ». Les âges de cet être sont ce qu'on appelle le temps. En effet, si tout se présente comme l'état d'un seul et même être, les temps (les âges) se présentent comme l'état de cet être. Le temps n'est ni étranger ni extérieur à Dieu : il ne s'agit pas d'un épiphénomène mais d'un phénomène central. Dieu n'évolue pas dans le temps : c'est le temps qui est dans Dieu, le temps est un état de Dieu. En outre, SCHELLING semblait opérer un renversement similaire vis-à-vis de la relation entre l'être et l'espace. Il critique en effet l'expression commune qui dit « rien de nouveau sous le soleil », laquelle consigne le soleil, lointain astre dans un lointain espace et horloge naturelle, à l'extérieur de l'être. Au regard d'un grand nombre de philosophes de l'identité ouest-européens (à commencer par les hermétiques et les alchimistes) l'individu, pour embrasser et devenir ce qu'il est essentiellement, doit devenir le soleil en lequel tout se consume et disparaît : SCHELLING et HEGEL exposent des conceptions identiques. Cela dit, HEGEL confère à ce « devenir soleil » un aspect initiatique particulièrement éprouvant, voir douloureux, qui exige de mener des exercices, d'éprouver et de s'éprouver en eux, de s'enfanter par eux ou, comme disent les alchimistes : de passer au creuset.&lt;br /&gt;Le temps est dans l'être. L'être est temps. Les enjeux d'une telle conception sont nombreux. Tout d'abord, le rapport entre le temps et le sujet sont ici renversés. L'être ne vit plus au temps des horloges, il vit au temps de l'horloge du monde. Pour autant, SCHELLING ne traite pas de l'individu dans l'histoire : il traite d'avantage de l'individu dont l'histoire est celle du monde. Il s'agit de l'histoire telle qu'elle est dans l'individu, ou de l'individu en tant qu'histoire. Nul n'a d'histoire ; tout est l'état d'un même grand être (Dieu) et toute croissante est l'avatar de l'histoire du grand être qui se retrouve en tout. Le temps n'est pas ici conçu comme chose mécanique telle qu'une horloge puisse non seulement en indiquer les moments ou les mouvements, mais en plus assujettir l'individu. En effet, SCHELLING présente le temps comme une chose organique : les signes de son mouvements, les aiguilles du temps organiques sont les signes de la croissance même de l'être. Loin de s'écouler, le temps mûrit. Si BERGSON disait que l'Homme ne saurait vivre comme une horloge, que le temps est long à qui s'ennuie et trop court à qui se réjouit, SCHELLING aurait pu dire : le temps est long à Dieu qui s'ennuie, trop court à Dieu qui se réjouit. Si le vivant des origines est tout, il est temps, et si l'individu provient du grand être (le vivant des origines) alors il est un état de l'histoire de Dieu. Le passé, le présent et le futur se recoupent en un point : ils sont les états d'un même être au même titre que l'eau et la glace sont les états d'une même matière. En cela, cela même qu'est un moment, l'autre l'est aussi : un moment comprend tous les temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mouvement de l'être est cyclique, dit SCHELLING : il y a une alternance entre l'être et le non-être, entre la force de contraction et la force d'expansion, la volonté qui veut et la volonté qui ne veut rien[...] Par ailleurs, il nous est possible d'observer le mouvement de la circulation sanguine ou celui des planètes dans le système solaire, par exemple. Le temps est le temps du développement de l'Urwesen, le temps du mouvement. C'est la décision qui fait mûrir le temps.  Le Non s'oppose continuellement au Oui, la force de contraction à la force d'expansion, aussi c'est l'éternel commencement : où le Fils s'oppose au Père à chaque moment, et ce n'est qu'ainsi qu'il est engendré. Imaginez l'esprit languir de se faire corps, ou le néant languir d'être quelque chose. À cet égard peut-être pourrions-nous citer UNAMUNO comme il disait que la vie est l'expansion logique d'une contradiction vitale inévitable6. Toujours est-il que, comme j'étais influencé par SCHELLING, je rédigeai l'article suivant. Il me semble illustrer avec assez de précision ce que SCHELLING entend des voies de la Genèse du multiple par l'Un :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Au commencement était le silence. À l'aube de sa tristesse, le silence se nia lui-même et suscita la musique telle que nous la connaissons. On dit que la musique est l'embrun des regrets du silence, lequel porte le nom de Ginnungagap. Chaque larme tomba lourdement sur le sol taciturne du néant assourdissant ; quelques unes mourraient tandis que d'autres grimpaient comme une plante. La vie fut déployée. Ce fut le premier jour. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dit, si on retrouve la notion trinitaire chez SCHELLING, la fonction du fils semble pourtant emprunter au registre grec (Œdipe) qu'au registre chrétien. En somme, une fois encore le penseur allemand emprunte, sinon au registre païen, tout du moins aux récits mythiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;Bibliographie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Études schellingiennes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;SCHELLING J., in Les âges du monde, PUF.&lt;br /&gt;             - in Clara.&lt;br /&gt;             - in Introduction à l'esquisse d'un système de philosophie de la nature, (1799).&lt;br /&gt;TILIETTE X., in Schelling.&lt;br /&gt;BIRTO E., in Philosophie et théologie dans l'œuvre de Schelling.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Études hégéliennes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;HEGEL F., in Phénoménologie de l'esprit, Vrin, 2006.&lt;br /&gt;HEGEL F., in Esthétique.&lt;br /&gt;BOURGEOIS (B.), in Phénoménologie de l'Esprit : Présentation, Vrin, 2001.&lt;br /&gt;KOJÈVE A., in Introduction à la lecture de Hegel, Tel Gallimard, 2005.&lt;br /&gt;WAHL J., in Études kierkegaardiennes : la lutte contre le hégélianisme, Vrin, 1974.&lt;br /&gt;SARTRE J.-P., in L'être et le néant : essai d'ontologie phénoménologique, Tel Gallimard, date.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Études kierkegaardiennes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;KIERKEGAARD S., in Traité du désespoir, GF Flammarion, date.&lt;br /&gt;           - in La Reprise, GF Flammarion, date.&lt;br /&gt;           - in L'Alternative, Tel Gallimard, date.&lt;br /&gt;GRUYOT E., in Kierkegaard : la subjectivité, France Culture.&lt;br /&gt;WORMS F. &amp;amp; cie., in Kierkegaard : une vie, une oeuvre, France Culture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Autres études&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Hermès Trismégiste, in La Table d'émeraude.&lt;br /&gt;ARISTOTE, in Métaphysique.&lt;br /&gt;LEIBNIZ, in Discours de métaphysique.&lt;br /&gt;   - in Essai de théodicée.&lt;br /&gt;GOETHE J., in Faust.&lt;br /&gt;        - in Les souffrances du jeune Werther.&lt;br /&gt;        - in Maximes et réflexions.&lt;br /&gt;CERTEAU, in La culture au pluriel.&lt;br /&gt;      - in L'invention du quotidien.&lt;br /&gt;UNAMUNO M., in Le sentiment tragique de la vie, GF.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5811285436138123020?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5811285436138123020/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/les-ages-du-monde.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5811285436138123020'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5811285436138123020'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/les-ages-du-monde.html' title='Les âges du monde'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3762329196003897573</id><published>2011-01-09T20:19:00.001+01:00</published><updated>2011-01-09T20:30:32.356+01:00</updated><title type='text'>Les classifications</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:130%;" &gt;1. Classification des espèces&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Au 19ème siècle, nous étudions les corrélations entre un individu et ses descendants sur plusieurs générations. Nous déterminons les caractères propres aux individus moyennant un ensemble d'outil, dont le microscope. Dans ce contexte déterminé, si l'Homme n'est plus considéré comme la mesure de toute chose, c'est l'instrument qui est la mesure de toute chose. Cela dit, ce n'est pas complètement exact : permettez-moi donc de situer la place des instruments et la teneur des mesures scientifiques propres au 19ème siècle.&lt;br /&gt;Deux faits nous intéressent : le premier est que les instruments sont si multiples, et les approches des organismes vivant par les savants si nombreuses que les mesures que prennent les uns ne correspondent pas exactement aux mesures que prennent les autres. On ne mesure effectivement pas exactement les mêmes valeurs dans la faculté de Princeton que dans celle de Oxford ; et on ne mesure pas non plus les mêmes valeurs selon que nous étudions la structure propre à un organisme déterminé à l'aune d'un microscope qui agrandi 10 fois ou 12 fois. Le deuxième fait qui nous intéresse est le suivant : les outils évoluent. En conséquence, les mesures que les outils rapportent évoluent, et les phénomènes ou valeurs numériques qu'ils sont capables de mesurer ou de quantifier évolue. Il faut donc, aux communautés de savants, s'accorder sur les valeurs « universelles » et conventionnelles. Ces valeurs conventionnelles sont probablement déterminées par un croisement de la méthode positive, laquelle consiste à comparer les mesures rapportées moyennant l'usage des outils, et de l'induction. Le rapport qu'entretiennent la méthode positive (fondée sur l'expérience) et la méthode inductive (fondée sur la logique formelle) est certes si complexe que je ne m'attacherai pas à en traiter ici. Cela dit, dans l'optique de comprendre un peu la teneur du rapport positif / logique ou expérimental / intelligible, examinons brièvement le cas de Pi : nous sommes incapables de prendre la mesure exacte de la valeur de Pi selon des voies expérimentales. La raison est double : 1 ) de nos instruments dépendent nos mesures, et les instruments évoluent, etc. 2) il n'existe probablement pas de cercle parfait dans la nature, et de la « perfection » de l'entité dont nous examinons les mesures dépendent nos mesures. En conséquence, la voie expérimentale (ou positive) ne nous permet pas de définir, ou plutôt de relever les mesures exactes des choses. C'est la raison pour laquelle il a fallut, aux communautés de savant, instituer une valeur conventionnelle à Pi, laquelle valeur nous n'hésitons pas à rendre parfois imprécise en n'en considérons qu'un nombre de décimales limité. Ainsi l'objectivité s'institue-t-elle dans l'accord des esprits, par l'accord des communautés de savants. Ceci explique probablement le fait selon lequel les communautés de scientifiques sont passées de la notion de vérité (encore du temps de DESCARTES) à la notion de validité, laquelle notion traduit le caractère approximatif, réfutable ou « jetable »  non seulement des mesures, mais aussi des hypothèses ou des modèles scientifiques assis sur les mesures.&lt;br /&gt;Au 19ème siècle, l'importation en Europe Occidentale de centaines de nouvelles espèces et de milliers de nouvelles variétés animales et végétales exige de nouvelles classification et de nouvelles méthodes de classification. En effet, si nous ne connaissons qu'une centaine de variétés de plants, par exemple, il n'est nul besoin de les classer autrement que par ordre alphabétique, ou éventuellement de les regrouper selon que les individus partagent ou non quelques caractères communs. En revanche, si nous possédons plus d'un millier de variétés de plants, nous sommes appelés « instinctivement » à regrouper les individus sous des classes communes, et cela afin de déterminer non seulement des champs de recherche spécifiques, mais aussi de faciliter le « tri » des individus selon qu'ils appartiennent ou non à une classe déterminée.&lt;br /&gt;Dans le cadre de la classification des espèces comme dans le cas des mesures géométriques (Pi) deux méthodes furent déployées : la méthode expérimentale (positive) et la méthode logique inductive. C'est ainsi que LYELL, contemporain de DARWIN, détermina les corrélations entre un individu et ses descendants sur plusieurs générations. Il s'agit de la dimension expérimentale propre à la méthode de classification des espèces : nous mesurons les caractères propres aux individus sur plusieurs générations. Toujours est-il que LYELL releva le fait selon lequel plus les descendants d'une génération sont éloignés de la première génération évaluée, moins ils partagent de corrélations ou de « communautés de caractères » avec les individus de la 1ère génération. À partir de ces relevés positifs ou expérimentaux, LYELL supposa que &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;si un individu i1 et un individu i2 proviennent d'une même souche, alors ils bénéficient de caractères communs.&lt;/span&gt; Cette hypothèse s'institue précisément comme le fondement de la dimension spéculative de la méthode de classification des espèces. DARWIN considéra cet énoncé comme le fondement des études dont la compilation allait se présenter sous la forme de l'ouvrage le plus connu de lui : L'origine des espèces. Cela dit, il considéra d'autres postulats encore, eux aussi à mi chemin entre la mesure et l'induction.&lt;br /&gt;Cela dit, notamment avec DARWIN, s'est opéré un glissement de « si i1 et i2 proviennent d'une même souche, alors i1 et i2 bénéficient de caractères communs » à « i1 et i2 proviennent d'une même souche &lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;si et seulement si&lt;/span&gt; ils bénéficient de caractères communs ». Il semble qu'un tel glissement éloigne l'approche darwiniste du domaine expérimental. En effet : de quelle expérience peut-on positivement tirer une conclusion aussi définitive et globalisante que celle-ci ? C'est tout comme si je voyais mille fiévreux avoir en même temps le mal de tête et que je disais « un individu est fiévreux si et seulement si il a mal à la tête », auquel cas je devrai dire « cet individu est fiévreux » toutes les fois que j'examinerai le cas d'un individu dont j'observe qu'il est pris d'un mal de tête. Si je voyais un individu avec un mal de tête et non-fiévreux, mon hypothèse serait démentie. C'est probablement l'un des caractères les plus scientifiques de la théorie de DARWIN selon POPPER : la théorie darwiniste est réfutable. Il existe deux moyens de la réfuter : 1) déterminer qu'un individu provenant d'une souche déterminée ne bénéficie d'aucun caractère commun avec les individus de cette souche 2) déterminer qu'un individu n'ayant aucune souche commune avec un autre individu bénéficie pourtant de caractères communs. C'est là que la théorie de DARWIN est cocasse : elle semble réfutable, et elle n'est probablement pas réfutable. En effet, qui ne pourra jamais observer un couple de pigeon donner naissance, non même pas à un aigle qui aurait trop de caractères communs avec ses ancêtres, mais à un dauphin ? Si un tel cas était examiné, non seulement DARWIN mais aussi LYELL auraient eu tort. Et dans un second temps, qui ne pourra jamais affirmer avec certitude que deux individus bénéficiant de caractères communs ne sont pas de la même souche, du même genre, du même règne ? Nous ne pourrions le déterminer que si nous étions capable de remonter l'histoire des espèces : jusqu'à l'origine des espèces. Sans cela, la méthode inductive prend le pas sur la méthode positive, et la méthode inductive ne semble pas capable de ne pas regrouper, sous une même catégorie, deux individus dont les caractères déterminés comme « les plus essentiels » sont communément partagés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donnons quelques exemples concrets pour indiquer quelques enjeux de l'hypothèse selon laquelle i1 et i2 sont regroupés sous la même classe si et seulement si i1 et i2 bénéficient de caractères communs :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;•    i1 vit d'eau et de lumière du soleil.&lt;br /&gt;•    i2 vit d'eau et de lumière du soleil.&lt;br /&gt;•    i3 vit d'eau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un premier temps, nous disons : comme il est vrai que i1 et i2 partagent deux caractères communs, alors i1 et i2 sont regroupés sous la même classe. Nous regroupons i1 et i2 sous une classe déterminée. Dans un deuxième temps, nous disons : comme il est vrai que i3 partage un caractère commun avec i1 et i2, alors i1, i2 et i3 sont regroupés sous la même classe. Nous regroupons i1, i2 et i3 sous une seconde classe déterminée. Nous avons donc trois individus (i1, i2, i3) et deux classes :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;•    Classe 1 : ceux qui vivent d'eau. Dans le groupe, on place i1, i2 et i3.&lt;br /&gt;•    Classe 2 : ceux qui vivent de lumière du soleil. Dans le groupe, on place i1 et i2.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les individus i1 et i2 se trouvent dans les deux classes. Ils vivent donc d'eau ET de lumière du soleil. L'individu i3 ne se trouve que dans la Classe 2 : il ne vit donc pas de la lumière du soleil, il vit seulement d'eau. En effet, si il est faux que i3 est regroupé sous la même classe que i1 et i2, alors il est faux que i3 partage avec i1 et i2 un ou plusieurs caractères communs. On dit du niveau de classification Classe 1 que c'est un niveau de classification supérieur à Classe 2 dans la mesure où il regroupe un plus grand nombre d'individus, d'une part, et dans la mesure où il regroupe un nombre moindre de qualités : il est une représentation plus générale. C'est le cas exactement du règne : niveau de classification plus élevé que celui de l'espèce, parce qu'il comprend l'ensemble des animaux et est caractérisé par un nombre moindre de conditions que ne peut l'être l'espèce en tant que classe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;2. Classification des livres&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Nous classifions les livres selon une méthode différente. En effet, si nous transpositions l'hypothèse biologiques dans le cadre de la classification des ouvrages, nous devrions dire ceci : « il est vrai qu'un livre 1 et un livre 2 procèdent du même domaine si et seulement si le livre 1 et le livre 2 bénéficient de caractères communs ». Or, si nous considérions ceci, voyons comment nous classerions les deux livres suivants :&lt;br /&gt;•    Livre L1, teneur philosophique, teneur théologique.&lt;br /&gt;•    Livre L2, teneur philosophique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est vrai que L1 et L2 bénéficient de caractères communs. Ils sont en cela tous deux sous la catégorie des livres philosophiques. Il est vrai que L1 possède des caractères qui lui sont propres : il sera seul dans la catégorie théologique. La classe Philosophie comprend les deux livres tandis ce que la classe Théologie n'en comprend qu'un : la classe Philosophie est donc supérieur à celle de la Théologie, tout comme le règne est supérieur au genre en tant que niveaux de classification. De ce point de vue, nous devrions, par exemple dans une bibliothèques, prévoir une classe Philosophie, dans laquelle nous retrouvons les deux livres. Et dans la classe Philosophie, nous devrions trouver la sous-classe Théologie. Or, dans la pratique, il n'en n'est rien, et nous disons même qu'il arrive qu'un livre bénéficie d'une teneur philosophique sans se présenter un livre de philosophie pour autant.&lt;br /&gt;Dans la pratique  propre à la classification des livres, nous disons : si le livre L1 et le livre L2 sont regroupés sous la même classe, alors ils bénéficient de caractère communs. Autrement dit, si deux livres sont classés sous Philosophie, c'est qu'ils bénéficient tous deux de caractères philosophiques tandis ce que si un livre bénéficie de caractères philosophiques il ne sera pas nécessairement classé dans la catégorie philosophie (i.e. des livres de philosophie proprement dit).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une telle différence de classification et de méthode de classification, entre le domaine de la classification des livres et celui de la classification des espèces, est incohérente et me semble arbitraire. Pour plus de cohérence dans la classification des choses, encore faudrait-il que les méthodes soient similaires et isomorphes (ou commensurables) dans tous les domaines confondus. En tous les cas, la différence dont je parle me permet d'interroger la légitimité scientifique des deux méthodes. À savoir : &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;pourquoi a-t-on choisi de considérer une hypothèse irréfutable comme fondement de la méthode de classification des espèces ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3762329196003897573?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3762329196003897573/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/les-classifications.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3762329196003897573'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3762329196003897573'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/les-classifications.html' title='Les classifications'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7978923054113265984</id><published>2011-01-07T20:18:00.001+01:00</published><updated>2011-01-07T20:19:42.452+01:00</updated><title type='text'>Défense de la philosophie de l'identité</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Cas N°1 :&lt;/span&gt; Si j'amène un bloc de glace à son point de fusion, le bloc de glace se transforme en eau. À ce titre, nous disons que l'eau que j'ai à présent devant moi est composée des mêmes atomes exactement que l'était le bloc de glace. En revanche, si j'ai un bloc de glace et une flaque d'eau en face de moi, je ne saurais dire qu'ils sont composés des mêmes atomes au sens où les atomes qui constituent le bloc de glace forment une entité tandis ce que les atomes qui constituent la flaque d'eau forme une seconde entité. Dire donc qu'ils sont composés des mêmes atomes est, a priori, un abus de langage. Cela dit, nous disons que le bloc de glace et la flaque d'eau sont composés d'atomes dont la teneur est exactement identique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Cas N°2 :&lt;/span&gt; Si nous considérons deux individus déterminés desquels nous disons qu'ils appartiennent au même règne, par exemple un cheval et un lapin dont nous disons qu'ils appartiennent tous deux au règne animal, cela ne signifie pas pour autant que l'animal en tant que règne existe dans la nature. Nous disons plutôt qu'il existe des individus regroupés sous le règne animal dans la nature (un cheval, un lapin), et nous concevons le règne comme une classe abstraite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Cas N°3 :&lt;/span&gt; Si nous considérons deux individus déterminés, desquels nous reconnaissons qu'ils partagent une ou plusieurs caractéristiques communes, cela ne signifie pas pour autant que ces caractéristiques existent en tant que telles dans la nature. Nous disons plutôt qu'il existe des individus déterminés, lesquels bénéficient ou tiennent de ces caractéristiques, et nous concevons les caractéristiques (ou les prédicats) comme toujours attachées aux êtres et aux choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Cas N°4 :&lt;/span&gt; En revanche, si nous ne trouvons pas plus d'une qualité commune à tout ce qui est (par exemple le fait selon lequel ce qui est est), alors cette qualité est nécessairement une substance réelle et non pas une classe abstraite au même titre que le règne animal, ni une caractéristique. En effet, si aucune chose ne se distingue des autres en cela qu'elles sont, alors nous sommes incapables d'alléguer que l'existence se distingue de la substance, ni l'abstrait du réel. Il y a substance lorsqu'il y a in-distinction ou, si l'on préfère, indifférenciation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Cas N°5 :&lt;/span&gt; Si donc nous trouvons qu'un bloc de glace et qu'une flaque d'eau sont, et qu'en tant que tels ils ne se distinguent pas essentiellement, nous disons que le bloc de glace et la flaque d'eau sont essentiellement une seule et même chose dont seul l'état ou la structure diffère. C'est le un dans le tout.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7978923054113265984?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7978923054113265984/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/defense-de-la-philosophie-de-lidentite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7978923054113265984'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7978923054113265984'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/defense-de-la-philosophie-de-lidentite.html' title='Défense de la philosophie de l&apos;identité'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-1602317751309863746</id><published>2011-01-07T20:16:00.000+01:00</published><updated>2011-01-07T20:17:05.850+01:00</updated><title type='text'>Ma vocation</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;À l'origine, un était un et il n'y avait rien d'Autre. J'ignore s'il y avait l'autre dans l'un (avec un petit a) mais je suppose que si. Si tel n'était pas le cas, s'il n'y avait pas d'autre dans l'un, alors le mouvement et la Création sont inexplicables. En effet : comment l'un aurait-il pu même changer d'état s'il était égal à lui-même en toutes circonstances ? En outre, il eu fallut qu'une circonstance soit étrangère à l'un, c'est-à-dire qu'elle soit Autre que lui, car dans le cas contraire aucune circonstance n'eut pu se présenter différemment à un instant t2 de la façon dont elle se présentait à l'instant t1. Et encore, si il n'y avait pas d'autre dans l'un, alors le temps toujours serait égal à lui-même – pour autant que le temps exista – puisque nécessairement l'un du être temps en tant qu'il n'y avait rien d'autre que l'un. Peut-être est-ce pour ceci que, sous mescaline, j'écrivais &lt;span style="font-style: italic; color: rgb(0, 0, 153);"&gt;ne pas comprendre la possibilité du mouvement&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, je pense qu'à l'origine, il y avait l'autre dans l'un (avec un petit a) exactement tel que l'expose SCHELLING dans les Weltalter. À l'heure actuelle, il semble en tous les cas y avoir l'autre dans l'un : toi en tant qu'état de l'un, moi en tant qu'état distinct de l'un, la glace en tant qu'état de la même matière que l'eau qui ne se distingue de la glace que par sa structure ou son état, etc. SCHELLING, pourtant, et HEGEL lui-même se sont trompés sur un point : s'il n'y a jamais eu d'un sans autres, c'est-à-dire sans états de lui-même et distincts, alors aucun retour à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« l'un rien qu'un »&lt;/span&gt; n'est possible. Cela dit, peut-être est-il possible d'aller à l'un, non pas dans le sens du retour, c'est-à-dire d'annihiler toute distinction définitivement, de telle sorte que si un homme parlait d'un tel « état des choses » il dirait que l'un se présent(era) comme l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin, et plus rien ne lui permettra de comparer cet état des choses à d'autres états, pas même à notre histoire actuelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j'ai une mission sur Terre, elle consiste à me connaître, et, me connaissant, à connaître l'univers et les dieux ou plutôt : à connaître l'un. En outre, elle doit bien consister à révéler les gens à eux-même, en ce qu'ils sont d'essentiels : le même que je suis essentiellement, le même que tout est essentiellement. Il ne me semble pas que nous puissions « aller vers l'un » autrement que dans une communion de connaissance et d'accord. Je dois réaliser cet accord et cette communion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ignore encore si je tiendrai ou non le pari de cette mission. Pour cela, il me faudrait peu plus de conviction – j'en ai déjà profondément – il me faudrait d'avantage de courage. J'en ai déjà fait, pourtant, ma vocation, c'est-à-dire mon devoir non seulement reconnu mais aussi bien aimé. Mon devoir ne dépasse plus, en ce sens, ma volonté d'agir. Si mon devoir dépasse quelque chose, il dépasse mon courage et ma force.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-1602317751309863746?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/1602317751309863746/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/ma-vocation.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1602317751309863746'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1602317751309863746'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/ma-vocation.html' title='Ma vocation'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4737037327703376992</id><published>2011-01-07T20:12:00.001+01:00</published><updated>2011-01-07T20:14:53.768+01:00</updated><title type='text'>Le cactus sacré des shamans</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);font-size:85%;" &gt;Article révisé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;&lt;br /&gt;VUE SOCIO-ÉTHNOLOGIQUE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Europe Occidentale, la démarche hallucinée est incomprise, on n'en comprend pas les signes, elle se dessine en marge de la société qui a voulu se quadriller comme une feuille selon les lignes de la Raison. Les pas et les tribulations du "voyageur" sont des signes étranges et étrangers, il &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« ne font pas sens »&lt;/span&gt;. A l’instar de la démarche titubante de l’homme ivre, on l’accuse. Celui qui consomme, en Europe, va dans un « ailleurs » insignifiant et il demeure sans jalons, perdu, sans savoir ni ce que son itinéraire veut dire, ni s'il va revenir. Tout ce qu’on retient de cet « ailleurs » c’est qu’il s’offre comme une alternative à l’existence, comme un moyen dissociatif, un dérivatif. C’est « à la dérive » que l’on va, lorsqu’on veut fuir la dure réalité qui se présente. Il ne s'agit pourtant d'une dérive immobile, et quelques fois j'ai tenu, sous « effets », les cahiers de voyage immobile d'un naufragé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les Andes, en revanche, cet « ailleurs » transcendant est compris dans une optique religieuse. Alors que l’européen parlait du « cactus hallucinogène », l’indien parle du « cactus sacré des chamans ». Cet « ailleurs » auquel le voyageur se donne est un lieu sacré : il s’agit du monde des esprits, des créatures surnaturelles et des déités. C’est avec de telles êtres que l’on communie en état de « flip » - le cactus sacré des chamans ouvre les portes de cet en-deçà.&lt;br /&gt;Le voyage, le "trip" est suivi, jalonné, encadré, accompagné et il s'inscrit dans une démarche initiatique et religieuse. Ce n’est donc pas en marge de la société qu’il s’inscrit. Au contraire, il trouve sa place et son sens dans le système sociétal en tant que moyen cohésif et structurant, il figure un « baptême » et marque le passage à l’âge « adulte ». Le système sociétal lui-même, en tant que système, est vu comme un organisme à part entière, lequel organisme nous ne « voyons » qu'en état de « flip ». A ce propos, l’ethnologue Michel Perrin disait « chez les indiens la drogue structure, chez nous elle détruit ». Comme le « trip » est signifiant, chaque pas acquiert une signification particulière, il est chargé de sens, il est parlant : un pas dans le désert, c'est une lettre sur une feuille blanche. La société indienne dispose même d'un vocabulaire et d'un certain nombre de signes pour traduire le périple, là ou pourtant les mots n'ont plus cours[...] Bref, l'usage du cactus est codifié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a, comme disait Michel de Certeau &lt;span style="font-style: italic;"&gt;"une énonciation piétonnière"&lt;/span&gt; : le marcheur s'inscrit dans l'existence, sa démarche a du sens, il "énonce" quelque chose, son itinéraire est parlant, il occupe significativement l'espace comme on occupe une feuille blanche. Mais cet espace qu'il occupe est un ailleurs transcendant et signifiant, il s'agit d'un autre monde, celui des créatures merveilleuses et des forces naturelles personnifiées (les Pülasü). Si une telle mythologie se présente à l’indien, une autre se présente à l’européen. C’est la raison pour laquelle Michel Perrin soulignait le côté profondément culturel du voyage. Peut-être la psychologie et la chimie se disputent-elles au culturel, en tous les cas, il est important de ne pas laisser la culture de côté. Le sort du voyageur ne relève pas de sa seule psychologie ou de sa seule constitution singulière, mais de tous les facteurs avec lesquels il est appelé à composer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4737037327703376992?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4737037327703376992/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/le-cactus-sacre-des-shamans.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4737037327703376992'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4737037327703376992'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/le-cactus-sacre-des-shamans.html' title='Le cactus sacré des shamans'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-666035607054476585</id><published>2011-01-06T20:12:00.000+01:00</published><updated>2011-01-06T20:14:48.619+01:00</updated><title type='text'>Nihilisme et postmodernité</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En ce temps là, les platoniciens disaient qu'une sculpture est belle ou laide en soi, c'est-à-dire indépendamment de celui qui la regarde. Ils cherchaient à déterminer le beau, le bien et le juste en soi. Ils érigeaient leur conception philosophique contre les sophistes, lesquels prétendaient que l'Homme est la mesure de toutes choses ou, comme on dit aujourd'hui : à chacun sa vérité. Les platoniciens supposaient qu'un acte est juste ou injuste en soi, c'est-à-dire qu'il est essentiellement et absolument juste, ou essentiellement et absolument injuste, de sorte que notre regard sur l'acte n'en détermine pas la teneur. Sans doute ce type de conception permis-t-elle aux gouvernements et régimes successifs de répondre à l'exercice d'un pouvoir uniforme. Il est effectivement évident que celui qui prétend connaître ce qui est vrai et faux, bien et mal, juste et injuste, beau et laid tient non seulement une forme de savoir qu'il prétend être objectif, mais aussi une forme de pouvoir.&lt;br /&gt;Cela dit, avec SPINOZA, la roue tourna. Dans L'Éthique, il indique effectivement qu'on « ne désir pas une chose parce qu'elle est belle, elle est belle parce qu'on la désir ». Autrement dit, avec SPINOZA, il n'y a pas de valeurs en soi, en substance, ou essentiellement : il n'y a de valeurs que celles que l'on institue. Nous valorisons, nous « créons la valeur », nous « décidons la valeur ». Depuis, un grand nombre de penseurs ont cherché, tout comme SPINOZA le fit, à déterminer les instituteurs de valeurs. Ils se posèrent la question : s'il n'y a de valeur que celle que l'on confère, que l'on institue, qu'est-ce qui précisément institue cette valeur ? Nous l'avons vu, avec SPINOZA c'est le désir qui institue la valeur esthétique. LORDON F. repris les principes spinozistes et énonça le principe selon lequel la valeur monétaire d'une chose est instituée par le désir. Autrement dit : un objet n'acquiert de valeur monétaire que s'il capte l'attention du consommateur, c'est-à-dire s'il capte le désir du consommateur : c'est la loi du marché, celle de l'offre et de la demande. MONTESQUIEU détermina, pour sa part, d'autres instituteurs de valeur : régime politique , climat, etc. LEVY-STRAUSS détermina, comme instituteurs de valeur, la culture et le capital culturel : je bénéficie d'un capital culturel propre à valoriser et à dévaloriser, à légitimer et à illégitimer, à apprécier et à déprécier telle chose. Quant à FOUCAULT, il entend qu'il n'y a pas de valeurs en soi, par exemple un tableau n'est pas beau « en soi », il n'y a de valeur que celles que l'on institue. Il traite presque exclusivement des valeurs scientifiques et des valeurs morales, telles que par exemple : Un pion n'a de valeur qu'en fonction de sa position sur l'échiquier. Assurément il y a des pions et des cavaliers, des fous et des tours, etc. qui ont une valeur propre « par défaut » ou « en substance » mais cette valeur intrinsèque ne devient signifiante qu'en fonction de la place de la pièce sur l'échiquier. Par exemple, au 18ème siècle, les femmes bien enrobées étaient valorisées : leur graisse se présentait avant tout comme un signe de richesse, à la fois matérielle et spirituelle. Tel n'est plus le cas aujourd'hui. En outre l'indice de masse corporelle qui défini une personne comme « enrobée » n'est plus le même aujourd'hui qu'il n'était au 18ème siècle, de sorte que celle qui fut une « grosse femme » hier, si sa masse n'a pas changée, est une « très grosse femme » aujourd'hui, etc. Cela dit, FOUCAULT ne s'intéresse pas tant aux instituteurs de valeur (qui / quoi est-ce qui institue la valeur d'une chose ?) qu'aux approches et aux traitements que l'on réserve aux choses ou aux gens dont on a dit qu'ils manquaient de valeur. Par exemple : Le traitement réservé aux épileptiques au Moyen-Âge, lesquels étaient considérés comme possédés par le démon. Ou encore : le traitement réservé aux épileptiques à l'âge Classique, lesquels étaient considérés comme fous. Selon FOUCAULT, le traitement que l'on réservait aux choses ou aux gens dont on disait qu'ils manquaient de valeur (ou qu'ils tenaient de telle valeur illégitime) devait être lié à la valeur ou dé-valeur qu'on leur prêtait. En effet : on ne traitait pas un fou comme un ensorcelé, ni un roi comme un simple citoyen , d'abord parce que les instituteurs de valeurs n'étaient pas les mêmes, et qu'en cela leurs approches et leurs méthodes de traitement différaient, ensuite parce que nous n'approchons pas un lièvre comme on approche un renard.&lt;br /&gt;Cela étant dit, il me semble que FOUCAULT n'a pas considéré sa propre conception à l'aune de sa propre conception. En effet, il n'a pas relativisé la valeur de sa propre conception : tout se produisit comme si non seulement sa conception fut, pour lui, d'actualité mais aussi absolue. Cependant, si nous pensions sa conception par elle-même, nous dirions sans doute que « la valeur de l'idée selon laquelle il n'y a de valeur que celles que l'on institue est elle aussi instituée ». Tout honnête homme y a certainement pensé. Ou plutôt : tout homme qui ne supportait pas que ses approches et ses conceptions fussent dictée par FOUCAULT et les anti-substantialistes y pensa nécessairement. Il n'existe pas deux moyens de sortir du relativisme foucaldien, d'autant que si l'on entend en sortir, c'est que nous sommes en-dedans : marqué par cette conception à un point tel que nous ne pouvons que la critiquer par elle-même. Il ne nous reste en effet, pour relativiser FOUCAULT ou « sortir de lui qui n'est pas moi » qu'à passer sa conception au crible d'elle-même. Nous pourrions alléguer, en outre, que  « La valeur de l'idée selon laquelle il n'y a de valeur que celles que l'on institue est elle aussi instituée » : à ce titre l'idée selon laquelle « il n'y a de valeurs que celles que l'on institue » n'est ni absolument fausse, ni absolument vraie, mais valide dans un cadre et dans des conditions de vie spécifiques. Il ne nous viendrait pas même à l'esprit de penser en ces termes dans un pays d'Amérique du Sud. Que faisons-nous lorsque nous disons que l'idée selon laquelle il n'y a de valeurs que celles que l'on institue dépend elle aussi du contexte sociétal, et est elle-même déterminée par le contexte sociétal ? Certes, nous relativisons la conception foucaldienne par elle-même : à cet égard, nous ne la révoquons pas en doute, nous la confirmons. Néanmoins, nous opérons un changement significatif et radical dans la conception que nous venons pourtant de confirmer. En effet, en disant que la valeur de la conception selon laquelle il n'y a de valeurs que celles que l'on institue dépend du contexte sociétal, de notre capital culturel, du climat, ou de quelque autre facteur, nous la relativisons à l'aune d'elle-même. En cela, nous lui conférons une dimension proprement actuelle qui, pour actuelle qu'elle soit, perd son caractère proprement absolu ou éternel. C'est-à-dire que nous admettons que cette conception ne sera pas la conception de demain, pas plus qu'elle n'est propre aux pays d'Amérique du Sud. Nous « localisons » cette conception, de sorte que cette actualité dont elle rend compte est une actualité appelée à devenir historique et (dé)passée.  J'ai dit que nous pourrions alléguer que « La valeur de l'idée selon laquelle la valeur de l'idée selon laquelle il n'y a a de valeur que celles que l'on institue est elle aussi instituée est elle aussi instituée ». À vrai dire, nous pourrions mener un tel exercice indéfiniment sans possibilité d'en sortir, et à chaque fois que nous « localisons » et « actualisons » la conception qui nous intéressait, non seulement elle nous désintéresse un peu plus, mais en plus elle perd de son actualité et de sa présence pour se « représenter », enfin, sous les traits d'une conception historique et dépassée. À ce titre, il est difficile d'adhérer à quelque conception ou à quelque vérité dont on sait qu'elle est locale aussi bien géographiquement que temporellement. S'institue une réaction dissociative : nous nous désintéressons de l'actualité donnée comme révolue, et nous nous désintéressons de nos associations avec ce qui est appelé à changer (notre capital culturel, notre culture acquise, les auteurs qui nous inspiraient hier, les films que nous apprécions, etc). À s'exclure du temps – car on se veut éternel, en particulier l'amoureux qui entend s'éterniser en celle qu'il aime – on s'exclue de ce qui caractérise notre temps. Si FOUCAULT lui-même n'a pas opéré de tels exercices, s'il n'a jamais considéré « je dis qu'il n'y a de vérités que celles que l'on institue, et je dois dire aussi que cette conception-là n'a de valeur que celles que nous lui conférons », c'est probablement parce que l'actualité était, pour lui, plus significative et présente que ne l'était l'histoire. En ce sens fut-il jeté dans l'actualité. Aujourd'hui encore, nous ne considérons « historiques » que les faits qui nous précèdent d'au moins dix à quinze ans. Nous pensons généralement que nous sommes plus à même de saisir les « vérités historiques » propres aux faits dépassés que nous sommes à même de saisir les faits actuels. Quelle absurdité ! Lorsque nous traitons des faits dépassés, nous les présentons à nouveau selon des symboliques, des structures d'expression, des approches et des appareils théoriques absolument étrangers aux faits dont nous traitons. Si FOUCAULT n'a pas relativisé sa propre conception, s'il n'opéra pas selon les exercices que j'ai indiqué, sans doute ne se voyait-il pas faire, de son actualité, une trace sujet à histoire et à archéologie : titre auquel le présent n'est pas actuel, mais tout entier déjà historique. Peut-être s'était-il par là actualisé, qu'il s'était fait corps, existant. J'en suis moi-même incapable : en effet, il faut toujours que j'opère la réflexion de ma réflexion de ma réflexion de[...] relativisant à chaque pas, déplaçant la vérité toujours plus loin (i.e. il est vrai qu'il est probable que cette hypothèse soit valide ; il est vrai qu'il est probable qu'il est probable que cette hypothèse soit valide, etc.). Ce faisant, je rends mon actualité dé-passable ou d'emblée dépassée. Et toujours ai-je l'impression de me présenter comme le cimetière où git l'histoire de ma propre histoire, la trace de moi-même, et dont les pensées et les conceptions sont données comme dépassées. Certes, il s'agit de mon sentiment. Cependant, il s'agit probablement d'un sentiment partagé, marqué par une atmosphère, sinon désespérée et nihiliste, tout du moins las et désenchantée que seules les figures des héros, des sur-hommes et des chevaliers permet d'assumer en dépit de tout, le temps de la jouissance, avant que ne s'institue à nouveau un exercice de relativisme. À l'heure actuelle, la sentence définitive « à chacun sa vérité » opère un glissement vers « à personne la vérité ». Qui n'a jamais participé à un souper, avec des amis, dans lequel nous refaisions le monde ? Et combien de ces discussions ne terminent-elles pas sur la sentence désenchantée « et puis de toute manière, à chacun sa vérité et puis c'est tout » ? Il est assurément sous-entendu « mais à chacun une vérité nulle » c'est-à-dire « à personne la vérité ». Nous ne cessons de chercher des motifs de valorisation ; il nous semble que nous avons perdu notre pouvoir de valoriser. S'il faut des motifs pour valoriser, nous les avons perdu, et pour nous ils sont perdus. Nous avons tant relativisé l'actualité comme « actualité locale qui un jour sera dépassée même ici », nous avons tant « historicisé » notre propre actualité que, à tout réduire au contexte, nous avons tout réduit au néant. La philosophie même devient un phénomène de mode, un produit culturel, comme quelque chose de cosmétique, un faux jour dont on se soule et dont on est vite soulé. C'est là sans doute ce qui motive certain suicides – et ce n'est pas pour rien que l'Amérique du Sud ne connaît qu'un nombre moindre de suicides. Nous nous sentons nous-mêmes comme « donnés comme révolus », « déjà morts », « réduits au contexte, déterminés par lui, réduits à néant ». Qui n'a jamais entendu personne dire « maudit soit le présent qui est le passé » ou « maudit soit celui qui est appelé à passer » ? Le présent devient une idée de laquelle nous sommes écartés. Nous-mêmes ne nous sentons pas présents proprement dits, mais désuètes. Lorsqu'il n'y a plus rien à valoriser que sur des fondements appelés à passer, et en un sens déjà dépassés, nous devenons indifférent et soucieux de notre indifférence. Il n'y a que la jouissance de l'instant, laquelle jouissance se dessine sans doute comme le plus bas degré de la réflexion, pour conférer un semblant de réalité, de réelle présence, car la jouissance se présente comme une forme d'instituteur de valeur – si elle n'est pas, à elle-même, sa propre valeur.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-666035607054476585?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/666035607054476585/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/nihilisme-et-postmodernite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/666035607054476585'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/666035607054476585'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/nihilisme-et-postmodernite.html' title='Nihilisme et postmodernité'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-6255506808363026583</id><published>2011-01-05T20:13:00.000+01:00</published><updated>2011-01-05T20:15:43.756+01:00</updated><title type='text'>Le désenchantement absolu</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Chers élèves,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est absolument vrai que rien n'est absolu. Un élève me dit, du fond de l'amphi... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« répétez, je vous prie, j'entends loin »&lt;/span&gt;. Nous y sommes : un élève me dit qu'il y a un paradoxe. Et alors ? Si rien n'est absolu, la logique n'est pas absolue : elle n'a donc aucun droit particulier.  Quoi ? Toujours le même élève... vous dites que le mot de liaison &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« donc »&lt;/span&gt; dont j'ai fait usage traduit lui-même un connecteur logique : et alors ? Si rien n'est absolu, la logique n'est pas absolue et ceci n'est pas une pipe. Je puis dire n'importe quoi, que voulez-vous de plus ? Nous voulions la liberté d'entreprendre, de penser, de parler et puis tout ça alors. Maintenant que nous l'avons, vous n'allez tout de même pas faire la gueule. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Perdu »&lt;/span&gt; dites-vous ? Oui, nous sommes probablement tous aussi perdus que vous à notre époque, et pour nous tout est perdu. Je n'y peux rien. Il n'empêche que si rien n'a de valeur absolument, je veux bien m'approprier ce dont vous ne voulez plus. Non, je ne suis pas libéral, je me fous de la politique, elle m'épuise. Je chéri ce que vous avez rejeté car, voyez-vous, chérir ou pas chérir, nous l'avons dit, c'est égal dans la nullité, et moi je préfère chérir parce que, même si en valorisant ce que vous dévalorisez de bon droit, je suis insensé – et puis d'ailleurs rien n'est ni bon ni mauvais absolument, paraît-il – vos raisons dont vous dites qu'elles sont perdues n'ont pas plus de valeur que mes folies. Et j'aime le vent, j'aime le nul, j'ai toujours été nul. Si je ne m'aimais pas, là peut-être tout serait perdu mais j'aime le vent, j'aime le nul, j'ai toujours été nul. Ne me jetez pas la pierre, ingrat ! Vous avez vous-mêmes jeté des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« à chacun sa vérité »&lt;/span&gt; lors de vos repas entre amis après avoir refait le monde, vous avez-vous même passé de là à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« à nulle homme la vérité »&lt;/span&gt; alors assumez. Vous êtes libre de dire toutes les conneries que vous voulez, nous n'avons de toute manière jamais dit que des conneries, alors de quoi vous plaignez-vous ? Votre pouvoir n'a pas plus de valeur que le reste, peut-être, et alors ? On est là, on est là comme si on n'était pas là, on est là tout-puissants et plein de pouvoirs sans valeur, c'est ce que nous voulions. Si vous attendez autre chose de la vie, alors allez naître sur un autre continent plus en retard que nous. Bien sûr, bien sûr, naître à nouveau c'est toujours possible puisqu'on peut tout, enfin, faut juste faire gaffe qu'on ne vous menotte pas pour être rené parce qu'ici on peut, mais là-bas, qui sait.... Vous préférez vous suicider, dites-vous. Bah, ayez au moins la décence de le faire dehors, ce foutu tapis m'a coûté 400 €. Mais oui, bien sûr que rien n'a de valeur que celle qu'on veut bien lui conférer, si vous voulez, mais il n'empêche que je n'ai plus un sous en poche : rien n'est plus fort que ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;.... endormi, un trou rouge du côté droite.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est absolument vrai que ce foutu tapis n'est ni plus beau ni moins beau maintenant qu'avant. Voilà ce qu'il me manquait au séminaire ! Un exemple pratique. On a beau dire que la pratique n'est pas plus légitime que quoi que ce soit d'autres, elles est parlante.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-6255506808363026583?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/6255506808363026583/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/le-desenchantement-absolu.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6255506808363026583'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6255506808363026583'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2011/01/le-desenchantement-absolu.html' title='Le désenchantement absolu'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-870349105415241866</id><published>2010-12-31T19:59:00.000+01:00</published><updated>2010-12-31T20:04:50.138+01:00</updated><title type='text'>Je suis le fantôme de tes nuits</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Les espaces infinis...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; Les preuves de la vérité de la subjectivité, c'est l'extériorisation de soi. Personne ne sait d'emblée qui il est. La réalisation de soi comme révélation de soi exige du temps : c'est en s'occupant d'autre chose de soi que l'on devient soi, ou comme disait Lequier : « il faut faire, et se faisant, se faire ». C'est en se préoccupant d'autre chose que de soi que l'on devient soi. Alors c'est quoi ? C'est le travail, bien sûr, qui réalise mes potentialités. Agir, produire pour découvrir qui l'on est. C'est par des actes courageux que l'on se révèle courageux. Le paradoxe c'est qu'il faut mourir à soi-même pour se trouver. Eh ! Je suis mort si souvent, et j'ai tant exercé ou travaillé ma pensée que, par ces actes pensifs, je me suis révélé penseur, puis de penseur je me suis révélé pensée. J'étais tout entier ce que je faisais, tout entier pensée. En tant que telle, il me manque un corps et une actualité, une histoire : je suis l'esprit qui toujours nie, je suis l'esprit qui se prend pour un vivant, le fantôme qui brûle de se faire corps, l'ombre de ce que je fus jadis. Et j'ai mis tant de « moi-même » dans tout ce que j'ai entrepris que, sujet de la philosophie, je me suis découvert assujetti : sujet à l'objet de ma philosophie. Toutes les fois que j'ai approché et pensé la nature, le corps, l'espèce, le peuple, l'État, l'histoire, la volonté générale, l'inconscient, la conscience de classe, la structure, les champs, j'ai pensé et approché l'individu hors sujet, je me suis pensé et approché moi-même non pas en tant que sujet mais en tant qu'objet – objet de mes pensées, objet du peuple, etc. Aussi devins-je assujetti à la nature, à mon corps que je regrette de n'avoir pas façonné moi-même, à l'espèce dans laquelle je me trouve « différent », etc. Si c'est par des actes courageux que l'on se révèle courageux, c'est en objectivant le monde que l'on s'objective soi pour peu que l'on ne s'exclue pas du monde. Je suis devenu la chose du monde, je me suis vu chosifié. Je me suis vu dévisagé au sens où je n'ai plus maintenant de figure. Je me suis oublié, perdu dans mes oeuvres, noyé en elles, par elles et pour elles. Je ne suis plus maintenant, hélas, qu'une monstrueuse « chose » si différent de ce que j'étais autrefois. Il est des personnages de romans qui suivent un parcours similaire : ils sont défigurés par leur quête, par leur itinéraire, par leur effort. Pour n'en citer que deux : Gollum (The Lord of the Ring) et Voldemort (Harry Potter). Je suis maintenant comme eux, et à ce malheur il n'est point de retour. À ce malheur, répond ma nostalgie. Je languis en effet de l'innocent que je fus avant que mon itinéraire (surtout l'itinéraire de ma pensée) ne me modèle à son image, plus vieux que vous de toute une éternité, plus défiguré, hors sujet, plus étranger à moi-même en tant que sujet...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; Au regard de l'une des nombreuses traditions philosophiques, un homme se divise en deux lorsqu'il pense à lui-même. En effet, il serait à la fois le sujet pensant ET l'objet de ses pensées : sujet et objet, brisé en deux, duplice. Cela dit, jamais on a dit ce qui se produit lorsqu'un homme pense à lui-même en tant qu'il pense à lui-même ; moins encore ce qui arrive lorsqu'un homme pense à lui-même en tant qu'il pense à lui-même comme il pense à lui-même. Je vais vous le confier : il se divise en deux, puis en quatre, puis en huit, et les miettes de lui augmentent en nombre. Je ne saurais dire combien il y a de miettes de moi actuellement. Il est dommage que l'auteur de Harry Potter n'ait exploité ni la substance de mon paragraphe précédent, ni la substance de celui-ci. Pour ma part, si je n'ai pas déposé les morceaux de moi dans des « hoarcrox » ainsi que le fit Voldemort, je les plaçai dans chacun de mes textes. Pourquoi donc suis-je condamné à ne rédiger que des fragments ? J'estime vous avoir donné la réponse.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-870349105415241866?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/870349105415241866/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/je-suis-le-fantome-de-tes-nuits.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/870349105415241866'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/870349105415241866'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/je-suis-le-fantome-de-tes-nuits.html' title='Je suis le fantôme de tes nuits'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4559343516801330259</id><published>2010-12-30T19:34:00.000+01:00</published><updated>2010-12-30T19:35:15.855+01:00</updated><title type='text'>Maudite</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Qu'il est atroce de me regarder dans les yeux que je t'ai fait, me dit mon ami. Lui l'aliéné miroité, comme il criait &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« mon moi ! on miroite mon moi ! »&lt;/span&gt;, entrepris le procès de sa présomption d'être. Il en avait contre les miroirs. Je l'ai alors vu s'incarner au creux des reins d'un U, dedans le corps chaud des lettres ondulées, dans leur manteau sobre. Il s'emmitouflait sous les lettres orangées et les vêtements dorés d'automne, quand les mots se séparent des arbres à mots, quand ils sont rongés jusqu'au coeur par les critiques rampants aux anneaux venimeux. Mon ami voulait s'arracher à lui-même, être Rimbaud ; son mal-être était mal-naissance. Quatre sous en poche, Bruno longeait les pavés humides de la grande ville froide, oublieux des rêves et des mercis. Et moi, assis sur un banc, je grattais mon ticket ! Et puis voilà que j'entendis sortir l'affreux mélancolique du fond de sa gorge chaude. Il était tout retourné. Son corps, révulsé en-dehors, avec ses poumons sur moi, mon ami tailla son écritoire dans ses reins - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« c'est un écritoire rénal ! »&lt;/span&gt; et planta sa plume dans ses boyaux sanglants. Il faisait froid. Il fallait à Bruno plus de U. La chandelle dans son crâne volait son sommeil, tandis ce que la cire fondue coulait par dedans les labyrinthes de sa pensée chaude. J'étouffais.&lt;br /&gt;La personnalité est la mer des sublimes, mais lui n'était pas embarqué, suspendu à son regard qu'on a jeté sur la mer agité d'un monde bien fol, il voudrait plonger en-dedans de lui-même ; il voudrait dire « peut importe les aléas pourvu qu'on ait la vie » mais il glisse à jamais sur la surface plane de son moi lisse et miroité, dans mes yeux amoureux. Là, las, il s'étouffe avec moi, et il panique grandement comme grande est sa médiocrité. Il écrit mal, en effet, et ses U sont des manteaux troués de partout. Mais toi le Bruno, mon seul vrai ami, qu'en diras-tu ? &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Je vais être père, Poésie sur mes genoux grelottants, et je vais être mort : Poésie orpheline ; elle n'aura plus que sa mère, la plume, que j'aurai réveillé dans une vie sans fin. Il fera chaud dans leur lit à tous deux, à la surface de mes viscères, sous mes R et mes U, loin des arbres à mots, sur l'écritoire rénal. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;– Le nom qu'on donne aux arbres à mots ? Les motiers.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4559343516801330259?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4559343516801330259/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/maudite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4559343516801330259'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4559343516801330259'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/maudite.html' title='Maudite'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-1395335839628317472</id><published>2010-12-30T19:30:00.001+01:00</published><updated>2010-12-30T19:33:39.659+01:00</updated><title type='text'>NOUS, LES PUTES SUR FACEBOOK !</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TRzQX54MesI/AAAAAAAAAiw/G-iX5000nYQ/s1600/ldicaprio3.png"&gt;&lt;img style="float: left; margin: 0pt 10px 10px 0pt; cursor: pointer; width: 180px; height: 135px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TRzQX54MesI/AAAAAAAAAiw/G-iX5000nYQ/s200/ldicaprio3.png" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5556545149360437954" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-family:arial;" &gt;Ebay ou Facebook ?&lt;/span&gt; Sur Facebook comme sur EBAY, le profil « sans photo » ne se vend pas. En outre, le profil sans statuts et sans mur capitalise un nombre moindre d'amis que ne le fait un profil exhibitionniste. La raison est simple : lorsqu'on commence le statut d'un ami, on indique qu'on l'a vu et qu'on le valorise. Ce faisant, on se valorise soi-même : on a le pouvoir de valoriser, d'intervenir sur le profil de son ami, on n'est pas impuissant, on a le pouvoir de participer au profil de notre ami, on n'est pas exclu. Tout passe par le regard. On doit pouvoir se figurer la qualité du profil comme on se figure la qualité d'un produit : la photo de profil, le mur et les informations annoncent cette qualité. Dans cette mesure, tout profil ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« toute personne sur F. se produit »&lt;/span&gt;, c'est-à-dire qu'il fait de lui-même un objet de consommation, un consommable. En tant que tel, on doit pouvoir participer à la présentation du profil de ses amis : un objet que l'on consomme est un objet que l'on transforme ; il est différent après avoir été consommé, approprié... c'est pourquoi si je ne suis pas en mesure de participer au mur de mon ami, il perd son intérêt (question de pouvoir de consommateur). Ceci est d'autant plus vrai quand par ailleurs il me suffit d'offrir mes services, ma disponibilité, ou de dédier mon statut à untel pour l'enchérir, le valoriser. Si je commente le statut d'untel, il a plus de valeur qu'il n'en n'avait avant : j'ai montré que je l'avais vu, qu'il bénéficie d'assez de valeur pour capter mon attention, et le profil sur lequel j'ai commenté est d'autant plus apte à capter l'attention. D'autres enchériront après moi et nous nous disputeront le profil. En effet, le consommateur entend consommer son produit exclusivement tout comme il le fait sur Ebay : il n'y en n'aura pas pour tout le monde, il me faut passer avant les autres. Autrement dit, on entend être l'ami le plus proche de celui qui est consommé en masse, celui qui a passé 2'000 contacts, il faut qu'il soit à nous. Et en attendant d'être son ami exclusif, ses contacts sont mes concurrents : ils réclament, tout comme moi, l'exclusivité et tous surenchérissent, publient sur son mur, tagent des photos de lui avec soi, rappellent de bons vieux souvenirs, se rendent aux événements qu'ils crée, aiment ce qu'il publie même quand il publie de la merde, publient des coeurs sur son profil, lui rappellent qu'il a oublié de nous rendre nos gants, marquent leur territoire et montrent qu'on a ce pouvoir sur lui – le pouvoir, la puissance de le valoriser, le pouvoir de participer à son mur et à ses événements, la chance d'être inclus dans la vie de son Facebook. Chacun de ces gestes donne au profil plus de valeur : c'est la loi du marché, l'offre et la demande. Au bout du compte, on s'arrache le profil. Sur EBAY comme sur FACEBOOK, certains profils-produits sont aptes à capter l'attention tandis ce que d'autres ne le sont pas. Tout est question de capital d'amis. La photo de profil, le nombre de ses contacts, le teneur des messages laissés sur le mur (parfois mur de revendications, parfois mur de lamentations, tantôt trottoir et messager des désordres psychosomatiques du profil) et les informations doivent annoncer le prix du profil. Plus il capte l'attention, plus on aura à se manifester et à participer à son mur, etc. Autrement dit, plus il capte l'attention, plus le prix à payer sera élevé. Conséquemment, si on ne paye pas assez, il arrive que le profil nous supprime de ses contacts ou restreigne nos droits et notre pouvoir sur lui. Il y a donc un prix perçu, un prix qui sera perçu sans pourtant qu'il n'y ait de structure de récolte des impôts mise en place par Facebook. Les agents de ce contrôle sont nombreux : d'abord le profil qui nous a accepté et que l'on accepté (il peut nous exclure en chaque instant), ensuite notre désir, lequel nous pousse à le valoriser en participant de son profil ; enfin une forme d'économie latente, et nos remords qui nous poussent à l'honorer, à nous racheter, à le racheter et a perdurer dans la fidélité du contrat social (l'amitié). On cherche naturellement à honorer celui de nos amis « très populaire » comme il a fait la gentillesse de nous accepter dans sa liste : c'est toujours la loi du marché. On est bon avec le bon et dévoyé avec le dévoyé : monnaie pour monnaie, service pour service, transaction pour transaction. La prochaine étape, c'est le partenariat Facebook-Ebay.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde ne s'inscrit pas nécessairement dans cette dynamique marchande me direz-vous. Il y a les originaux qui sont en marge, et il y a aussi la famille qui échappent à cette dynamique, continuerez-vous. Bien ! Prenons tout d'abord la famille. Avec eux plus qu'avec d'autres, on donne dans la rétention, c'est-à-dire qu'on garde certaines informations, certains « secrets », certains mouvements, certaines appétences et certains états d'âme pour soi. À cet égard, on est toujours dans le paraître : on a le souci constant de son profil qui est comme l'affiche de la dernière sortie cinématographique. En effet, qui publie sur son mur, quand il a sa chère mère en contact, qu'il voudrait mourir ou qu'il a le coeur en croix et des démons pleins la tête ? Quel père publie des photos pornographiques sur son profil quand il a sa fille dans ses contacts ? Quel fils ne publie rien sur le profil de sa mère car il a peur d'être vu comme « celui qui est ami-ami avec sa maman », et quel fils plus âgé publie sur le mur de sa mère car il souhaite être vu comme « le fils mature qui a assez vécu pour s'entendre bien même avec ses parents, et à qui ont peut se fier en toute confiance » ? Cela étant dit, permettez-moi de vous en conter une tragicomique vis-à-vis de la pornographie sur Facebook : en ce temps là, je publiai des photos pornos sur mon profil. Je fus viré séance tenante, probablement dénoncé par un contact inapte à valoriser ce genre de produit artistique et de savoir anatomique. Ce fut une expérience sympathique, mais plus amer fut la chute : en effet, mon profil réhabilité par le biais d'un mensonge habile, je dénonçai des groupes-fb pornographiques ou des fanpages du même genre. Devinez-vous la suite ? Ces groupes subsistent encore aujourd'hui dans la mesure où ils sont très populaires, vendent bien, assurent la fluctuation des visites sur Facebook, captent l'attention, etc. C'est la fin de la petite histoire et je ne vous dirai pas quels sont ces groupes : ma prostitution a ses limites, je ne tiens pas à être exclu une seconde fois de cette merveilleuse plateforme marchande, et j'estime ne pas avoir à aller jusque là pour rendre mon article intéressant et apte à capter l'attention de mes lecteurs potentiels.&lt;br /&gt;J'ai décrit la dynamique productive/productiviste/objectivante propre à Facebook. Vous m'avez dit qu'il existe deux genres de profils (ou même de personnes !) qui y échappent : la famille et les originaux. Eux peut-être ne feraient pas d'eux-mêmes des produits mais, au contraire, demeureraient authentiques et entiers : eux-mêmes. J'ai déjà dit que la famille n'échappait pas à la règle et je passe maintenant au cas des originaux, des marginaux, des « personnalités fortes et singulières ». Il y a ces originaux qui pensent ne pas s'inscrire dans la dynamique économique ; ils supposent qu'ils ne sont pas des objets, qu'ils sont, au contraire, des sujets irréductibles, des personnalités, des originalités et non pas des exemplaires de l'espèce. L'ironie de la chose, c'est que cette contre-attitude vend aussi. Certains profils ne cherchent que des profils du genre, du genre « celui qui, dans son originalité, se veut non-objet, non-consommable, mais authentique » et qui, au fond, se refoule en tant que produit. En outre, les originaux disent souvent, pour se rassurer, qu'ils ont peu d'amis mais que ce sont des amis de qualité. La qualité devient au centre de la dynamique économique : il faut produire peu, mais produire bien[...] Il continue, pourtant, de remplir son statut, d'informer de ses mouvements, de valoriser les statuts de ses contacts en publiant des commentaires, de montrer qu'il est vu par ses amis et qu'il voit ses amis, d'accepter que son amie publie un coeur sur son profil pour montrer qu'il ne refuse pas d'être valorisé... monétairement. En somme, les itinéraires personnels se présentent comme des produits de consommation plus ou moins massive. La photo de profil se présente comme l'affiche de « la dernière sorti au ciné » comme celles qu'on voit dans les labyrinthes du métro. On fait de la publicité pour soi, on annonce la marque, le prix, l'endroit où on peut être acheté, et surtout on conclu « achetez vite, c'est bientôt en rupture de stock, je n'accepte pas plus de 3'501 amis ». C'est le principe de ce qu'on appelle l'objectivation de soi : on fait de soi un objet, une chose. En outre, pour mieux se vendre on produit des documents littéraires, des images et des dessins, des vidéos et des événements, etc. La sollicitation est toujours là, la publicité matraque, nul ne doit oublier Coca Cola, nul ne doit m'oublier ; je m'accorde à la volonté du consommateur amnésique, je me rappelle à lui. Plus que jamais, être c'est être perçu ou percevoir (Berkeley).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il y a un ordre ou une hygiène du discours, des expressions déterminées qu'on attend dans un contexte déterminé, d'autres qui ne se disent pas, Facebook préconise une hygiène de soi en tant que produit. Tout est prévu, en effet : les champs prédéterminés tel que « nom, prénom, proches, profession, position politique, perspective religieuse, veaux d'or et fanpages », l'espace où mettre sa photo (toujours le même espace chez tous les profils). Le produit étiqueté, sa qualité certifiée, il commence à vendre. L'utilisateur cherche les communautés de couleurs, de goûts, d'activités et de tonalités entre lui et les autres profils. Mais s'il y a une transparence de soi en tant qu'objet, il y a une opacité totale sur soi en tant que sujet. On s'identifie sans qu'il ne soit question d'identité, on paraît sans être, on est dans le regard et le voyeurisme sans être dans l'écoute et le dialogue, on ne reconnaît pas même son ancien camarade de classe. Et si on ne le reconnaît pas, c'est parce qu'on ne le connaissait pas en tant qu'objet ; nous étions avec lui à l'école et il était sujet, au moins partiellement. Il était moins voyeur, j'étais moins voyeur, nous nous écoutions et nous parlions, avec nos voix qui modulaient nos personnalités singulières et qui interpelaient une autre personnalité singulière. Aux dernières nouvelles, Facebook met en place toute une structure de contrôle de fidélité dans les transactions : agendas des obligations de souhaiter un bon anniversaire, agendas des disponibilités, statistiques sur sa fanpage pour certifier que ses amis font leur travail en la visitant, applications « top friends » pour s'assurer qu'on est toujours au top chez le contact qui est pour nous au top, on nourrit des remords lorsqu'on est plus au top dans sa liste qu'il ne l'est dans la notre, etc. Tout relève d'une organisation du pathos et d'une maladie du lien : autrement dit, on fait tout pour échapper au sort d'Oedipe avec ses yeux crevés, on est voyeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pire, c'est que je suis aussi sur Facebook. Le pire, c'est que je viens de produire un document supposé « capter l'attention ». Le pire, c'est que vous l'avez consommé jusqu'à la fin. Merci de votre lecture : vous m'avez valorisé, je vaux plus cher et grâce à vous j'aurai plus d'amis...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-1395335839628317472?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/1395335839628317472/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/nous-les-putes-sur-facebook.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1395335839628317472'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1395335839628317472'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/nous-les-putes-sur-facebook.html' title='NOUS, LES PUTES SUR FACEBOOK !'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TRzQX54MesI/AAAAAAAAAiw/G-iX5000nYQ/s72-c/ldicaprio3.png' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7659231043784935293</id><published>2010-12-22T20:59:00.000+01:00</published><updated>2010-12-22T21:03:27.047+01:00</updated><title type='text'>Fragmentum 4</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Icare&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;J'ai arpenté l'arc-en-ciel divin sans prendre ses couleurs. J'ai parcouru le chemin des étoiles jusqu'au rideau bleuté qui recouvre le firmament, et mon âme est restée noire. J'éclipsais doucement les étoiles dont j'étais pourtant l'enfant. Arrivé aux confins de la voûtes aux lueurs tamisées par moi, j'ai recouvert la boîte de Pandore qui réveilla les démons des Hommes en arrachant le châle de nos nuitées terribles. Quand le voile toucha terre, il éclata en morceaux, et les démons en son dedans moururent. J'ai vu, au-derrière de l'arc qui fut bleu, celui des êtres qui fait tourner la nuit ; j'ai tutoyé celui qui fit le monde et vit que cela était bon. Je me suis posé sur le satellite Amour à ses côtés, et, d'ici, j'ai pris mon envol jusqu'au divin célestin. Je l'ai embrassé, assurément, et l'humeur noire et cireuse dont sont modelées les ailes dans mon âme et les ailettes à mes bottines fondit. On entendit mon vertige sur toute la Terre. Les ignorants heureux remercient le ciel et la mort du ciel...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Faust&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Je peux posséder la vérité, non pas au titre de la vérité, mais sous la forme de bruits et de potins. Tel est pour moi leur profond comique. En général, on n'y fait pas attention, parce que je ne suis pas moi-même affermi dans l'esprit ou parce que mon attitude est incertaine. Ma posture alors présente un avantage certain : on ne s'en remet pas à moi. Au contraire, on se garde de moi et l'on se garde tout entier pour soi. Aussi ne commets-je pas l'affront que commis Faust, lequel affront consiste à « faire croire ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Petite saison&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Un manteau sort du foyer. Il fut mis par un homme. On tournait la clé, ouvrait la porte à chat, on sortait par là. C'était un petit homme et une petite redingote ; ils s'épousaient l'un l'autre, se passaient l'anneau de la vieille décousure au doigt. Un lutin. Il boutonne son manteau, lasse ses chaussures. Elles se laissent faire. Las. Le lilliputien descend les escaliers, il descend un café, sort de la poubelle. On lui sourit, quelque part, au coin de la bouche. Et comme il demande l'heure, on lui montre le doigt. L'imbécile regarde le soleil. « que la maison est loin ». Un cheval. Il ricane et j'ai un sapin sur le dos, je monte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Anti-érotisme&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;On m'allume, on m'allume et je ne résiste pas. On m'allume et je suis tout plein de braise. C'est l'été. On se couche sur moi, on fume sur moi, on grésille sur moi, on se languit, on est tout retourné sur moi, on se couche sur le ventre puis sur le dos. On chauffe au contact de ma peau noire bouillonnante. On transpire, on s'égoutte. Le contact des perles sur ma peau tisonnée produit de doux crépitement. Elle toute blanche, moi tout noir. Si ma peau d'africain n'est pas huilée comme il convient, on reste accroché à moi, et la seconde où l'on se détache de moi, on y laisse des lambeau de peau flambés. Il ne fallait pas m'allumer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est l'hiver. Mes jambes sales et noircies toutes repliées, j'attends l'été prochain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon nom : le gril.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7659231043784935293?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7659231043784935293/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/fragmentum-4.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7659231043784935293'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7659231043784935293'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/fragmentum-4.html' title='Fragmentum 4'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7636411779321137943</id><published>2010-12-21T13:48:00.001+01:00</published><updated>2010-12-21T13:52:18.417+01:00</updated><title type='text'>Un foyer sous la pluie</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un jeune et moi, nous nous trouvions dans le département de Santa Crùz. C'était l'été, la saison des pluies : cette salope qui rend le sol différent de ce qu'il était sans jamais le rendre à lui-même. Je balançais tristement, affalé au fond de ma chaise à bascule, plutôt esseulé à écouter la terre hurler de douleur. Un de ces jeunes hommes au regarde chaud me demande un service. Comme j'éprouvais quelque sympathie pour lui, dispos à m'éprouver encore sympathiquement, je m'exécutai immédiatement. Il me pria de garder la chose secrète, ce que je fis assurément : par là le jeune homme m'avait donné l'heureuse occasion de conserver encore autre chose qu'un secret : notre relation secrète, et pour autant si privée[...] J'avais assez à m'occuper de l'affaire pour ne pas penser à trahir. Une guerre entre terre et pluie, c'était assez déjà.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7636411779321137943?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7636411779321137943/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/un-foyer-sous-la-pluie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7636411779321137943'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7636411779321137943'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/un-foyer-sous-la-pluie.html' title='Un foyer sous la pluie'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-8479757498291318054</id><published>2010-12-17T13:18:00.004+01:00</published><updated>2010-12-17T13:30:46.814+01:00</updated><title type='text'>Bouteille à la mer, morte</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;EXTRAITS&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« La séduction prend l'allure d'une danse : avec ses pas en avant, ses recules, ses pas de côté et ses semblants d'esquives, ses séparations et ses rapprochements. Tout dans l'amour est musical ; j'écoute nos cœurs chanter.&lt;br /&gt;La jeune fille plante une graine ça et là, elle devient soleil et fait pousser celles-ci – je suis lumineux à travers elle. Elle plante une graine ça et là, elle s'échappe – elle m'échappe – et me laisse douter : elles grandissent à l'éclat des ténèbres sur un sol de cendres, ces fleurs tourmentées[...] Danse amoureuse : un pas en avant, je suis lumineux à travers elle et fleuris en moi-même ; un pas en arrière, je suis une ombre torturée par l'angoisse de la « disgrâce ». Tantôt lumière, tantôt ténèbres. Goût de miel sur goût amer, voici le tourbillon de la séduction. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Je ne veux pas que ma philosophie soit un château de sable, je veux qu'elle soit un sable mouvant, ou un gouffre, un tourbillon ou une tempête comme autant de grains de sables brûlant qui déchiquettent la chair et les os. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Je me hasarde sans relâche à remplir le vide que je suis de petits riens philosophiques. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center; color: rgb(255, 0, 0);"&gt;&lt;a href="http://pdfcast.org/download/bouteille-la-mer-morte.pdf"&gt;VOIR LE DOCUMEN&lt;/a&gt;&lt;a href="http://pdfcast.org/download/bouteille-la-mer-morte.pdf"&gt;T COMPLET &lt;/a&gt;&lt;a href="http://pdfcast.org/download/bouteille-la-mer-morte.pdf"&gt;EN PD&lt;/a&gt;&lt;a href="http://pdfcast.org/download/bouteille-la-mer-morte.pdf"&gt;F&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://pdfcast.org/download/bouteille-la-mer-morte.pdf"&gt;&lt;img style="display: block; margin: 0px auto 10px; text-align: center; cursor: pointer; width: 128px; height: 128px;" src="http://www.iconarchive.com/icons/mayosoft/aero-vista/128/Oficina-PDF-icon.png" alt="" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-8479757498291318054?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/8479757498291318054/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/bouteille-la-mer-morte.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/8479757498291318054'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/8479757498291318054'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/bouteille-la-mer-morte.html' title='Bouteille à la mer, morte'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-700430914103508349</id><published>2010-12-17T13:02:00.000+01:00</published><updated>2010-12-17T13:03:13.340+01:00</updated><title type='text'>La subjectivation rapportée à Kierkegaard</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il naquit pantin, il devint humain. Il naquit subversif, il devint le bon petit garçon. Il naquit modelé dans du bois vil, il devint modelé par la société. Il s'agit de Pinocchio tel qu'il est présenté dans le 1er volume des Avventure di Pinocchio écrit par COLLODI. Le 2ème volume présente le bon petit garçon. Il présente un individu déterminé ni par l'Idée, ni par son essence, ni par sa substance : le bois vil n'est plus. Nul ne saurait dire de lui qu'il est par exemple « essentiellement menteur » et qu'en mentant, il est identique à lui-même et obéit à l'essence qui le détermine. Rien ne le détermine plus, en effet, que la société. Le nouveau Pinocchio se présente alors toujours comme l'homme de la situation, c'est-à-dire comme l'homme du contexte : si celui-ci ment, c'est d'un mensonge de circonstance. Dans une telle situation, un homme devient toujours différent de lui-même, quand par ailleurs il n'y a pas de même et que rien ne fut posé comme un moi consistant. On dit que l'éthique, le peuple, l'histoire et la société sont autant de moyen de penser l'individu hors sujet, c'est-à-dire hors lui-même. C'est vrai aussi de la situation. Intégralement déterminé par la situation, Pinocchio 2 n'est pas un sujet, il s'est objectivé : il manque de substance, inconsistant ; il se présente comme une contingence, une occasion, ou éventuellement un accident dont l'existence n'est pas plus nécessaire que son être. Son existence même, en effet, est une affaire de contexte « derrière » lequel il n'y a rien. À tout réduire aux circonstances, COLLODI réduit tout au néant.&lt;br /&gt;Dans La Reprise, KIERKEGAARD critique justement ce point de vue situationniste propre à la comédie italienne qui, pour lui être postérieure tel qu'il apparaît chez COLLODI, le précédait sous des traits moins nettes dans le comique italien du 17-18ème siècle. Voici effectivement l'une des critiques majeures entreprises par KIERKEGAARD dans La Reprise : si l'individu n'est déterminé ni par l'Idée ni par l'essence, s'il n'y a pas de détermination substantielle dans la mesure où il n'y a pas de substance, nul ne saurait dire d'untel qu'il a telle forme ou telle disposition « au naturel » et qu'en réalisant ses dispositions, il est identique à lui-même. Un homme se présenterait toujours comme l'homme de la situation, assujetti par la situation. Il serait donc impossible à cet homme d'être lui-même, identique à lui-même, puisque lui il n'y a pas en-dehors de la situation, d'une part, et puisque les situations ne se répètent jamais : elles ne présentent jamais le même. Autrement dit, selon une conception situationniste dans laquelle il n'y a nulle Idée, nulle substance déterminant le moi de l'individu, l'individu est assujetti au contexte. Il ne lui est pas possible de se poser en-dehors du contexte comme personnalité originale.&lt;br /&gt;Sans considérer les choses en termes idéalistes, Kierkegaard trouve la « solution » dans des termes oubliés par COLLODI : la dimension religieuse. Si à tout réduire aux circonstances, on réduit tout au néant ; si à tout réduire aux circonstances, l'existence même devient contingente et non-nécessaire, il existe un individu non-circonstanciel (éternel, permanent) lequel soutient la vie dans sa valeur et sa nécessité : Dieu. C'est, selon le penseur danois, le lien entre l'individu et Dieu qui assure le caractère exclusif et nécessaire de l'individu, non mais en tant qu'individu proprement dit, mais soit dans son rapport à Dieu, soit en tant que rapport à Dieu. C'est pourquoi le seul « moyen » de ne pas passer à côté de son existence comme on passe à côté d'un feu rouge (car l'individu de la situation est contingent, son rapport avec lui-même en tant que sujet existant confine au néant) est d'être en rapport à Dieu. C'est le seul « moyen » que l'individu a de gagner en « substance » et de se subjectiver indépendamment des situations dans, par et pour le sujet de tous les sujets : l'irréductible Dieu Éternel. Dans un tel rapport ou « en tant que tel rapport », l'individu est en rapport à la vérité (je suis le chemin, la vérité et la vie) : il se fait lui-même vérité dans ce rapport qu'il actualise et réactualise, c'est-à-dire qu'il reprend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;KIERKEGAARD est en un sens un vitaliste. Cela dit, il suffirait pour nous d'en entreprendre une lecture athée pour que son vitalisme tourne en nihilisme comme c'est le cas chez COLLODI &amp;amp; Pinocchio. C'est par ailleurs probablement de telles lectures et de telles « reprises » qui donnent lieu à l'absurde camusien et à l'en-trop sartrien : c'est-à-dire que non seulement le monde ne nous répond pas personnellement, mais en plus il ne répond de rien. L'absurde rime avec la contingence de l'individu qui existe ou qui, en tant qu'il est contingent, n'existe pas – lequel individu n'est jamais un sujet mais toujours assujetti.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-700430914103508349?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/700430914103508349/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/la-subjectivation-rapportee-kierkegaard.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/700430914103508349'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/700430914103508349'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/la-subjectivation-rapportee-kierkegaard.html' title='La subjectivation rapportée à Kierkegaard'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3909644526202403250</id><published>2010-12-17T13:00:00.000+01:00</published><updated>2010-12-17T13:01:43.552+01:00</updated><title type='text'>Du souci de soi à l'oubli de soi</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Le moi est haïssable »&lt;/span&gt; disait PASCAL. Cette conception, cela dit, non seulement remonte jusqu'à Saint Augustin mais traverse en outre l'ensemble du courant paulino-luthérien (protestant). En entendant que le moi est haïssable, Augustin semble avoir marqué une révolution semblable à la révolution copernicienne : nous sommes en effet passé du souci de soi propre aux grecs à la haine de soi. HEGEL, lequel s'inscrit dans le cadre luthérien, allait encore plus loin : il passe par le souci de soi, enchaîne le sentiment-de-soi, la conscience-de-soi, le souci des autres, la connaissance-de-soi et en arrive enfin au stade du repos : l'oubli-de-soi. L'oubli : une manière de penser l'individu hors sujet, ou plutôt une manière de ne pas le penser. L'oubli comme alternative au pardon : l'oubli ou l'anéantissement enthousiaste de soi-même de la part de celui qui, autant qu'il se haïssait lui-même, était incapable d'obtenir le pardon.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3909644526202403250?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3909644526202403250/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/du-souci-de-soi-loubli-de-soi.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3909644526202403250'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3909644526202403250'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/du-souci-de-soi-loubli-de-soi.html' title='Du souci de soi à l&apos;oubli de soi'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3339127326776994612</id><published>2010-12-17T12:57:00.000+01:00</published><updated>2010-12-17T12:59:57.730+01:00</updated><title type='text'>Être ou ne pas être ... hégélien</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Telle est la question !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'après HEGEL, cela même qu'est HEGEL, je le suis aussi, mon voisin l'est aussi, et cette pomme que je mange l'est aussi. Nous sommes tous les traits d'un même visage, les faces d'une médaille, les états d'un même Esprit. Je suis à mon voisin ce que l'eau est à la vapeur d'eau : un état apparemment distinct d'une même chose exactement. Si donc je dis « je suis hégélien » en pensant que peut-être je partage avec lui des caractères essentiels sans lesquels nous ne tomberions pas dans la même catégorie (la catégorie des hégéliens), je ne dois pas oublier que ces caractères essentiels sont propres à l'Esprit « qui vit et fourmille partout et se retrouve le même ». Si donc je dis être hégélien pour la raison que je viens d'indiquer, je dois ajouter que j'embrasse en même temps l'essentiel des caractères propres à mon voisin et les miens propres : ce sont les mêmes ; cela même qu'est l'un, l'autre l'est aussi. Cependant, je ne dois pas m'arrêter là : je dois dire enfin que je ne suis pas seulement hégélien : je suis HEGEL, car ce qui faisait de HEGEL qu'il était qui il était, c'est-à-dire l'Esprit, se retrouve en moi sous la même forme et selon les mêmes tonalités. Je suis donc à la fois moi, HEGEL, mon voisin et cette pomme que je mange. Nous sommes le même en tant que nous sommes déterminés par la même chose (l'Esprit). Si donc je suis enclin à dire que je suis hégélien pour ces raisons, je ne peux pas le dire dans la mesure où toute distinction est anti-hégélienne. Mais enfin puisque tout est un et que rien ne se distingue du reste, je peux dire « je suis hégélien » tout compte fait puisque le dire ou ne pas le dire sont une seule et même chose – de même que la distinction et l'indistinction sont une seule et même chose : l'Esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;ALTERNATIVE : Si donc je dis que je suis hégélien parce que j'ai conscience de ces caractères essentiel qui se retrouvent à l'identique en chaque chose, qu'ils me furent révélés et que je fus révélé par eux, je ne dois pas perdre de vue que si telle était le cas, j'aurais tout perdu de vue : tout serait indistinct et oubli comme dans un sommeil profond. Il n'y aurait plus de moi-sujet qui pense à moi-objet de mes pensées, de sorte que je ne pourrais plus penser à moi ni à l'autre. Si j'étais véritablement hégélien parce que j'ai conscience des caractères essentiels que nous partageons tous (le grand être), parce qu'ils me furent révélés par eux et que je fus « révélé dans l'oubli » par eux, j'aurais nécessairement oublié de dire que je suis hégélien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;ALTERNATIVE : Mais si effectivement tout s'est révélé dans un oubli qui est un savoir et un savoir qui est un oubli, si la philosophie s'est résolue en poésie, en balbutiements ou en silence, si dans la nuit diurne un jour nocturne s'était levé et m'avait embrassé, je peux dire être hégélien ou ne pas l'être et ça ne fera aucune différence. Je le saurai immédiatement et aussitôt ou en même temps je l'oublierai bien sûr, et je devrai me résoudre à être une sorte de Don Quichotte ultra-contemporain qui apporte sa rime envers et contre tout, avec et pour tout. Je devrais lutter pour que la résolution de tout en tout, ou de tout en rien puisque ceci revient au même, ne me soit pas une dépression (car au fond, qu'importe la pensée et la poésie si elles ne relèvent pas l'humeur ?), tout me serai égal assurément mais là-dedans je pourrai encore produire et me produire, même sachant que je ne produirai rien d'autre que ce qui a toujours existé, sachant que produire est exactement semblable à découvrir. Je pourrai dire alors que je suis hégélien, mais l'hégélianisme n'aura plus valeur d'assujettissement : il y aura valeur de communion, de « mariage » ou, en d'autres termes plus propres au penseur allemand : être hégélien aura valeur de dialectique réconciliatrice. Et même si ce n'était pas le cas, même si je suçais HEGEL un jour pour l'enculer le lendemain (au sens péjoratif du terme) ça ne ferait aucune différence dans un monde ou la différence n'est pas et jamais ne fut. Puis quand bien même je dirais exactement tout le contraire de ce que je viens de dire, selon HEGEL le contraire serait la même chose de sorte que je serais le fantôme de HEGEL, il serait mon Pacman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En un sens, tous les philosophes, ou au moins les plus doué, rusés et ironiques d'entre eux sont aussi admirables qu'ils sont exaspérants, attachants que repoussants.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3339127326776994612?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3339127326776994612/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/etre-ou-ne-pas-etre-hegelien.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3339127326776994612'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3339127326776994612'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/etre-ou-ne-pas-etre-hegelien.html' title='Être ou ne pas être ... hégélien'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3106776698424016960</id><published>2010-12-14T19:59:00.001+01:00</published><updated>2010-12-15T21:11:44.765+01:00</updated><title type='text'>L'Homme est un mythe à lui seul</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Avec Freud, les mythes en tant que récits traduisent l'itinéraire d'une réalité psychique. Ainsi en va-t-il en effet de l'histoire d'Oedipe, laquelle se présente comme le vécu psychique propre à tout homme. Il est question de transposer le récit mythique dans le domaine de la psychanalyse : le récit devient le propre de la psyché humaine ; c'est la psyché racontée, qui se raconte au psychanalyste et qui se raconte à elle-même. La réalité psychique est historique : le sujet habite son histoire et son histoire le travail. Un peu comme on le trouve chez Marx, il y a le primat ou la détermination de l'histoire sur la réalité psychique du sujet. C'est en outre une histoire-type propre à l'être humain : c'est l'histoire de l'espèce. Le sujet freudien est donc un exemplaire de l'espèce. Il y a une place au récit qui, comme une chronique, se raconte sur la durée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec Jung, en revanche, ce sont les figures mythiques ou symboliques qui traduisent non pas l'itinéraire de la réalité psychique du sujet mais l'état de son vécu psychique. Ainsi en va-t-il en effet de l'archétype de l'épouvantail (qu'on retrouve par ailleurs dans Batman). La question de la temporalité est laissée de côté : il est question d'état et non d'itinéraire. À cet égard, le sujet jungien est un sujet anhistorique : il ne se déploie, ne se raconte pas, il n'habite pas son histoire et son histoire ne le travaille pas. Le sujet jungien est d'emblée jeté dans le monde en tant que monde d'objets sans histoires. Une chose, chez Jung, est claire : le sujet est chosifié et cristallisé en tant que chose sans histoire, sans temporalité. Si le destin mythique est égal au destin de l'âme chez Freud, chez Jung c'est la fatalité de l'état qui prédomine : la question du devenir (i.e. que puis-je devenir ?) ne se pose pas. Son appareil théorique psychanalitique est en ce sens plus pessimiste. En dernière instance, chez Jung la question même du « traitement de la chose » ne se pose pas : ce serait l'aliénation de l'état du sujet ; état en-dehors duquel le sujet n'existe pas. Chez Freud, en revanche, la question du traitement se présente comme subversion ou détournement de l'histoire du sujet, laquelle histoire était en réalité détournée de son « itinéraire normal d'être humain » et se présentait comme « l'histoire d'un être devenu une chose étrangère à son humanité ».&lt;br /&gt;Cela dit, chez Jung comme chez Freud, une problématique revient au devant de la scène : l'Homme n'est pas une secte à lui seul, il est un mythe à lui seul. En cela, l'Homme aussi bien freudien que jungien est un homme primitif (comme l'est le mythe lui-même) et s'il se raconte et raconte sa maladie, il se récite comme un mythe ou se balbutie dans un langage « inorganisé » propre aux enfants. Aujourd'hui, on qualifie un tel ordre discursif, lequel se présente comme le discours automatique et comme pendant de l'écriture automatique, énonciation. C'est l'une des procédures thérapeutiques offertes généralement aux sujets affectés d'un trouble de stress post-traumatique (ou TSPT).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si Freud &amp;amp; Jung empruntent à la mythologie antique et se questionnent sur les réalités psychiques que ces mythes traduisent, Vonnegut, au contraire, symbolise le vécu psychique et crée ses propres symboles. Il est infiniment plus créatif ; la maladie psychique produit son propre répertoire culturel. Il y a sans doute, chez Vonnegut, une posture propre aux régimes ultra-libéraux : celle qui consiste à produire, à travailler ce qui nous travaille, etc. Toujours est-il que la maladie psychique est l'instituteur d'une collection d'images symboliques ou mythologiques nouvelles (la soucoupe volante pour traduire la réaction dissociative, le scaphandre pour traduire la plongée du sujet dans la dépression, etc). La posture de Vonnegut est donc plus active ; le récit pris en main. Il déploie des symboles modernes apparemment plus appropriés que les anciens symboles. Outre le caractère actif de la posture de Vonnegut, on peut noter sans doute le travail de la technocratie sur le sujet : le sujet est travaillé par une société « technocratiques » dans son devenir, transformé par elle, rendu « homme-robot » (chosifié) et les mythes anciens ne sauraient traduire ce rapport maladif ou cette maladie du lien à sa juste valeur, c'est pourquoi il faut à Vonnegut inventer de nouveaux mythes. S'il est question de rapport entre le sujet et « son monde », il est question d'un rapport de pouvoir, lequel se présente comme un pouvoir aliénant : en cela, il anéantirait l'être ou relèguerait l'être à un objet, un « quelque chose ». C'est la question du primat de la technologie, ou comme disait Saint Simon &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« substituée au gouvernement des hommes, l'administration des choses »&lt;/span&gt; laquelle attribuera un jour, à sa pipe, la faculté de nous fumer. Et c'est peut-être le pas qu'ont pris, par ailleurs, l'intégralité des auteurs de science-fiction même quand ils ne se l'avouent pas. En effet, peut-être l'intégralité des symboles propres à la science-fiction traduisent-ils une « nouvelle » réalité psychique et une nouvelle problématique : celle de l'Homme ultra-contemporain pris dans sa relation anxieuse à une société technocratique.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3106776698424016960?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3106776698424016960/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/lhomme-est-un-mythe-lui-seul.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3106776698424016960'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3106776698424016960'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/lhomme-est-un-mythe-lui-seul.html' title='L&apos;Homme est un mythe à lui seul'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-439081811419756672</id><published>2010-12-07T20:48:00.000+01:00</published><updated>2010-12-07T20:49:45.959+01:00</updated><title type='text'>Déjà vu</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Noyé dans un bref instant infusée de chaleur, je m'éternise en lui. M'est découvert un monde, lequel vit en ses yeux. J'ai vécu mille ans dans l'instant fugace, dans les mondes qu'on trouve en son coeur au plus profond, derrière le rideau du jour et de la nuit, un sourire levé, un châle en moins sur une noix tombée à côté de mon pied. Cette noix est tombée, mais cet instant se présentait à moi, se représentait à moi comme l'atome d'une éternité qui demeure. J'y ai senti comme une sensation de déjà vu, de celle dont il semble qu'entre la première fois où l'on avait vu et cette fois où l'on revoit, il n'y a aucune différence et il y a, tout en même temps, une éternité entre deux qui sont un. Tout ce qui est arrivé entre ces deux fois qui sont une seule et même fois s'était passé entre le moment et moi, j'ai plongé dans l'intimité infinie du moment. J'entends qu'il n'y a ni avant, ni après, ni entre mais seulement au fond, au fond de la surface, dans les profondeurs de la surface sur la couche du temps, une histoire qui n'est pas une histoire mais, au contraire, une éternité immobile et vacante. J'appelle ces expériences complétudes, plénitude ou délire. Qui ne fut jamais l'enfant d'un ciel étoilé, la signature de l'éternité et, en même temps, plus que la signature son confident à qui elle chuchote des mots d'amours, les mots «&lt;span style="font-style: italic;"&gt; je te prends pour mari, je te prends pour femme, unis l'un dans l'autre maintenant et à jamais »&lt;/span&gt; ?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-439081811419756672?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/439081811419756672/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/deja-vu.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/439081811419756672'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/439081811419756672'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/deja-vu.html' title='Déjà vu'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7670548862419597332</id><published>2010-12-06T20:05:00.003+01:00</published><updated>2010-12-06T20:36:43.705+01:00</updated><title type='text'>Le Destrier du Redoutable</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Chapitre premier&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;1&lt;/span&gt; Au commencement était le silence. À l'aube de sa tristesse, le silence se nia lui-même et suscita la musique telle que nous la connaissons. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;2&lt;/span&gt; On dit que la musique est l'embrun des regrets du silence, lequel porte le nom de Ginnungagap. Chaque larme tomba lourdement sur le sol taciturne du néant assourdissant ; quelques unes mourraient tandis ce que d'autres grimpaient comme une plante. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;3&lt;/span&gt; La vie fut déployée. Ce fut le premier jour. Dans l'écho du silence larmoyant, la première plante crût dans un fracas profond. La plante devint un arbre, et à l'arbre poussèrent neuf branches qui devinrent neuf mondes. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;4&lt;/span&gt; On dit que Nidhøgg, le coeur du silence et le coeur de tout ce qui vit, en garde jalousement la racine et la ronge tandis ce que les sommets de l'arbre atteignent les cieux rugissants : l'arbre est le seul témoin qu'il nous reste des jeux impudiques qui eurent lieu entre le silence et la musique, le néant et la vie. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;5&lt;/span&gt; Ce fut le deuxième jour. Ginnugagap baptisa cet arbre Yggdrasil tandis ce que les hommes lui donnèrent deux autres noms : l'Arbre-Monde et le Destrier du Redoutable. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;6&lt;/span&gt; Les fruits jaillirent des neufs branches qui étaient les neufs mondes. Dans le monde sous-terrain était  Nidhøgg qui rongeait l'Arbre-Monde. Dans le monde sous-terrain, un fruit rouge et un fruit bleu, jetés dans la même source, créèrent la lave et la glace tandis ce que dans le monde au-dessus, Midgard, le royaume des Hommes, les fruits devinrent des hommes, des femmes et des animaux. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;7&lt;/span&gt; Si toute vie se présente comme la triste larme d'un même silence, les Hommes sont les plus tristes d'entre elles. Ils eurent une descendance, laquelle occupa le royaume de Midgard. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;8&lt;/span&gt; À mesure qu'ils occupèrent leur terre, les Hommes y déposèrent leurs marques et leurs traces de pas : leur monde devint leur reflet, triste comme eux. &lt;span style="font-size:78%;"&gt;9&lt;/span&gt; Aujourd'hui, la terre des Hommes est le monde de l'incessante torture des émotions. Ce fut le troisième jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;In &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Mémorable des Neuf Mondes&lt;/span&gt; : Genesis (chapitre 1).&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait des « croac croac croac », il y avait des corbeaux. Le feu de bois éclairait le ciel et la flaque de sang aux pieds de Parn. On avait attaqué une villageoise qu'il croise tous les jours alors l'épée avait repris ses droits sur l'agression...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7670548862419597332?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7670548862419597332/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/le-destrier-du-redoutable.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7670548862419597332'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7670548862419597332'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/le-destrier-du-redoutable.html' title='Le Destrier du Redoutable'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-2849982555729806758</id><published>2010-12-05T20:12:00.002+01:00</published><updated>2010-12-05T20:24:40.105+01:00</updated><title type='text'>Qu'est-ce que le protestantisme ?</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Quand le commun parle du protestantisme, il entend le luthéranisme primitif, les mouvements réformés, le méthodisme, l'évangélisme voir même l'anglicanisme, etc. Mais &lt;span style="font-style: italic;"&gt;stricto sensu&lt;/span&gt;, le protestantisme ne recouvre pas ces mouvements. Le protestantisme est en vérité autre chose :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;ol&gt;&lt;li&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Grosso modo&lt;/span&gt;, autour de 1525, la grande question dans le Saint-Empire Romain-Germanique était &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« est-ce qu'on laisse Luther prêcher sa confession de foi ou non, et en plus en allemand ? »&lt;/span&gt;. L'Allemagne faisait partie du Saint-Empire Romain-Germanique mais était plus empire que sainte : elle était divisée en principautés (un peu comme l'Italie de la Renaissance) avec ses princes (dont Frédéric de Saxe dit « Frédéric le Sage »). Le pouvoir de l'empire « non-Saint » grandissait, et en même temps le pouvoir impérial était délocalisé, délégué pour ainsi dire aux princes. L'empereur (Charles Quint) devait concerter les princes avant de prendre une décision, surtout une décision de cette envergure. Il faut imaginer Charles Quint sur son trône, un délégué papal (romain) à sa droite, avec les princes en face. Les princes disent &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« non non, on n'accepte pas d'interdire à un homme (Luther) de prêcher la Parole de Dieu »,&lt;/span&gt; ils protestent et Luther est libre d'officier. À ce moment là, on ne parle pas encore de protestantisme.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ensuite, entre 1560-1570, en Allemagne le luthéranisme est assis, Luther est décédé, et en Suisse la position du calvinisme est aussi assurée (le calvinisme est un mouvement réformé, j'en parlerai plus tard). À nouveau on voit l'Empereur, un délégué papal et les princes allemands siéger sur une question d'ordre cultuelle. À nouveau, les princes &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;protestent&lt;/span&gt; : et c'est là que le luthéranisme est classifié comme &lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);"&gt;protestantisme&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;br /&gt;Alors pourquoi véritablement les princes ont protesté ? La question reste ouverte mais voici l'hypothèse la plus répandue : simplement parce que l'Église Catholique Romaine avait la main-mise sur la gestion et la distribution des propriétés privées (en particulier les terrains) et qu'ils voulaient gérer leurs propriétés privées à leur guise. Une chose, en tous cas, est certaine : le protestantisme est un luthéranisme non-primitif, c'est une appropriation du luthéranisme par les princes allemands. Conséquence ? Le luthéranisme stricto sensu se présente comme une appropriation de la théologie par l'éthique (ou le politique). À ce titre, la teneur, les enjeux et la qualité théologique du luthéranisme « protestantisé » se présente sous une nouvelle forme : une forme non-théologique, une forme éthique ou politique. Entre le luthéranisme primitif et le « luthéranisme comme protestantisme » la théologie est déplacée dans le camp de l'éthique : ça devient une « théologie pratique » ou une « théologie des intérêts politiques » alors que Luther était en vérité l'un des théologiens les moins pragmatiques (et aussi les plus naïfs !) de son temps. Bref, il y a travestissement. À mon avis, si tu veux parler du protestantisme &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;avec le plus de précisions&lt;/span&gt;, tu ne peux pas manquer de relever ce phénomène (je pense que dans le cadre de ton étude, il est de la plus haute importance).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par suite, comme il y avait de plus en plus de mouvements chrétiens subversifs vis-à-vis du catholicisme, on a trouvé bon de les classifier sous un seul terme : le protestantisme. Le terme a pris son sens large, ce qu'il désignait s'est élargi pour des raisons pratiques (i.e. il fallait bien classifier tous ces nouveaux mouvements pour pouvoir les désigner comme ennemis ou amis sans se compliquer la tâche à distinguer le calvinisme du luthéranisme du mouvement de Zwingli, etc). On a donc nommé protestants l'ensemble des mouvements chrétiens qui avaient en commun les trois caractères suivants :&lt;br /&gt;&lt;ol&gt;&lt;li&gt;Le fait d'être subversifs à l'égard de la doctrine catholique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Le fait d'être à la base de protestations, voir d'émeutes, de tueries (cf. Calvinisme) ou de guerres (cf. Luthéranisme, anglicanisme).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Le fait d'être fondé sur les textes de PAUL plutôt que sur ceux de PIERRE (aujourd'hui encore le catholicisme est « la tradition de Pierre », le plus grand monument et lieu cultuel catholique « la basilique Saint-Pierre de Rome », et le protestantisme une « tradition paulinienne »). Ce caractère là est d'une priorité moindre (j'expliquerai en quoi).&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commençons d'abord par des considérations d'ordre général. Il y a des piliers qui supportent plus ou moins toute école protestante (au sens large). Ceux-ci sont énoncés clairement par Luther :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;ol&gt;&lt;li&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Sola Scriptura&lt;/span&gt; (par l'écriture seule). Il faut revenir aux Écritures : la Bible est seule fondatrice d'un acte de foi ; les théologiens et scolastiques ne sont pas significatifs.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Sola Deus Gratia&lt;/span&gt; (par la grâce seule de Dieu). C'est-à-dire que le pouvoir temporel est clairement distinct du pouvoir spirituel. Le pouvoir temporel ne commande pas aux cieux (il ne gracie ni ne puni au nom de l'Éternel). Luther développe la chose, par exemple, lorsqu'il parle de la consubstantiation : le prêtre n'est pas celui qui appelle le corps du Christ dans l'hostie car le Christ y était déjà. (la conception de Calvin est encore plus radicale puisque l'hostie est SYMBOLIQUE du corps du Christ et que la présence de celui-ci n'est jamais réelle).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Sola Fide&lt;/span&gt; (par la foi seule). Quoi que l'Homme fasse, il est incapable de mériter son Salut / incapable de travailler à son Salut. La foi seule, et non les bonnes oeuvres, l'achat d'indulgences ou le confessionnal permet de s'assurer le Salut (et encore, ça n'est jamais assuré chez Luther !). Ce pilier disqualifie donc les bonnes oeuvres (il n'y a que des mauvaises oeuvres humaines, quand une oeuvre humaine est bonne, c'est la bonté de Dieu qui y transparaît et et qui transparaît grâce ou à cause à la faiblesse de l'Homme), le trafique d'indulgences et le confessionnal. Philosophiquement, c'est intéressant : il y a, chez Luther, une forme de substantialisme. C'est-à-dire que le mal dans l'action de l'Homme est la signature de ce qu'il est « essentiellement » depuis le péché d'Adam (i.e. un pécheur).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Ecclesia semper reformanda&lt;/span&gt; (l'église doit se réformer sans cesse). Ça confère, à l'église, un caractère éthique (au sens kierkegaardien cette fois) que Luther développera pourtant très peu (contrairement à Calvin dont la théologie fait figure de « théologie rurale » ou « théologie communautaire » et qui est clairement axée sur la valorisation de la minorité).&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;br /&gt;Considérations d'ordre plus particulières maintenant : 1517, des missionnaires romains en Allemagne vendent des indulgences extraordinaires : concrètement, ce sont des papiers avec un cachet de cire, et l'acquisition d'un de ces papiers garanti à soi ou à un tiers (on décide au nom de qui on le signe) d'écourter sa peine au Purgatoire. En 1517, les indulgences sont monnayées (i.e. contre de l'argent liquide) alors que les siècles précédents, c'était « monnayé » contre des pèlerinages, des flagellations, etc. Il faut savoir que Rome avait besoin d'argent pour : (1) construire la basilique Saint-Pierre de Rome, (2) mener la guerre d'Italie à bien, (3) rembourser la dette d'un certain nombre clergymans.&lt;br /&gt;Que fait Luther en 1517 ? Il publie &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;95 Thèses&lt;/span&gt; (ou &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Sermon sur la vertu des indulgences et de la grâce&lt;/span&gt;) qu'il vient à peine de rédiger. Il publie le document contre la porte de la chapelle de Wittenberg. Des étudiants copient le document et participent de sa diffusion ; de son côté Luther en envoie une copie au Pape à Rome : c'est le scandale. Que dit Luther dans ces thèses (qu'on trouve en entier sur wiki) ? Grosso modo, il dit que le pouvoir temporel est incapable de remettre les peines imposées par le pouvoir céleste (c'est-à-dire Dieu). Deuxièmement, il égalise les hommes devant Dieu (i.e. tous égaux devant Dieu, et le Pape et les soit-disant Saints et les curés ne font pas exception à la règle). Il y a quelque chose de très intéressant là-dedans : c'est l'individuation de l'éthique. C'est l'expression qu'on utilise en général pour désigner le &lt;span style="color: rgb(51, 51, 255);"&gt;face à face &lt;/span&gt;entre l'individu singulier et Dieu (et sa Loi). Éthique, ici, est à prendre au sens d'éthique religieuse (l'éthique de K n'est pas cette éthique là, bien au contraire).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre polémiques aux incidences qui t'intéresseront : en ce temps là, Marie était présentée comme la miséricordieuse tandis ce que Dieu était présenté comme celui du jugement (le dieu sévère et castrateur plutôt que le Dieu d'amour). Là encore, Luther refuse. Il n'y a qu'un seul amour, une seule source d'amour véritable : Dieu lui-même. Incidences ? Non seulement il critique encore une fois ce que l'Église fait des cieux, mais en plus il remet le pouvoir et surtout « le pouvoir de l'Amour » dans les seules mains de Dieu. Forcément, il y a déplacement au sens où le clergé est destitué de ce pouvoir dans une certaine mesure : là encore Luther égalise les hommes devant Dieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant, quelque chose de très intéressant qui nous permettra de recouper le luthéranisme primitif avec les autres mouvements protestants largo senso : si Dieu est le seul capable d'aimer (K rappelle d'ailleurs &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Dieu n'a qu'une seule passion : aimer et vouloir être aimé. C'est pourquoi il a voulu étudier existentiellement avec les Hommes ce qu'est aimer, et les divers modalités selon lesquels on peut aimer »&lt;/span&gt;) l'Homme est donc incapable d'aimer. C'est d'ailleurs le péché majeur eu égard à Luther : on ne peut pas aimer Dieu comme il se doit, se rendre à lieu amoureusement comme il se doit, on est incapable de l'honorer et de le sanctifier par notre amour. Il y a là un mouvement intéressant : pour paraphraser Popper, je parlerais de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;pessimisme existentiel&lt;/span&gt; (i.e. l'homme incapable d'aimer). Il y a aussi une autre forme de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;pessimisme existentiel&lt;/span&gt; : si Jésus-Christ a vaincu la mort (les puissances de la vie gagnent sur celles de la mort : c'est ce qu'on appelle la toute-puissance ou la victoire eschatologique) l'Homme en est incapable. Venons en à Popper car c'est peut-être plus dans ton sujet : lui parle de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;pessimisme épistémologique&lt;/span&gt; dans le cadre de la pensée de Luther. Kesako ? L'homme est incapable de connaître. Il doit toujours conclure ses prières par &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« non comme je veux, Seigneur, mais comme tu veux »&lt;/span&gt; ; il doit dire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« donne-moi les oreilles pour entendre, les yeux pour voir et les oreilles pour parler » &lt;/span&gt;; il doit dire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« la force de ta Parole se manifeste à travers la faiblesse de ma parole »&lt;/span&gt; ; il doit dire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« ma raison est étrangère à la Raison de Dieu »&lt;/span&gt; : c'est ainsi que le luthéranisme (et la plupart des mouvements protestants &lt;span style="font-style: italic;"&gt;largo sensu&lt;/span&gt;, mais aussi quelques jésuites comme par exemple Michel de Certeau) comprend la dimension sacrificielle de la mort du Christ. C'est le sacrifice de la raison des Hommes, qui de toute manière est folie à la Raison de Dieu, étrangère à la Raison de Dieu. C'est ce que Popper qualifie de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;posture épistémologique pesssimiste&lt;/span&gt;. Ces formes de pessimisme, en tous cas, emphasent eux aussi le principe de l'individuation de l'éthique. Ce n'est pas seulement l'individu face à Dieu, c'est l'individu tout petit et pécheur face à un Dieu immense, lointain, Tout-Puissant et infiniment Amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et sur ces points (pessimisme existentiel, pessimisme épistémologique) les mouvements réformés ne sont pas d'accord. Alors qu'est-ce qu'un mouvement réformé ? Avant que ne s'institue le luthéranisme, certains théologiens catholiques avaient déjà dans l'idée de réformer l'Église Catholique Romaine de l'intérieur. Ils avaient l'intention de ne pas faire de sauts, de ne pas instituer de rupture, mais de renouveler le catholicisme. En même temps, ce renouvellement devait passer par un retour au catholicisme primitif. La plupart des théologiens tenants de cette refonte étaient donc des humanistes au sens propre, c'est-à-dire des gens de Lettres (grec, hébreux, latin, etc) rompus aux études des textes anciens. Erasme et Zwingli sont probablement les plus connus de ces humanistes tenants de la refonte comme « retour au primitif ». Cette refonte devait porter le nom de &lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(51, 51, 255);"&gt;réforme&lt;/span&gt;. Cela dit, les réformes en question (Calvin, Zwingli) se sont rapidement instituées en rupture, ont provoqué des émeutes, des massacres, etc. Déviées de leurs projets originels, en rupture avec l'Église Catholique Romaine, elles furent donc qualifiées de « mouvements protestants » (c'est à cette époque que le protestantisme est devenu une classification fourre-tout sous laquelle on mettait tout ce qui était en rupture avec l'Église Catholique Romaine).&lt;br /&gt;Marx considérait le protestantisme comme l'instituteur de la valeur du travail et la source du libéralisme. Cela dit, il méconnaissait la question. Son hypothèse était celle-ci : &lt;span style="color: rgb(0, 102, 0);"&gt;l'individuation propre aux mouvements protestants institue une valeur salutaire au travail comme « souci religieux de Dieu, de la communauté de familles et de soi ».&lt;/span&gt; C'est peut-être vrai du protestantisme au sens strict, c'est-à-dire du protestantisme en tant que « chose politique » (appropriée) mais ce n'est pas vrai des mouvements réformés, luthériens, évangéliques en tant que doctrines théologiques. En effet, dans le cadre des doctrines théologiques, Dieu seul peut se soucier (au sens de : Aimer), Dieu seul est créateur (créateur ou instituteur de valeurs) ET l'Homme est inapte à travailler en bien (cf. Sola Fide, Sola Deus Gratia). Cela dit, la question est complexe : on pourrait s'interroger sur le rapport entre le protestantisme comme chose politiques, les mouvements comme pures doctrines théologiques, et la réception qui en fut faite par la majorité et par la vox populi. Sans doute la réception a-t-elle travesti les mouvements théologiques (il n'y a qu'à se rappeler comment une réplique de Luther déclencha, dit-on, la  guerre des paysans) et sans doute est-ce de cette réception que parle Marx sans pour autant vraiment préciser les choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un homme a toujours refusé de s'allier aux mouvements réformés ainsi qu'à celui de Luther. Il fut d'ailleurs l'un des contradicteurs les plus significatifs de Luther : c'est Erasme. Alors pourquoi ? Parce qu'Erasme était partisan d'une réforme de l'Église Catholique par l'Église Catholique, douce, sans saut et sans rupture, c'est un fait, mais il y a bien plus important. Calvin et Luther tenaient trop de la tradition paulinienne au goùt de Luther. Et qu'est-ce qui est le propre de la tradition paulinienne ? Le pessimisme existentiel et le pessimisme épistémologique. Hors, on sait que, comme les Lumières, les humanistes tiennent à faire sortir la minorité de leur minorité, qu'ils tiennent aux pouvoirs et aux capacités de l'Homme sur son « destin », sa connaissance, son amour, ses décisions. À ma connaisance, Zwingli est d'ailleurs le seul humaniste qui se soit lancé dans la réforme comme « chose protestante ». Alors qu'on fait les autres humanistes ? Ils ont travaillé à une refonte de l'Église Catholique par l'Église Catholique sans faire de sauts, comme ils en avaient l'intention dès le commencement. Ça leur était devenu facile : il leur suffisait de se mettre à la hauteur des protestants (lesquels étudiaient très peu les théologiens mais connaissaient la bible sur le bout des doigts ; lesquels désamorçaient les raisonnements des scolastiques catholiques simplement en montrant à quel endroit la Bible affirmait le contraire, etc.). La refonte catholique « en douceur et par les humanistes » s'institua donc contre le protestantisme, et plus précisément contre les mouvements réformés : on qualifie cette refonte de &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;contre-réforme&lt;/span&gt;. Les humanistes ensuite cédèrent la place à d'autres théologiens tout aussi rompus à l'hébreux, au grec, au latin et au capital culturel hébraïque et greco-romain mais ceux-ci plus disposés à la violence verbale et physique (sans toutefois qu'ils ne soient disposés à rompre avec l'Église Catholique) :  ces théologiens constituèrent un ordre, cet ordre s'institua sous la forme d'un ordre pratiquement militaire (ou militaro-religieux). Il est connu sous le nom de :&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; l'ordre des jésuites&lt;/span&gt;.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-2849982555729806758?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/2849982555729806758/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/quest-ce-que-le-protestantisme.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2849982555729806758'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2849982555729806758'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/quest-ce-que-le-protestantisme.html' title='Qu&apos;est-ce que le protestantisme ?'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4526210263382886425</id><published>2010-12-05T14:52:00.000+01:00</published><updated>2010-12-05T15:10:35.554+01:00</updated><title type='text'>Origine</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'aube de sa vie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Six heures et quarante-cinq minutes – Blême de fatigue, l'indexe tout contre le bouton de son réveil-matin, Adam s'éveillait . La lueur du matin couchait son corps sur les pupilles d'Adam. Et elle était si lourde pour que lui prennent un mal de tête. Ses yeux marrons morts et ses cheveux châtains ébouriffés, il restait assis à côté de la fenêtre de sa chambre, assis sur son matelas, soutenu par ses bras minces et blafards. La chambre baignait dans l'éclat orangé des six heures, et Adam était orange et noir, la silhouette découpée par les dents du soleil. Il était fait d'ombre et de lumière – à l'aube. Les corbeaux, au dehors, graillaient pendant qu'il revenait doucement à lui. L'apparence d'un pastel encore fluide, la ville baignait dans une lueur tamisée. Le temps s'écoulait. De fines et longues lignes à haute tension défiguraient le ciel. Elles étaient floues.&lt;br /&gt;- Le soleil se lève, la vie s'érige. Et pourtant, je n'aime pas ça. »&lt;br /&gt; Six heure quarante-six, une longue minute a passé – Adam a aimé ces minutes dont il était le propriétaire. À peine revenu à lui, il était à nouveau jeté le monde. Dressé dans les survêtements qu'il avait porté toute la nuit, il se levait maladroitement en vue d'aller dans sa petite salle de bain que, pourtant, il ne voyait pas. En chemin, son regard et son attention s'inclinaient absolument sur son curriculum vitae tandis que le reste de lui marchait à grand pas vers la salle de bain de son petit appartement, arraché. Comme le sommeil de la conscience appelle celui de la pensée, il ne pensait pas à l'Adam mécanique. Ainsi ne se rappelait-il jamais comment il parvenait, chaque matin, jusqu'à la baignoire.&lt;br /&gt;Six heures quarante-sept – La main craintive de l'étudiant tâtonnait autour de l'immense interrupteur qu'on trouve dans sa salle de bain. Pourquoi pensait-il à son curriculum vitae ? Il l'ignore. Après tout, aujourd'hui et demain seraient faits d'études universitaires. Halas ! Adam n'était point encore appelé à se produire ni à se vendre. Son curriculum demeurait sans auditoire mais il figurait tout de même une chaleureuse compresse sur son c?ur. Il trouva l'interrupteur qu'il avait longtemps cherché, et appuya. Adam préférait se souler de faux jours que de baigner dans la lumière du soleil, surtout le matin. Il ferma la porte. Comme la pendule de la pièce indiquait six heures quarante-huit, il avait perdu trois minutes de son temps.&lt;br /&gt;La main gauche agrippée au débord de la baignoire, le pied droite posé sur le gouffre d'évacuation – au fin fond de la baignoire, il ramenait maintenant le reste de son corps dans l'affreuse cuve blanche. Et se douchant, se frottant, justement l'eau bouillante se transformait en boue chaude. Loin de l'horloge, de l'interrupteur, de sa biographie d'homme d'affaire et du réveil matin, l'attention d'Adam portait sur une image confuse : en se lavant, il avait l'impression de laver du riz – « nettoyer le riz jusqu'à ce que l'eau soit transparente » disait la notice d'emballage. Il revenait, d'une manière ou d'une autre à penser, sinon au travail, au marketing. Adam ignorait l'heure – mais le lecteur sera rassuré d'apprendre que notre étudiant n'a pas encore manqué son train. Il vivait six heures cinquante-huit lorsque, à la vue de l'eau enfin suffisamment blafarde, il enfonça le « trigger » de la douche afin que l'eau ne s'écoule plus que par les robinet. Mouvement inutile mais rituel : il le réalisait constamment avant que de visser sévèrement les poignées qui stoppent l'arrivée d'eau.&lt;br /&gt;Les gouttelettes quittaient son corps imberbe, tombaient à terre, et rythmait un « tic-tac » auquel il était indifférent. Le rythme donné, néanmoins, Adam s'appuyait sur le rebord de la baignoire et passait son corps soutenu au-dessus d'elle. Et comme il avait laissé le linge en-dehors de sa salle de bain, son corps dans la pièce et ses yeux révulsés, son bras solitaire hésitait en recherche de la pièce de tissus. Rapidement, l'Homme trouva l'étoffe et la ramena sur son corps qu'il frottait doucement., après quoi il ébouriffait ses cheveux de gestes frénétiques et répétitifs. Réconcilié avec le temps, il jeta promptement un ?il sur l'horloge qui indiquait six heures cinquante-huit. Son train venait et repartait aux alentours de sept heures trente-sept, et la triste gare, plateforme où l'on fait ses adieux, ne se trouvait qu'à une minute, à pieds – à petits pas – de son appartement. Les corbeaux blancs, au-dehors, craillaient à nouveau tandis ce qu'Adam se précipitait dans sa chambre, le linge orange pressé autour de sa taille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Transporté&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;« C'est la force forte de toute force : car elle vaincra&lt;br /&gt;toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. »&lt;br /&gt;Hermes  Trismégiste, La table d'émeraude&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Stations X – Comme il entrait dans le train, la place qu'il occupe habituellement laissée vacante, il allait s'y asseoir. Au milieu du train, dans la rangée de droite, en face d'Adam, une jeune écolière aux sourcils fins et au sourire lumineux parcourait, non sans l'apparence du plus vif intérêt, un livre éducatif comme il arrive qu'on se délecte d'un conte pour enfants : « Justine ou les malheurs de la vertu » . Les lèvres flamboyantes de la jeune fille se couchaient sur les yeux d'Adam (ou était-ce l'inverse ?) et il souffrait.&lt;br /&gt;Comme elle lui avait semblé d'abord à converser, elle se déroba pourtant. Adam ne portait  aucune attention à la fille devenue silhouette lorsqu'elle sortait du train. Il ignorait le « chouk chouk » et le nom de la station, laquelle il était pourtant disposé à voir : Jouxtens et quelque chose.&lt;br /&gt;Ses pensées se fluidifiaient, elle coulaient en lui comme un ruisseau qui ne laisse ni marques, ni traces, ni douleurs. Adam n'en gardait jamais la mémoire. Ces pensées faisaient partie de celles si particulières dont il ne subsiste aucun vestige. Ce sont des pensées qui se rêvent et s'oublient.  Comme elles ne laissent aucune trace, nul ne saurait partir en quête après elles ; Adam le désirait ardemment, pourtant, et ce désir était le grill où son âme brûlait de douleur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Franc désespoir&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;« Je suis ... moi-même. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il neigeait tant sur Paris qu'on ne savait plus s'il neigeait[...] s'il neigeait sur Paris, ou si c'est la ville qui neige vers le ciel.&lt;br /&gt;- « le ciel est en joyeuse extase » pensait Adam, « c'est le sperme céleste ». Et en effet les cieux se mourraient – d'une petite mort. Une lance de soleil rougeoyant caressait ses paupières closes, la conscience ensoleillée. Adam regarda en bas, et tout en lui épousait ce mouvement désarticulé. Profondément touché, il était pourtant sans douleur. Il toussota, ramena à lui son écharpe qui, dans un mouvement dansant, riait et montrait l'horizon, passa sa main droite au devant de sa bouche et l'y plongea dans la poche de son pantalon. Il n'était point d'heure mais il était des couleurs. Le clocher, pourtant, sonnait le glas d'un air timide.&lt;br /&gt;Puis, de l'immeuble, il se dépris et s'enticha des immeubles qui lorgnaient sa droite. Les yeux clos, il observait, respirait les couleurs portées par le vent. Les doux quartiers résidentiels, les tendres humains, les doux flocons qui toujours dansent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le ciel grelotait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et d'Adam à lui-même :&lt;br /&gt;– « Être humain, Il me faut vivre ma relation à Dieu en surplus, ou pour mieux dire : en conscience. Si je perds cette conscience, l'Éternel cesse d'être en moi. Si tous les Hommes la perdent, Il cesse absolument d'être. La relation à Dieu n'a ni papier ni statut civil. Elle n'existe que si à chaque génération, des hommes se reconnaissent liés. A cette heure, des enfants naissent sur la Terre. Seront-ils liés à Lui ? Nul ne le sait. A chacun, l'âge venu, la découverte ou l'ignorance. »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4526210263382886425?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4526210263382886425/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/origine.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4526210263382886425'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4526210263382886425'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/origine.html' title='Origine'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5659791578069929910</id><published>2010-12-01T20:58:00.004+01:00</published><updated>2010-12-01T21:18:55.907+01:00</updated><title type='text'>Un beau jour, une nuit</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La terre s'est détournée du soleil, la nuit tombée, il est 23 heures, j'engloutis deux sandwiches cubain, je bois un gorgée de soda de la bouteille à côté de mon lit, je suis allongé dans mon lit, l'ordinateur portable sur la couverture comme elle est posée sur mes genoux frileux. La double porte blanche et vitrée de ma chambre est fermée, le faux jour brille au-dessus de moi, tout est sûr pour écrire ; le faux jour surtout. Je commente le projet de mémoire d'un ami : l'étude porte sur quelque chose en philosophie politique. Un commentaire posé, je le relis dans mon esprit puisqu'il est « stické » tout contre les parois intérieures de mon crâne, dans une zone de mémoire. Aussitôt fait, je juge ma scolie plutôt médiocre et cependant je continue de parcourir le document de mon ami, et je persiste dans mes annotations. Son travail me procure une bouffée d'air frais. Il est stupéfiant : les références de l'ami sont similaires aux miennes mais son vocabulaire et ses disposition d'esprit sont foncièrement différentes. Il me permet de sortir de moi-même : je me repose sur les pages chaleureuse de mon écran d'ordinateur, j'y découvre un autre monde, un lit nouveau frais dressé. Et tandis ce que j'écris quelques commentaires ça et là, mon attention se perd dans de stupides questions de formes : le texte de l'ami est noir sur blanc, je dois trouver la couleur appropriée pour mes commentaires. Surligner simplement en jaune mes scolies ne le fait pas : c'est trop agressif il me semble. Je me saisis d'une bouteille vide à côté de moi et dans laquelle il y avait, hier encore, du yogourt liquide à la pêche ; j'en dévisse le bouchon, assurément, et je la dispose à ma gauche, contre ma cuisse, la tête assurée contre les rives de mon ordinateur portable. Sur ce, j'allume une clope et je continue de parcourir le document de mon ami, presque mot à mots comme ils sont si différents des miens, un peu arides et toutefois si propres à évoquer en moi des centaines d'idées vivantes et des milliers de jalousie. La clope un peu consumée, je projette les cendres dans l'ex bouteille de yogourt : c'est ce que je fais toujours. À cet instant je ferme mon oeil droite pour éviter que la fumée acide du rouleau blanc que je fume ne l'affecte. J'ai annoté un peu le projet de mémoire d'universitaire quand il me semble que le bleu que j'ai choisi pour mes dites annotations me semble lui aussi trop agressif. Et puis je me dis en moi-même que le bleu n'est pas l'agressif dans cette affaire : c'est moi. Je garde le document ouvert mais je ramène une fenêtre en avant de lui, elle occupe tout l'écran, c'est la fenêtre de Windows Photo Gallery avec la photo de quelqu'un sur qui j'ai, dit-on, flashé. Ceci fait, je vogue dans mon navigateur de documents, je cherche, je trouve un extrait de vidéos que je mets en boucle pour changer celui qui passait depuis le début d'après midi : ça fait partie de mon rituel, c'est une nécessité vitale, c'est mon foyer quand je suis sans domicile fixe, c'est là que je trouve mes repères et ma sécurité – là et dans le faux jour qui m'embrasse. Passent en boucle des extraits de séries ou de films que je produits moi-même (les extraits, pas les films). Celui-si se déroule sur une minute et quarante-sept secondes, il provient de DEXTER, et c'est celui-ci précisément qui m'inspirai l'article qu'on trouve un peu plus en bas de mon blog : &lt;strong&gt;Le timonier et la dépression&lt;/strong&gt;. Je déprime assurément plus que je ne suis timonier, cela dit mon indisposition d'esprit ne m'empêche pas d'essayer de ranimer ma flamme. Et je suis « réaliste », je sais que tantôt viendra la seconde où je ne jurerai que par l'attitude du timonier : c'est des passades, la roue tourne mais c'est une roue. Et puis l'article fera sourire ceux que j'aime : ils penseront que je suis d'humeur combative alors qu'en cet instant précis, je ne suis d'humeur à rien. Je reviens à Windows Photo Gallery et la photo qu'il y a d'ouverte dans ledit logiciel. De toute manière, je n'ai pas besoin de regarder l'extrait cinématographique que j'ai disposé de sorte à ce qu'il tourne en boucle, il me suffit de l'écouter, de l'écouter simplement en regardant cette photo captivante, jusqu'à ce que je l'entends sans l'écouter, jusqu'à ce qu'ensuite je ne l'entende plus. Il ne restera que mes yeux posés sur une photo, mes oreilles soulées rendues sourdes, et mon délire ardent accroché à la photo du garçon. Tout mon délire est dans mes yeux. Le document de mon ami est toujours ouvert, mais au-dessous des deux fenêtres qui ont occupé mon attention depuis : VLC pour la vidéo et Windows Photo Gallery pour la photo. Les heures sur l'horloge de ma chambre passent, les jours et les nuitées dans mon imagination active passent, je suis très occupé de rien – de rien d'autre que de m'imaginer avec le garçon représenté sur la photo. Lui l'immortalisé, l'immortel, le beau et jeune avec son bonnet qui ne va qu'à lui. Tout à l'Apollon, ennuyé de moi-même, souhaitant être rapatrié à moi, je suis déçu par moi et par les commentaires que j'ai posés dans le document de mon ami. Sur ce, je décide de fermer le document et j'en ouvre un autre. J'écris un titre : &lt;strong&gt;« NOUS, PUTES SUR FACEBOOK »&lt;/strong&gt;, lequel je passe dans un fonte propre aux titres des articles journalistiques (&lt;em&gt;IMPACT&lt;/em&gt;) : oui, cet article doit faire son impacte. « But a good sailor doesn't fight against these elements » dit la vidéo qui passe en boucle tandis ce que reste muet le garçon au bonnet blanc / blanc bonnet. Le projet de mémoire de mon ami attendra, ma porte est toujours fermée, la bouteille de yogourt bien remplie, j'éteins la lueur pâle qui baignait mon corps et puis mon crâne, il est 6 heures du matin. J'ai rédigé 3 pages d'articles sur la « prostitution au sens figuré dans le cadre de Facebook » et je ne suis satisfait que des deux premières. Je ne trouverai pas le sommeil tant que je ne serai pas satisfait de l'entier. Entre ces trois pages assurément, je me perdis dans la forme et les couleurs, les Notes et les alinéas surlignés de jaune, la désagréable impression d'être médiocre, agressif ou inutile dans mes activités, et les jours et les nuitées et les espaces infinis et infiniment intimes passés avec la photo et le garçon et DEXTER qui parle du bon marin. Demain, nous sommes déjà demain... demain, je mettrai une image de Dexter Morgan sur mon profil Facebook. Il est 6 heures 10 du matin quand j'écris cet article, il y a deux mini bouteilles de yogourt à mon chevet, la grande bouteille à côté de mon lit, je suis dans la même position que j'étais à 23 heures. Il n'y a plus de Coca Cola. J'ai soif. Cela dit, cet article-ci a plus ou moins passé l'éponge sur NOUS, PUTES SUR FACEBOOK : si je trouve la force de mettre fin à la vidéo de DEXTER, je peux me reposer. Quant à l'article sur la « prostitution » rapportée à Facebook, ses lignes ressurgiront sur le tableau dans mon crâne, dans la région de ma mémoire et de mon enthousiasme lorsque, demain dans la nuit, le faux jour révélera les choses à présent évanouies.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5659791578069929910?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5659791578069929910/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/un-beau-jour-une-nuit.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5659791578069929910'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5659791578069929910'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/un-beau-jour-une-nuit.html' title='Un beau jour, une nuit'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-534889695074938249</id><published>2010-12-01T20:53:00.001+01:00</published><updated>2010-12-01T21:04:43.276+01:00</updated><title type='text'>Le timonier et la dépression</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Le fond des océans attire l'Homme depuis la nuit des temps, mais ce n'est pas pour autant son milieu naturel. En tant que biotope étranger, les abysses lui sont dangereuses, il ne s'y retrouve pas, une poire d'angoisse dans la gorge ; le tissus des eaux obscurs au-dessus des yeux, un sel amer dans la bouche. Ressacs, embruns, courants et vagues, chacun présente son propre hasard, aucun ne peut être ignoré. Au fond, il arrive que la plus petite carence de jugement se présente comme une erreur considérable de laquelle on ne récupère jamais. Il n'est pas une profondeur qui n'emphase les mauvais pas. Cela dit, un bon marin ne lutte pas contre ces éléments, il vogue de concert avec eux, les utilise à son avantage, et toujours il revient sain à son foyer tandis ce que d'autres, moins fortunés, se meurent dans les eaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme j'observe la lune, je me demande si Clara plonge son regard dans l'astre blanc au même moment. J'aime cette idée : connectés par un clair de lune, reliés par la lumière dans une nuit indigente.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-534889695074938249?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/534889695074938249/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/le-timonier-et-la-depression.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/534889695074938249'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/534889695074938249'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/12/le-timonier-et-la-depression.html' title='Le timonier et la dépression'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-619892162298055199</id><published>2010-11-30T18:29:00.000+01:00</published><updated>2010-11-30T18:30:40.183+01:00</updated><title type='text'>Fable en imposte</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il était une fois une Réflexion esseulée, laquelle tentait de se saisir elle-même, de saisir une vérité sur elle, de voir son propre visage sans passer par un miroir ; elle rêvait de se présenter à elle-même et de ne faire qu'un avec elle-même. Elle ignorait qui elle était, et en désespérait... souvent. C'est ainsi que Réflexion devint, quelques pas plus tard et à force d'enquêtes, sa propre histoire, sa propre tradition orale, et aussi son propre conteur et son plus fidèle orateur. Elle se racontait, à elle-même, l'histoire de sa propre histoire, l'histoire de sa grande éternité. Attentive, elle se trouvait quelques temps fabuleuses ; immensément fabuleuse et fabuleusement immense. Quelques fois se présentait-elle à elle-même, s'aimait-elle elle-même, divorçait d'elle-même. Et comme elle avait le sentiment que son histoire fleurtait avec l'éternité, que l'éternité n'était guère plus étrangère à son histoire, elle se disait être plus qu'un accident historique, un phénomène de mode ou une simple occasion : elle pensait être l'exception. Cette jeune Réflexion, alors devenue grande devint sa propre nécessité ; elle se disait en son fort intérieur « je suis nécessaire, mon existence est nécessaire. » Elle décida alors de changer de prénom : le nom de « Réflexion » avait souvent été maltraité par ses camarades d'école, et elle choisi le nom Fable. Il lui semblait avoir rajeuni car elle se racontait non plus seulement à elle-même mais aussi aux enfants.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-619892162298055199?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/619892162298055199/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fable-en-imposte.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/619892162298055199'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/619892162298055199'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fable-en-imposte.html' title='Fable en imposte'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-1318291363100743900</id><published>2010-11-30T18:24:00.000+01:00</published><updated>2010-11-30T18:27:36.600+01:00</updated><title type='text'>Fais pendre ton chat</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'amour est dans mes yeux. Dans ma plume c'est autre chose.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les temps touchent à sa fin. Il n'y a que moi et ma page à noircir, couchés, engloutis sous les drapes d'un trou béant. Au trou le monde est suspendu comme un hochet tandis ce que les enfants d'hommes s'amusent avec le jouet. Ô monde, ancre pénible et lourde, si je coupais le fil, ton visage dérobé serait bouffé par l'oubli et la faim. La page blanche m'apostrophe impoliment, imprime ses alinéas dedans mon âme qui se produisent comme tant d'aléas : je suis un auteur, quand il n'est pas un Dieu qui ne les comprenne. Et assis dans le désert mexicain, celui de sable blanc, il y a un loup noyé dans son ombre fraîche et diluée, dans les ondes noiraudes imbibées du jour. Quand on est un auteur, on est semblable à l'animal perdu dans l'incongru. Mon délire ardent fond comme l'horloge de Deali : de toute évidence, c'est la fin des temps. Eh ! J'ai tout oublié, cependant ce soir je suis Rimbaud, il y a des gens qui m'aiment, il me faut quelques mots pour t'écrire un poème. Quand on est un auteur, on jette aux arènes, tes amants et ton chien et ton dernier Verlaine. Tout auteur est assassin en vérité, au creux de son ennui brillant comme une lame. Mais moi encore, dans ma vie de tournée, je couche mon fracas au creux du nombril de Littérature. Chose couchée, je roule au-dessus de vous pour vous achever : faudra pas se retourner. Je serai l'accident sur le bord de ta route. Je tu suspendrai; ferai épookhé ; et je ferai pendre ton félin. Dans le silence, un coup de feu : le temps de fermer les yeux. La nuit et ses volets fermés, les yeux d'un chat tout étonnés au bout de mon fusil[...] Mais ce soir il est tard, je ne suis plus que moi et je veux repartir, voguer sur l'océan des fins, au-delà mon naseau et mes phalanges !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais écris, écris, voyage sous la torture de la raison ! Elle se prend tout des soupirs ébouillantés qu'elle extirpe à la folie. Ah ! Pauvre raison ! Pauvre, tu l'as cherché.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-1318291363100743900?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/1318291363100743900/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fais-pendre-ton-chat.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1318291363100743900'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1318291363100743900'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fais-pendre-ton-chat.html' title='Fais pendre ton chat'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-8341063537888799525</id><published>2010-11-29T20:01:00.005+01:00</published><updated>2010-11-29T20:26:33.541+01:00</updated><title type='text'>Posthumes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;1. J'ai quitté &lt;em&gt;« la ternissure que me causaient mes voisins, ma patrie et mes parents »&lt;/em&gt; ainsi qu'Abraham fit. Lui était appelé par le Seigneur, et il serait transfiguré par Lui, après quoi seulement il pourrait retourner auprès de sa famille tout différent de ce qu'il était avant. Il partait terni et revenait en un sens sanctifié. Je devais cesser de suivre les études de Théologie et je devais partir pour faire connaître ensuite, à mes proches, la présence d'un moi renouvelé. Je le devais : c'était une injonction religieuse. Si je ne la suivais pas, j'allais mourir en Europe mais qu'importe ? Si je ne levais pas le pied, j'allais être désagréable à mes proches. Je l'étais déjà. Je devais partir : c'était une injonction. Pour le confort de ceux que j'ai toujours aimés, je devais les quitter. C'est seulement là que, mis à distance les uns de moi, ils renouvèleraient leur souvenir de moi, regretteraient ma présence, adouciraient leur souvenir de moi. Je leur semblerais plus doux que je ne l'étais lorsque j'étais présent. On fait la même chose pour les morts que pour les déserteurs : on les illumine. Loin de nous, en effet, celui qui part s'institue en saint tandis ce que présent, il était invivable. Quant à moi, je devais leur permettre de me sanctifier, de me glorifier dans mon départ. Peut-être ainsi verraient-ils le monde par les yeux sanctifiés qu'ils m'ont fait, et alors ils se seraient glorifié eux-même à travers tant d'activité de bien. Pour eux, je me suis sacrifié et j'ai sacrifié aussi sur l'autel de la folie ma raison. Pour moi, par moi, mes proches se sont glorifiés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2. J'ai discordé ma vie sur des ruptures ; je l'ai réglée sur des injonctions ; jamais mon confort ne fut l'issue. Il ne le sera jamais. Je suis mieux mécontent inconfortable ; allant comme un noyé. Ne saviez-vous pas que les injonctions présentent un avantage certain ? Comme l'amour en effet, elles se passent de justifications. Elles sont amour en vérité : elles disent ce qu'il est bon de faire pour honorer ceux qu'on aime, polir leur moi, leurs chaussures et leur mémoire. On croit que j'ai des sauts d'humeurs alors qu'en vérité j'ai des sauts d'injonctions. Mon évolution fait des sauts. Cela dit, tout commandement présente un désavantage : ils sont imprévisibles. En tant que tels, ils me rendent étranger aux salaires et aux travaux de longue durée. Que dis-je ? Qui sait de quoi demain sera fait ? Ceux-ci qui suivent les rails le savent dans une certaine mesure. Et quel savoir ! Je donnerais tout pour lui. Mais enfin à moi, il me semblais me retrouver toutes les fois que j'agissais selon ce qui m'était commandé par je ne sais quelle puissance surmoïque – mais quelle erreur ! En vérité, jamais je ne saurais me retrouver tandis ce que j'ai tout donné de moi à un homme qui n'en veut pas et qui, pour comble de tout, ne m'a jamais rendu à moi-même. Hier au soir, par exemple, j'ai pris un lapin pour moi que j'avais égaré ! Sans doute l'homme a-t-il jeté la chose aux ordures. Si tel est le cas, espérons que les orduriers videurs ont brûlé le tout... sinon, quelle odeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3. J'ai quitté ma patrie. En ce lieu là, j'étais constamment appelé à « me faire ma place », alors ça me piquait. Il y avait des gouttelettes de sang sur le doigt de mon âme en peine. G avait rompu, c'est un fait. Comment alors pouvais-je être familier de ce avec quoi il était familier ? Je ne le pouvais pas. Je devais y être forcément étranger, et c'est ainsi que je me dis étranger à la raison, étranger aux relations, étranger à mon pays, etc, etc. Si c'est une chose de dire qu'où il a sa place, je n'ai pas la mienne, c'est autre chose de dire : « quand il a sa place, je n'ai pas la mienne ». Et forcément j'ai quitté le temps. Avez-vous déjà vu un homme an-historique ? On dit d'Ahasverus, le juif errant, qu'il était semblable à moi : sans histoire. Mais enfin si je faisais ma place à coup de machette, je trahirais G assurément et me trahirait avec lui puisque, vous le savez, je suis tout à lui. D'un naturel oisif, je ne voulais plus rien faire : ainsi je ne me ferais pas corps, je ne m'actualiserait pas, je demeurerait le « sujet d'inactualité » à moi-même ma propre inactualité. C'est ainsi par ailleurs que je parle de moi comme on parle d'un mort. Mais voilà que, par le plus grand des malheurs, je me suis mis à écrire comme si les lettres étaient des corps, comme si je pouvais m'incarner en ces corps, comme si je pouvais me faire corps, comme si mon ancre était mon sang et mon âme. Voilà en effet que je me suis posté à mon écritoire comme s'il arrivait qu'écrire consistait à donner du sens et à s'en donner au travers. Avais-je seulement en tête de devenir un homme sensé ? Si tel était le cas, si la lettre était si vertueuse pour donner corps à l'écrivain, pour porter sa voix et son corps, alors écrire serait trahir. Car enfin G a un corps, une place et une histoire et c'est un homme sensé : je devais y être étranger, ne jamais toucher personne, n'avoir ni place ni histoire. C'est ainsi que je suis plus vieux que vous de toute une éternité. Car enfin lui vit : moi je dois mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4. [Comme dans la chanson] J'ai quitté tout ce que je supposais vain ou secondaire en espérant retrouver le prix de la vie – enfin. Ça n'a porté pour fruits que des fruits pourris. Rien n'est plus vivable ici, d'autres démons pourtant semblable à ceux européens furent exhumés. À nouveau je subis d'autres injonctions : dans un premier temps, je suis animé par le vif sentiment selon lequel je ne serais pas moi-même si je n'y répondais pas. Dans un deuxième temps, je prends conscience que même si je répondais à ce que dictent mes viscères, je ne serais pas moi-même. Il y a des hommes toujours inégaux, jamais eux-même ou jamais à eux – on dit qu'il leur manque la raison. Dans un troisième temps, je parle pour l'inconfort au profit de la rupture puisqu'il l'a voulu. Aujourd'hui, il ne reste que le mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;em&gt;Halas ! L'effroyable aiguillon persistant et paternelle : « à quoi ça sert ? » jamais n'a déserté mon crâne blanc. Nous devrions faire des défenses d'y voir de mon crâne et mon squelette&lt;/em&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-8341063537888799525?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/8341063537888799525/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/posthumes.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/8341063537888799525'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/8341063537888799525'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/posthumes.html' title='Posthumes'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-6694526897999868940</id><published>2010-11-28T19:53:00.000+01:00</published><updated>2010-11-28T19:57:01.819+01:00</updated><title type='text'>En ce temps là, j'avais 14 ans</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A la lisière des chemins asphaltés, les arbres noirs et desséchés projetaient leurs ombres grises sur les passants. Le soleil, ou bien était pâle, ou bien perçait à peine l'humeur maussade de la petite commune du Mont sur Lausanne. Les tracteurs avaient rabattu la neige en bordure des routes. Il faisait froid, je me souviens. Nous distinguions toutes les fois que nous expirions. Cet après-midi là, deux classes avaient cours de gymnastique, à quelques pas de l'institution scolaire, dans un établissement ad hoc. Bien visible, la structure de l'immeuble était d'un vert artificiel tandis ce que le reste étaient des murs de briques grisâtres et d'immenses vitres incolores. Dans la grand salle avant le couloir et les cabines, il y avait un enfant menotté aux barreaux. Quelques camarades, autour de lui, tournaient autour des barreaux et frappaient – chacun leur tour ; ils en voulaient tous pour leur part. X devait être dans une cabine ou dans la salle de gym : il ne saura jamais rien de ce qui s'est produit. Et quand bien même il le savait, qu'en ferait-il ? Rien. Il faisait froid, je me souviens. Certaines personnes... sont juste nées... fautives.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-6694526897999868940?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/6694526897999868940/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/en-ce-temps-la-javais-14-ans.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6694526897999868940'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6694526897999868940'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/en-ce-temps-la-javais-14-ans.html' title='En ce temps là, j&apos;avais 14 ans'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4507839028565849130</id><published>2010-11-27T20:12:00.001+01:00</published><updated>2010-11-27T20:18:56.323+01:00</updated><title type='text'>Rétention et créativité</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;LA PAGE BLANCHE ET L'ESPRIT NOIR&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il y a l'esprit noir, l'esprit comme il se trouve noircit de mot, il se trouve sans pourtant se retrouver, pleins de remords il part, il oublie pour toujours. Il y a l'esprit noir qui m'anime, l'esprit maculé d'idées qui sont presque toutes mortes depuis qu'il ne me fut pas donné de les rendre. Je voulais tremper ma plume dans les étoiles, c'est entendu, mais les perles étoilées s'étaient déjà solidifiées. Je m'élance contre elle, elles sont si collantes comme une obsession, un piège à mouche, avec leur miel autour, qu'elles arrachent la peau autour de mon squelette. Je maudits ces chanceux dormeurs comme ils prennent le pont-levis qui mène jusqu'au coeur de la nuit. Ils en ignorent tout. Il sont de chair et d'os quand je ne suis plus que d'os et d'esprit sombre. Pourquoi faut-il donc qu'on ne puisse amener son encre avec soi jusqu'au coeur de l'oubli, dans une bourse ? C'est la bourse ou la nuit et moi je veux seulement périr, périr et ne pas revivre. Maudite ossature satellitaire : elle se meurt au baiser lunaire sans toucher ni au coeur des ses nuitées diurnes, ni à celui de X.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;DIRECTEUR DE CON...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Dans le cadre de la psychologie, on identifie la conscience du sujet au surmoi : la conscience alors est présentée comme un directeur de conscience ou un organisme de contrôle. Aussi la conscience est-elle l'instituteur de la rétention : elle assure la rétention du vécu psychique ; personne n'explose, personne ne pleure, personne ne perd pieds en pleine conscience. En conscience, au contraire, on reste impassible et tout entier à soi. Ce n'est qu'à la nuit tombée qu'on sort les poubelles. On dit qu'à mesure que le « niveau de conscience » du sujet diminue en intensité, l'organisme de contrôle devient laxiste : il ne contrôle plus, il fait sonner un signal d'alarme plus doucement que sonne le réveil-matin du voisin, il laisse passer ce qu'il filtrerait s'il était bien éveillé. Et assurément, rares sont les auteurs capables d'écrire en pleine journée, quand le soleil tape, quand la lumière assassine l'aveu chuchotant que la disposition créative échange avec la nuit la plus profonde. En pleine journée, les écrits sont retenus, ils payent les taxes que leur assignent la conscience, ils suivent « madame » en prison tandis ce qu'en même temps l'auteur se meurt rongé par son autisme insupportable... Moi je ne sais plus quel est jour ou quel est nuit mais je sais qu'il y a des verres solitaires, des consciences directrices et morcelées qui retiennent en mon dedans ce qui demande à « sortir » et à s'offrir à la rencontre. On m'interdit la rencontre, je ne sors jamais mes poubelles : d'autres en effet le font pour moi, et tout ça pourrit tant et tant que... peut importe.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4507839028565849130?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4507839028565849130/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/retention-et-creativite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4507839028565849130'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4507839028565849130'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/retention-et-creativite.html' title='Rétention et créativité'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3243167898446447183</id><published>2010-11-20T14:14:00.002+01:00</published><updated>2010-11-20T16:07:57.912+01:00</updated><title type='text'>Le règne des moches</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;Exercice d'humour jaune : baiser d'une nuitée diurne&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;À mesure de mon vécu et de mes expériences, mon oeil est devenu semblable à celui du faucon. Conséquence pratique ? Il me suffit de lire une page deRousseau, de m'assurer de l'époque à laquelle Rousseau a vécu, et je vois d'emblée quels seront – quels sont – les tenants et aboutissants du livre dont j'ai lu la page. Non seulement je suis capable de voir quelque uns des obstacles particuliers qu'il s'appelle lui-même à surmonter (parce que les philosophes n'ont rien de mieux à faire que de s'assigner à eux-mêmes de telles tâches mille fois courues et parcourues de manière à peine différentes d'une fois a l'autre. Nous pouvons peut-être dire, avec Tillich, que les époques ont leurs obstacles et leurs angoisses propres) mais j'en vois aussi le dénouement. C'est ainsi qu'après avoir parcouru la 1ère page des promenades en solitaire, je me dis immédiatement que le dénouement de son projet devait être dans la rencontre ou dans la considération de l'altérité. En tous les cas, il devait sortir de l'épokhé par laquelle tout commençait : une fois fait, le livre ne pourrait plus continuer ou alors il devrait changer de titre. À ce stade, le projet de Rousseau devait être quelque peu semblable à celui auquel répondait Descartes dans ses Méditations Métaphysiques. Mais enfin ma vue est longue – et peut-être la vue est-elle toujours longue à qui s'ennuie. J'appelle mon oeil : l'oeil ultime. Ça me change de l'oeil de l'âme propre à Platon mais le principe est similaire. Il nous faut savoir comparer, induire et déduire : rien n'est plus simple à qui a le temps. Je me demande avec le plus de sérieux à quel point la dialectique est simple lorsqu'elle est dans le camp de la philosophie. Y semble en effet s'instituer une forme de révolution dialectique (une révolution est un cycle comme elle l'est dans le domaine astrologique) et jamais de réelle réforme. Il s'agit alors de savoir sa leçon pour pré-voir l'essentiel en exerçant son oeil ultime : si je sais à quelle époque X appartient, si je sais un peu des problématiques, des approches, des moyens et des angoisses les plus propres à cette époque, si je sais dans quel camp sont quelques uns et quelques autres, il me suffit de voir que x parle de y avec raillerie et, sachant dans quel camp se trouve y, je saurai tout de x. Autrement dit : il suffit de connaître la toile relationnelles qui rapporte les uns aux autres, et d'avoir un peu de jugement quant aux usages que l'on fait des citations qu'on déploie et des auteurs auxquels on se rapporte pour tout pré-voir de l'essentiel. Je ne sais plus, aujourd'hui, le nom que porte l'étude des réseaux de citations, etc.  mais ce n'est que de cela qu'il s'agit.&lt;br /&gt;La tâche qui consiste à pré-voir ou à entendre l'aveu chuchotant que le philosophe confie de ses leitmotivs et puis tout ça est relativement simple. En revanche, dans le domaine de la littérature, la tâche est impossible. Au mieux, si je connais bien ma leçon, je pourrai d'avance déterminer que X dont je n'ai jamais lu qu'une page déploiera probablement tel réseaux isotopique selon telle concordance de temps ; je pourrai  aussi déterminer qu'il mettra en oeuvre telle forme de rapport (ou de non-rapport) entre le schéma narratif et le processus narratif, mais je n'y pré-verrai pas d'avantage. C'est ce qu'il y a de bon avec la littérature : il est finalement tant question de style et d'esthétique que ce qu'on appelle vulgairement « le fond » ne se présente généralement pas comme un paradigme. Il y a des exceptions, bien sûr, et ces exceptions sont les littéraires-philosophes ou les philosophes-littéraires : par exemple Sartre, dont on sait d'avance que Huit clos – dont le titre et la scène d'expositions disent tout – traitera de l'enfer phénoménologique qui consiste en cela qu'on n'est pas soi par soi et pour soi. Passons. Ce qui confère à la littérature sa disposition à étonner est – je l'ai déjà dit – son caractère non-philosophique.&lt;br /&gt;Dans l'avenir, la philosophie va réfléchir sur Foucault, Derrida, Ricoeur, etc. Elle va se rendre compte que Foucault, et Kant avant lui, et Montesquieu avant lui, etc. réfléchissaient déjà sur les réflexions tenues avant eux, et elle va instituer la réflexion de la réflexion de... en philosophie. Oui, elle dira : tout est méta, mise en abyme, ce genre de choses. Si les philosophes savaient un peu de littérature, d'architecture, de peinture et d'Histoire, ils déchanteraient : le baroque a déjà promu la chose. La révolution ne serait donc pas radicale : c'est une révolution, c'est un retour. Eh ! Si les philosophes savent leur leçon, ils noteront que KIERKEGAARD en avait déjà tout entendu lorsqu'il publiait le fantastique petit livre du nom de La Reprise. Cela dit rien n'est moins sûr : d'abord parce que les philosophes ne savent que les leçons qui les arrangent, ensuite parce qu'ils veulent, aussi bien que les littéraires, inventer, créer, et « créer de la valeur ». Seulement, les philosophes sont impuissants dans le domaine. Ensuite, il est probable que les rock star de la philosophie comme le fut Sartre fassent de l'ombre à K et ceux qui satellitent autour. Notre culture est celle du jetable, c'est un fait : les théories scientifiques ne sont plus vraies ou fausses, elles sont valides ou invalides et en cela elles sont jetables ; les paradigmes philosophiques non sont plus non plus ni vrais ni faux : il parlent au lectorat ou ils ne lui parlent pas, ils l'arrangent ou le dérangent, etc, etc. Je vois d'ici le moment où les philosophes bénéficieront de leurs tractes, de leurs posters, de leurs affiches et des figurines qui le représentent. Nos productions cinématographiques sont ainsi présentées et un jour ce sera le tour des sorties en librairie : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Sartre, l'être et le néant : dès le 9 décembre au cin.... à la librairie »&lt;/span&gt;. Sur l'affiche, Sartre et Simone, c'est-à-dire la belle et la bête. Les beaux gosses seront réconforter : la pensée, c'est pour les moches, tous les philosophes sont moches. Les laids seront réconfortés : la laideur, ça vend aussi dans certain domaine, ils ont leurs chances, ils savent ce qu'il leur reste à étudier : la philo. Par ailleurs, la laideur ou la normalité vend déjà : sans maquillage et puis tout ça, et avec sa cellulite et ses bourlets ; on jette en effet de temps à autre, au devant de la scène, quelques laids ou quelques gens à stature normale. Ça rassure les foules. La foule c'est le mensonge. Ça rassure le mensonge, ça nourrit le mensonge : la prochaine fois, ce sera peut-être moi au-devant de la scène, et quand les consommateurs amnésiques m'auront oublié comme ils auront repassé à Brad Pitt, je comprendrai Berkeley : être, c'est être perçu. Je ne suis plus perçu, j'ai eu mon heure de gloire et elle a été courte, maintenant je vais me pendre. Cela étant dit, je gage que de plus en plus les laids et les normaux vont dépasser le cadre des stars académies : ils sortiront du cadre, baiseront la main de Pivot, puis celle des modistes, puis ils sortiront de l'écran, puis vous entrerez dans l'écran et vous trouverez à leur place. On a déjà perdu nos valeurs morales : on aura perdu nos valeurs esthétiques... Il faut un temps pour crever les yeux de tout père. Au temps des philosophes rock star. Sartre était le 1er d'une longue lignée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3243167898446447183?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3243167898446447183/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/le-regne-des-moches.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3243167898446447183'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3243167898446447183'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/le-regne-des-moches.html' title='Le règne des moches'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-9222931212473591833</id><published>2010-11-19T21:37:00.000+01:00</published><updated>2010-11-19T21:38:48.149+01:00</updated><title type='text'>La cita bolivianita (Le rendez-vous bolivien)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;/span&gt;Ricardo est un mec bien. Il écrit. Ricardo est un mec bien puisqu'il écrit. Ceux qui écrivent ne peuvent pas être des types mauvais. C'est un tipissimos. On s'adore. On s'appelle. On se donne brouillons littéraires et rendez-vous. On ne se donne pas de baisers, mais tout de même c'est un gars bien. Il a ça dans le sang : le bien. Je suis là au bistrot, au rendez-vous qu'on s'est donné. Comment peut-on se trouver à deux endroits  au même moment, le bistrot et le rendez-vous, me direz-vous ? On ne peut pas, mais ici en Bolivie tout est possible, rien n'est certain. C'est le dicton. Il y aura la table mise, il y aura son café, plein de parfum qui nous grisent. Je suis au rendez-vous, dans mon coin de bistro, au rendez-vous qu'on s'est donné. Il m'avait pourtant dit 13h : il est 13h30 et je suis juste à l'heure et je viens d'arriver. Je m'assied dans mon coin de bistro, au rendez-vous. On va écrire. On est des mecs bien. Il y a un parfum qui me grise, et mon verre de banane au lait, lui c'est le café. C'était aujourd'hui, le rendez-vous ? Ricardo sait que j'arrive à 13h30 puisque nous nous sommes donné des brouillons et rendez-vous à 13h. Il sait que j'arrive à 13h30 puisqu'on s'est donné rendez-vous à 13h, c'est évident, et je sais qu'il sait. Je suis arrivé à 13h30, je crois que le rendez-vous était à 11 heures dans la matinée. C'est le dicton. On est des tipissimos, des chics types. Ricardo m'appelle : c'était 11 heures, il est au coin de la rue, il arrive tout de suite. De quelle rue il est au coin ? Je ne sais plus si c'était 10h30, la cita. Non, ça ne colle pas : jamais on ne se serait donné rendez-vous à une heure pareille, il faut toujours qu'elles soient toutes rondes. C'est plus facile à se rappeler. Même pour des écrivains. Un parfum me grise, lentement je me balance, sa tasse de café à la main, il est au coin de la rue, il arrive tout de suite : c'était le dicton. C'était aujourd'hui, finalement, la cita ? Tu m'avais pourtant dit « on verra demain », tout ira bien demain, tout va toujours bien demain. Il y a toujours un demain à aujourd'hui, au coin du bistrot. Ça fait beaucoup d'endroits : demain, bistrot, rendez-vous, nul ne saurait se rendre aux trois à la fois. C'est à tour de rôle et c'est très ben. Ricardo est un mec bien, il écrit, il aime le café, je les aime tant, ces dictons et ces heures bien rondes. Il se fait tard, il faut que je rentre .... chez moi.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-9222931212473591833?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/9222931212473591833/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/la-cita-bolivianita-le-rendez-vous.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9222931212473591833'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9222931212473591833'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/la-cita-bolivianita-le-rendez-vous.html' title='La cita bolivianita (Le rendez-vous bolivien)'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-543552139937865591</id><published>2010-11-19T20:25:00.003+01:00</published><updated>2010-11-19T21:25:36.438+01:00</updated><title type='text'>Scripte</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;SCRIPTE&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;La Maladie à la mort&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Court métrage -&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;ATMOSPHÈRE GÉNÉRALE :&lt;/u&gt; Noir &amp;amp; blanc. Quasi muet (1 dialogue, des balbutiements, des chuchotements). Ambiance proche du Feu Follet (film en noir &amp;amp; blanc sur Jacques Rigaud).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE D'EXPOSITION #1:&lt;/u&gt; Un petit café. Deux hommes autour d'une table. C'est la seule table prise. Il n'y a personne au comptoir. L'un des hommes est adossé à sa chaise, le dossier en-devant de lui. Il y a deux cafés sur la table. Le reçu est posé sur la table, à demi sous un cendrier pour qu'il ne s'envole pas au vent. Il n'y a pas de vent : le café est un lieu clos. Le premier homme fume. Il se lève, fait quelques pas, son pied heurte une pince. L'homme ramasse la pince. Il demande à l'autre si elle est à lui : négatif. Il demande au barman si elle est à lui : pas de réponse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE #2 :&lt;/u&gt; Le premier homme se lève. La pince à la main. La focalisation de la caméra se réduit : on voit que la scène du dialogue au café était une scène cinématographique. Le focalisation prend sur l'homme qui maintenant parle avec le metteur en scène et déroule les planches de la scène du café. Il demande au metteur en scène si la pince est la sienne : négatif. Il n'est pas question de pince sur les planches. Le metteur en scène ignore ce qu'est une pince.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Dialogue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE #3 :&lt;/u&gt; L'homme s'en va du studio de cinéma, par une porte sur laquelle il y a écrit « personnel autorisé : l'homme seulement ». La porte ouvre sur un autre studio de cinéma qui film le studio précédent. Autour du 1er studio, il y a des vitres desquelles on ne peut voir que de d'un côté ce qu'il se passe de l'autre. L'homme allume une cigarette, s'entretient avec le caméraman, emprunte la caméra, affine quelques réglages. Il demande au caméraman si la pince est à lui : négatif ; le caméraman n'a jamais entendu parler de pince.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE #4 :&lt;/u&gt; L'homme entre à nouveau dans le café. Il déroule de nouvelles planches. Soupire. Se rend au « café ». Il est seul. Pleure. L'autre homme arrive, qui lui demande ce qui ne va pas. Le premier homme répond « je suis infichu de trouver à qui est cette foutue pince ». Il ouvre une bouteille de bière. Tousse, s'allume une cigarette. Les deux hommes sont abattus. Le premier, surtout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE #5 :&lt;/u&gt; C'est le soir au café. L'homme fait le tour de la pièce, salue de la tête le metteur en scène maintenant absent. On ne sait pas qu'il est absent, on ne voit que l'homme et rien du studio. On croit qu'il est dans un vrai café. L'homme est éclairé par une vieille lampe à pétrole, sur la table. Les reçus de cafés et tout ça se sont accumulés. Il va vers le miroir qui montre la caméra pointée vers lui. Il marmonne « en sortir... trouver... pince... en sortir ». Soupire. Prend une arme et se tue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE #6 :&lt;/u&gt; C'est la nuit. L'homme se réveille dans sa chambre. C'était un cauchemar. Il y a des papiers, par terre : les planches et maquettes du suicide. La focalisation de la caméra se réduit : il y a une caméra dans la chambre, et un caméraman : on les voit tous les deux. Les murs de la chambre sont un « fond bleu ». Le caméraman remercie notre homme de lui avoir rendu la pince. L'homme s'allume une cigarette. Il soupire, abattu. Sa télé allumée, elle dit des choses absurdes qu'on entend peu, les plans sont « floutés » comme dans un songe. On entend des battements de c?ur. La caméra de la chambre ne film rien : il y a l'écran de mire. Le caméraman sort de la pièce, pince en main, après avoir promis à l'homme de lui payer un café.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;SCÈNE 7 :&lt;/u&gt; On ne voit plus rien. Il y a un grand écran de mire, quelques secondes. Suivi d'un écran noir et du nom des artistes. Musique de Léo Ferré  : La Solitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;A travailler :&lt;/u&gt; dialogues de mises en abyme (littérature dans la littérature, mensonge dans le mensonge, dialogue dans le dialogue, etc).&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-543552139937865591?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/543552139937865591/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/scripte.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/543552139937865591'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/543552139937865591'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/scripte.html' title='Scripte'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4137460731336867871</id><published>2010-11-17T13:50:00.004+01:00</published><updated>2010-11-17T14:20:18.518+01:00</updated><title type='text'>Les Nocturnes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Télégraphe nocturn&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TOPSjqnZXyI/AAAAAAAAAhQ/romvvuv9B2Q/s1600/nocturnes.png"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5540503476772626210" style="FLOAT: left; MARGIN: 0px 10px 10px 0px; WIDTH: 200px; CURSOR: hand; HEIGHT: 150px" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TOPSjqnZXyI/AAAAAAAAAhQ/romvvuv9B2Q/s200/nocturnes.png" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;e : in mojito veritas, dans l'insomnie la vérité&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;Considère que la lutte pour la vie s'étend aux formes de non-vie après avoir réalisé l'exploit de virer 70 virus de sa clé USB. Si ce n'est pas le cas, alors les ordinateurs sont des organismes vivants répondant au règne animal. Grave ses exploits sur son bouclier. Se couche à 5 heures du matin après avoir écrit « in mojito veritas » sur son mobile : il pensait l'adopter comme statut. Dépité d'avoir avorté le livre qu'il écrivait (LES EXILS) pense en écrire un plus impersonnel : LE DIVERTISSEMENT CONSTAMMENT RAPPORTÉ À PINOCCHIO ET À PETER PAN. Cogite le sujet sur les quais de son lit, sur les rives de l'insomnie, interroge le concept de divertissement comme détournement de soi, en vient au sujet du soi qui n'est pas un sujet, remet en question et ruine finalement tout ce qu'il n'a jamais écrit sur le sujet. Pense à flamber ses textes sur Pinocchio et Peter Pan : n'a pas de cheminée. Se relève, pourtant, à 6 heures du matin, enfile sa chemise à l'envers après l'avoir secouée. Résolu à écrire son putain de livre sur Pinocchio, il ouvre son traitement de texte, dévisse le bouchon d'une bouteille de jus d'orange chimique, s'allume une clope, embraye &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Mon Vieux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Guichard, écrit le titre (LE DIVERTISSEMENT CONSTAMMENT...) suivi du putain de billet-blog que vous lisez présentement et oublie ce qu'il avait prévu d'écrire sur Pinocchio et puis tout ça. C'est l'aube et on entend les &lt;em&gt;« cui cui cui »&lt;/em&gt; harmonieux des voitures. N'a pas tenu sa promesse, comme Pinocchio ; a oublié comme lui. Sacré lui. Stop.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Au coin d'une enveloppe&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La correspondance instantanée est-elle la correspondance irréfléchie ? Je suppose que non. Il arrive qu'une correspondance instantanée soit réfléchie et structurée comme une lettre à l'ancienne, tout du moins depuis que j'ai introduit dans les supports modernes (i.e. MSN) la structure, la réflexion, et les parfums propres aux vieilles mélodies. Vive moi ! La différence entre la correspondance instantanée et celle médiate, c'est comme le café, c'est qu'il y a beaucoup de rues qui ont changé de noms depuis que s'est perdue, mon ami, ma raison et le courrier que tu n'as pas reçu...&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;La communication directe&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En ce temps là (c'est un mythe greco-romain) Actéon était chasseur et ses chiens de chasse le suivaient sur ses traces, dans la forêt... enchantée. Il suivi lui-même, avec ses chiens, la déesse Diane. Diane se dénuda et Actéon la surpris du regard lorsqu'elle fut nue : il la vit en tant que vérité toute nue. Diane se retourna, vit Actéon comme il l'avait surprise dans sa nudité : elle transforma le chasseur en cerf, moins enchantée que la forêt apparemment, et ses propres chiens le dévorèrent. Depuis les temps mythologiques, on dit que celui qui voit la vérité toute nue est condamné à finir comme Actéon fini. Moi-même, pour éviter à ceux que j'aime de finir de la sorte, je les dispensais de la vérité : c'est-à-dire que je transformait mes déclarations en récits détournés, et les intéressés dont je suis amoureux n'en savent rien dans la mesure où ils ne sont mentionnés que sous forme de clins d'œil que je suis le seul à comprendre. Mon texte j'ai titré &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Significant Letter&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; en est probablement le meilleur exemple. Cela dit, même pieux, ce genre de mensonge présente un désavantage et un désintérêt majeur : il exclu l'intéressé. Si je peux me le permettre vis-à-vis de ceux dont je suis amoureux, si je peux me permettre de les exclure précisément pour les dispenser du désavantage de voir mes sentiments mis à nus, je ne peux pas me permettre de vous écrire, à vous, de la même façon. Je ne peux effectivement pas vous mentir : ce serait vous exclure. Cependant, si vous sentez devoir vous détourner de la vérité pour votre bien être, n'hésitez pas dans cette entreprise et laissez-moi là avec ma nudité mortelle à tout voyeur impudique.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4137460731336867871?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4137460731336867871/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/les-nocturnes.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4137460731336867871'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4137460731336867871'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/les-nocturnes.html' title='Les Nocturnes'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TOPSjqnZXyI/AAAAAAAAAhQ/romvvuv9B2Q/s72-c/nocturnes.png' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-742702513005320448</id><published>2010-11-17T02:40:00.003+01:00</published><updated>2010-11-17T02:57:50.353+01:00</updated><title type='text'>Fragmentum</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;A CORS DEFENDANT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;- Mon commandant, il y a une armée à 14 heures ! » s'exclama un globule rouge à celui qui se trouvait à sa droite. Celui qui avait parlé était sergent, je crois.&lt;br /&gt;Et en effet il y avait une armée à quelques heures : des amibes vêtues comme des hoplites, et des bataillons de bactéries équipées de tanks et de canons, de catapultes et puis tout ça. Mon corps était un champ de bataille ; il sera bientôt un cimetière. Seulement, ce n'est certainement pas moi qui honorerait les amibes, virus et bactéries tuées à la guerre ; il n'y aura que leurs semblables pour les pleurer ou leur offrir des fleurs.&lt;br /&gt;Rien n'est plus évident que de constamment garder l'universelle lutte pour la vie en tête, en particulier lorsqu'on est malade. On s'interroge sur les principes de la variation des amibes et des bactéries ; on donne peu d'armes à ses anticorps à soi pour qu'ils ne s'atrophient jamais, c'est-à-dire qu'on ne prend pas d'antibiotiques ; on espère que les plus adaptés à la survie dans son corps sont ses anticorps et ses globules et toute la famille des familiers. Porter en son dedans la mort de tant d'organismes ne nous donne qu'une présomption d'être : « je suis, je crois »&lt;br /&gt;Les amibes vaincues sont mortes, celles qui sont en vie hissent le drapeau blanc et sortent, en courant, par le trou du cul. Elles vont graver les hauts faits de leurs semblables sur leurs boucliers, et leurs lâchetés aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;D'UN ALCOVE A L'AUTRE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Si je m'écoutais penser, je supprimerais, pour le moins, la moitié de cette Lettre. Cela dit, j'ai préféré que tout y soi, y compris et surtout la contradiction. La longueur de cette lettre, son caractère polymorphe, son manque de fluidité, la variété des humeurs et des dispositions qui m'ont motivés peut en rendre la lecture difficile mais c'est par honnêteté. Tout honnête homme est un paradoxe à lui seul. Sur le coup, tous les paragraphes me semblaient bien à leur place et présents par nécessité (nécessité d'honnêteté, laquelle exige d'être complet). C'est un fait que certains paragraphes me parlent à l'heure actuelle tandis ce que d'autres ne le font pas. C'est aussi un fait que certains paragraphes vous parleront tandis ce que d'autres ne le feront pas. Ce n'est pas pour autant une raison pour les supprimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le caractère modulaire de cette lettre me plaît et me déplaît en même temps. Il me plaît en cela qu'il présente l'avantage suivant : on peut lire cette Lettre comme on veut, la prendre, l'arrêter et la reprendre où on veut. Il me déplaît en cela que la Lettre manque de fluidité et d'uniformité, sa lecture est rendue plus difficile, on chercherait en vain à déterminer où elle veut en venir puisque chaque paragraphe dit quelque chose de radicalement différent. Cela dit, elle est au moins honnête : je suis confus comme elle, multiple comme elle, disposé et indisposé comme elle, irréductible comme elle, motivé par de multiples humeurs et dispositions contradictoires comme elle. Je pourrais travailler un récapitulatif dans lequel je reprendrais l'essentiel de ce que je dis dans chaque paragraphe, mais la concision n'est pas toujours au service de la vérité, encore moins au service de la vérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dit, il m'arrive régulièrement d'avorter ou de me rayer complètement de mes écrits. Si ça ne tenait qu'à moi, je les mettrais au feu : qu'ils servent au moins à quelque chose. Je me trouve constamment dans de ces disposition d'esprit hésitantes auto-lytiques. Il est un fait que jamais aucun texte de moi n'a touché Gaël. Ils n'ont jamais eu la puissance de raviver la relation. Par ailleurs, il ignore qu'ils existent. L'impuissance de mes textes à ?uvrer pour ce qui a la plus haute importance – la vie des relations , leur stérilité me les fait détester plutôt qu'aimer. Comment pourrais-je les publier plus sérieusement, comment pourrais-je démarcher dans l'optique de les faire connaître compte tenu de leur stérilité ? C'est impossible. Nous disposons de bien assez de ces textes stériles et décollés de la réalité dans nos Nécropoles.&lt;br /&gt;En outre, je suis incapable de relire ce que j'écris, plus encore suis-je indisposé à les retravailler – les fois sont rares où je peux retravailler. Aussi, je ne saurais écrire sans support : ma mémoire est futile. En ce temps là, la majorité des auteurs disposaient de nègres auxquels ils dictaient ce qu'ils avaient en tête : ce ne me serait pas possible où alors ce ne serait qu'une suite d'éclairs dans une nuit de misère, des textes émiettés, des aphorismes, une lettre au-delà du modulaire : des phrases sans liens apparents les unes avec les autres, parce que la vie va trop vite en moi, plus vite que l'ombre de la plume du meilleur des nègres. Si je reprenais mes textes, il me serait impossible d'avancer, de ? décoller ?. La Lettre serait clouée au sol, sans fluides entre quelques ilots fertiles au milieu d'un désert aride.&lt;br /&gt;J'ai pris le parti de me relire très peu mais de me relire un peu tout de même ; j'ai pris le parti d'accepter le renouveau qui semble se détacher de tout ce qui précède sans pour autant l'être réellement. Je crois que ma Lettre est tout de même clouée au sol, que c'est en cela une lettre de mélancolique, et que si toute ma saison n'est pas une saison en enfer ou la saison d'un auteur cloué, il y a des cycles et les clous sont les mordants d'un hiver qui s'étend sur trois saisons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même dans l'impuissance, demeure la volupté. Cependant, la volupté n'a pas de longue vue : elle ne fait pas de plans ; elle ne fait pas de plans sur la comète. La volupté ne se soucie que de l'instant, et l'instant seulement elle transfigure. L'instant d'après n'est pas son affaire ; elle ne s'accommode pas des instants d'ennuis, d'hésitations, de retours et de reprises qui bercent les longues attentes entre l'envoi d'un courrier de demande de publication et la réception du courrier qui dit, en retour, qu'on accepte de publier. Je reçois ensuite le courrier positif, je vois qu'il concerne des affaires anciennes et pour lesquelles je n'ai plus aucun goût : moi je suis a  des années lumières. Je déchire le courrier car les sujets qu'il propose de publier ne sont plus sujets à volupté : mes jeux impudiques avec la littérature se passent dans d'autres alcôves déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;LE SEIGNEUR A REPRIS&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Ainsi qu'il est dit : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris », le Seigneur a repris : il n'a pas répété. Qu'est-ce qu'une Reprise ? C'est une "répétition" qui n'est pas une répétition exactement en cela qu'elle se présente comme une variation de la scène originelle. Reprendre une scène consiste à la présenter à nouveau après l'avoir travaillée. Contrairement à la répétition, la Reprise en effet se présente comme une représentation renouvelée.&lt;br /&gt;Tout homme de théâtre le sait : il faut, à celui qui reprend une scène, se l'approprier et la retravailler complètement. Ce qui se présente différemment dans la reprise et qui n'était pas là dans la scène originelle, c'est la signature de l'homme qui a repris : il y a mis de lui-même comme on met de soi dans un château de sable. Il est descendu dans la scène, s'y est rendu, et quand on dit de la scène qu'elle est différente, que c'est une variation de la scène originelle, c'est ce « lui-même » qui n'y était pas avant qu'elle fut reprise.&lt;br /&gt;« Le Seigneur a repris » mais quelle est la teneur de cette reprise particulière ? Dans un premier temps, le Seigneur a donné et nous avons pris. Dans un deuxième temps, nous avons repris, c'est-à-dire que nous avons travaillé ce qu'IL nous a donné, nous en avons usé, nous l'avons défiguré. Dans un troisième temps, le Seigneur a repris, c'est-à-dire que ce qu'IL nous avait donné s'est présenté à nouveau à Lui. Mais si le Seigneur s'arrêtait là, IL aurait répété ce que l'homme a repris. IL ne s'arrête pas là puisqu'IL reprend : c'est-à-dire qu'à son tour il se l'est approprié, et qu'à son tour il l'a travaillé, transfiguré. Comme au théâtre, en effet, IL reprend, c'est-à-dire qu'au lieu de répéter, IL y met de Lui-même, IL y met du sien ; IL intègre, dans ce qu'il reprend, une variation qui est sa signature et son être : la miséricorde et la sanctification. Quand on dit que le Seigneur a repris, on dit qu'IL a sanctifié.&lt;br /&gt;Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais elles sont théâtrales.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-742702513005320448?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/742702513005320448/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragmentum.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/742702513005320448'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/742702513005320448'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragmentum.html' title='Fragmentum'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-1361582755919222696</id><published>2010-11-11T20:08:00.000+01:00</published><updated>2010-11-11T20:14:40.586+01:00</updated><title type='text'>Parfum d'été</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Un ami s'était lancé dans des thèses sur les SDF. Elles étaient très intéressantes. L'une d'elles parlait de la façon dont le SDF n'habite pas son histoire, exactement comme il n'habite pas un domicile. Il n'a que peu de souvenirs de son passé, une vision très courte qui ne voit pas dans l'avenir (ne pense pas à s'assurer, épargner, etc.) c'est-à-dire qu'il n'habite pas sa propre histoire. Il avait ensuite traité de la façon dont le SDF habite l'espace, occupe l'espace, meuble l'espace par son apparence, sa démarche, son odeur, etc. On pourrait encore traiter de la façon dont le SDF n'habite pas les relations, je crois qu'il n'en n'a pas traité.On parle aussi des sujets au trouble de stress post-traumatique (TSPT) comme des sujets bloqués dans l'ambre d'un instant. On dit que leur rapport au temps, leur « temporalité » se cristallise. Ils n'ont plus de présent ni d'avenir : c'est le passé qui se présente à nouveau sans cesse (cauchemars répétitifs, ruminations, etc).Pour ma part, je ne sais pas exactement. Je dirais que c'est différent des deux « états » précédents mais sans doute similaire. Il m'arrive de voir, dans l'instant, l'atome d'une éternité qui demeure. Je vois, dans le présent, quelque chose de différent d'hier, et quelque chose d'identique et éternellement repris, re-présenté. Je vois le présent double. Je vois l'instant double : à la fois temporel, « maintenant » et à la fois éternel, « à jamais ». Il y a l'atome d'une éternité qui demeure, et l'atome d'un instant qui se meurt. Un peu à l'image du SDF, je n'ai pas l'impression d'avoir « habité des relations, des espaces, des histoires » et ma mémoire très vite s'efface, mais quand elle s'efface, quelque chose reste, quelque chose de toujours là, quelque chose d'éternel. C'est probablement cet état de fait qui me confère le sens et le sentiment du sacré, quelque soit la forme, la figure et le nom du sacré. J'ai l'impression d'avoir vécu comme si j'avais mille ans. J'ai parfois l'impression d'être la trace de moi-même, comme une ombre, une crypte, inconsistante : le cimetière où git l'histoire de ma propre histoire. J'ai l'impression d'être éternel, d'avoir vécu une éternité (je serais même tenté de dire que j'ai vécu plusieurs éternités). Quand je tombe amoureux (c'est-à-dire quand je trouve la force de valoriser X et de la ou de le distinguer des autres), immédiatement je me dis : « je suis plus vieux qu'elle ou que lui de toute une éternité ». J'ai tant de mal à le signifier, et il y a tant de merveilles et d'enfers que je ne saurais faire passer que j'en suis souvent réduit à faire son malheur en disant « tu n'as pas idée ». Ça me permet de clarifier la situation sans la clarifier pour autant. il y a une solitude, un oubli de l'autre et de soi, un « anéantissement pas toujours enthousiaste de soi-même – parfois enthousiaste » dans cette posture étrange. Tout ceci me rend rumeur, légende, esprit mais je ne me sens plus là. Et c'est bien qu'on me voie comme « celui qui n'arrête pas de voyager » mais je ne me sens plus là ni maintenant. En vérité, je suis prêt à rendre et à me rendre, ou comme chantais Bachelet « je suis un homme simple, une emprunte, un visage qui un jour disparaitra ». Je ne suis plus vraiment à rien ou bien suis-je vraiment à tout, un jour je mourrai suicidé. Dans trois ans, peut-être cinq. Jusqu'ici, ma tâche consistera à vous enchanter et à vous rendre les choses moins vives et plus « résignées » qu'elles ne le sont à présent. Si je ne le faisais pas, j'aurais trop de remords et vous trop de regrets.&lt;br /&gt;Mais nous n'étions qu'une âme, nous ne sommes qu'une âme et nous ne seront qu'une âme. Je suis sûr qu'un jour, vous en prendrez conscience. J'en suis sûr. L'hiver à l'été et pareil, ma mort à ma vie est pareille, a été pareille et sera pareille. Vous le savez, vous le saurez.&lt;br /&gt;Vous lirez cette « lettre » et vous pleurerez. Vous m'en parlerez quelques jours, peut-être quelques semaines. Vous souhaiterez ne plus en parler car vous en aurez entendu. Vous souhaiterez ne plus en parler car vous penserez que si vous n'en parlez plus, nous l'oublierons tous. Je ne l'oublierai pas, c'est ce que j'ai toujours fait, mais vous l'oublierez un peu. Vous n'en n'aurez plus qu'un vague sentiment, comme après un mauvais rêve. Vous ne serez pas disposés à tirer sur le loch de ce sentiment mélancolique et vous préférerez le laisser s'oublier lui-même, s'absorber lui-même. C'est ce que vous avez toujours fait. Et au jour de ma mort, vous serez disposé à tirer sur le loch de votre mélancolie maintenant plus forte, et vous retrouverez cette lettre si vous en avez encore le vague souvenir ou le vague sentiment ; vous retrouverez mes mots et vous aurez l'impression qu'ils me rendent présent et vous aurez raison. Vous regretterez de n'avoir rien fait qui puisse changer le cours des choses et vous vous haïrez comme je me hais moi-même : nous partagerons tout et votre mélancolie sera une mélancolie de communion. Avec le le temps, votre corps et votre esprits se dégénéreront petit à petit, deviendront moins révoltés, moins vifs et moins vivement affectés, plus flegmatiques et en un sens plus résignés. Vous penserez que le bonheur et peut-être à ce prix mais vous le penserez doucement comme un coton de ouate. Rien ne sera plus vif. Et vous prendrez conscience, au moins sous la forme du vague sentiment, de l'état éprouvé et « aquoiboniste » où je suis mais jamais entièrement indifférent. Vous n'aurez plus personne de qui vous soucier, tous vos amis et vos fils vous auront précédé : ici sera la différence entre vous et moi, car mon seul souci est mon souci de vous, ce que vous aurez pourtant beaucoup de mal à croire.&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-1361582755919222696?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/1361582755919222696/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/parfum-dete.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1361582755919222696'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/1361582755919222696'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/parfum-dete.html' title='Parfum d&apos;été'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-4990070182623265474</id><published>2010-11-09T20:06:00.000+01:00</published><updated>2010-11-09T20:14:28.023+01:00</updated><title type='text'>Boîte noire</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;Un paquet de cigarettes sur le parterre de la discothèque. Il est vide. J'ai les acouphènes et je danse au milieu des pantins désarticulés, une danse mécanique avec les enfants de la technologie. J'ai les acouphènes, ça siffle, le monde ne répond pas, ne fait pas de signes, il n'y a que l'herbe grillée par le soleil de juin. Il y a bouches muettes aux clameurs solitaires, j'acquiesce de la tête. C'est tout noir et blanc, dans la boîte, dans la boîte, comme des sardines, saccadé. Ma fiancée dit me trouver noir comme une prison, un autre homme, un homme très froid. Je suis en colère et j'ai peur. Je voudrais qu'on reprenne avant le courrier : je découvrais son sein, avec l'autre main, elle se souvient ? Je lui caressais les reins...  Quand j'étais enfant, je me souviens, je regardais le soleil et il était rouge terrible, il avait l'air d'une explosion. Je m'accrochais à sa chaire, il avait l'air d'un espèce de corps sans bouche, ni bras, ni jambe. Je me félicitais des résultats obtenus.&lt;br /&gt;Le courrier, la lettre que j'avais reçue était librement décomposé, fracturée, déconstruite. Elle disait entre autres choses :&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;em&gt;« Tout élément impropre au travail sera traité en conséquence au vue des seuls critères objectifs, comme on traite un membre malade. On gardera en mémoire les items 1) d'âge, 2) d'absentéisme 3) d'adaptabilité selon l'axe compétence, convertibilité, sans omettre les codes d'évaluation régulièrement mis à jour. Il faut avoir à l'esprit le fait que les personnes déficientes sont susceptibles de transmettre le préjudice à ceux qui leur succèdent... »&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;On ne se montre pas dans la lumière, ce n'est pas humain. Les mots sont exactement cela : ce n'est pas humain. Je crois que toutes les lettres sont signées, que ce soit par un nom ou par le système qui les a produit. Des signatures qui absorbent peu à peu leur humanité...&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-4990070182623265474?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/4990070182623265474/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/boite-noire.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4990070182623265474'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/4990070182623265474'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/boite-noire.html' title='Boîte noire'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-6754937213693405538</id><published>2010-11-07T20:11:00.001+01:00</published><updated>2010-11-07T20:14:11.056+01:00</updated><title type='text'>La Divine Comédie</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;- 1 avant Jésus-Christ, il y a un filet de larmes au pied d'un siège surplombant les ruines d'une tour avortée. La brume frape comme un marteau piqueur au fond de l'âme de l'Éternel. On diagnostique au Dieu de tous les Dieux une infection de l'âme. À l'abandon de lui-même, IL sanglote assis sur son trône et il voit que ceci est mal. Sa vie si semblable à l'oubli l'ennuie. Pour Lui tout est perdu.&lt;br /&gt;Au jour suivant, Dieu a une Révélation : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« le Diable s'est déjà fait femme, je vais donc me faire homme ! »&lt;/span&gt; décide-t-il. Et Jésus fut, et Dieu vit que ceci était bien. Aussitôt fait, l'Éternel se délecte et rit aux éclats de la condition de Jésus : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« regarde-moi ce clown réjouissant ! » &lt;/span&gt;se dit-il à lui-même. Joyeux de se trouver l'auteur d'une telle drôlerie, Dieu dit : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Jésus-Christ est mon Fils et c'est moi ! Nous sommes drôles et c'est une Bonne Nouvelle ! »&lt;/span&gt;. Dieu alors continue et s'abandonne au rire. Jésus sent l'abandon : il souligne cette comédie regrettable et c'est ainsi que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Seigneur, Seigneur, pourquoi m'as-tu abandonné ? »&lt;/span&gt; est la plus comique des répliques jamais dite.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Aujourd'hui encore, nous prêchons cette Bonne Nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-6754937213693405538?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/6754937213693405538/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/la-divine-comedie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6754937213693405538'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6754937213693405538'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/la-divine-comedie.html' title='La Divine Comédie'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3092030083376098034</id><published>2010-11-06T01:06:00.004+01:00</published><updated>2010-11-06T01:15:07.577+01:00</updated><title type='text'>Fragments</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;ÉHONT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;É&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il s'était absenté quelques heures. La porte de sa chambre était encore entre-ouverte, elle laissait s'échapper son parfum sympathique. Mon coeur dans la silure, j'ouvris la porte de sa chambre. Il y avait les rayons de la lune sur mon triste visage d'ivoire. Aucun oiseau ne chantait : j'avais tout fait fuir. Je fis quelques pas en direction de son lit, caressai son duvet encore chaud et fraîchement usé. J'en humai le parfum qui s'en dégageait en toute amitié, me couchai en son lieu et à sa place. Au-dehors, la lune rougeoyait. Il y avait un arbre mort contourné du sang de l'astre. Et mon sang ne fit qu'un tour, et tout en moi se raidit. Il y avait mon triste visage vermeille sur son oreiller. Je levai un bras au ciel, vers le Très-Haut qui m'a damné. Que ma solitude soit sa béatitude, qu'il soit sauvé et moi je serai heureux du bout de mon naufrage honteux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'ÉCRITURE OU LA MORT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Marivaux est criminel : il a violé la nuit. On n'a rien compris quand on dit de lui qu'il décrit la naissance du sentiment amoureux : il décrit d'avantage en effet, et il fait mal. Il décrit pour ainsi dire la naissance du sentiment amoureux de l'écrivain pour l'écriture. Mais que ne lui faut-il, pour cela, s'introduire dans sa nuit intime passée avec l'écriture et qui pourtant faisait tout pour rentrer elle-même dans l'oubli ? Il a rêvé de littérature, et en ramenant son rêve de l'oubli au réveil, il a violé le songe. Marivaux écoutait aux portes des soupirants, l'aveu chuchotant du sentiment amoureux ; il écoutait le chuchotement ouï de personne d'autre, l'aveu comme il n'était pas encore su de lui-même. Il tirait le sentiment amoureux du songe où il était, il mettait l'ombre du sentiment en lumière. Mais le sentiment n'est pas un objet à être su : l'art de Marivaux est un art de voleur et de criminel.&lt;br /&gt;Enfin, si Marivaux décrit la naissance du sentiment amoureux de l'écrivain pour l'écriture, je fais moindre : je suis en effet relégué à déclarer mon sentiment amoureux pour l'écriture. J'ignore tout de la naissance du sentiment : seulement une feuille est blanche, j'écris comme un automate, et voilà qu'une feuille est toute noircie de mots et de maux, de mots et de biens, de biens immatériels et pourtant la feuille est là, il s'est passé quelque chose dont j'ignore tout. Un filet salé-amer coule dessus mon visage : ce n'est qu'un arrière goût. Je me dis en moi-même que si tel est l'arrière-goût, je préfère ne rien savoir du goût. Je dirai qu'il ne s'est rien passé, et si par malheur quelque chose du mouvement amoureux s'était en moi produit, je désir ne rien en savoir. Rien n'a jamais capté mon attention : je suis à tout indifférent, je ne suis d'humeur à rien. De nos jeux impudiques on ne saura rien. Rien du sentiment ne s'est jamais imprimé en moi, j'ai imprimé sur du papier des allées et venues sans issues. Personne ne doit savoir qu'à la nuit tombée, j'écris, ni moi par conséquent ! Ignorons tout des instants amoureux. Laissons flamber nos corps brûlant d'amour ; brûlons nos meilleurs écrits, publions les médiocres. Ne nous soulons pas de faux jours, au réveil, pour nous rappeler la nuit. On dira que j'écris pour gagner ma croûte et c'est très bien. J'oublie la nuit, la nuit quand je rêve, quand je rêve à la littérature, j'oublie que je rêve de toi. Et qu'est-ce qui est étranger à l'oubli ? La mort. Mais enfin quel Hypnos, ce Marivaux ! Il fut d'ailleurs et pourtant je ne l'aime pas... il y a toujours cet arrière-goût aux fausses confidences. Il y a toujours cet arrière-goût de stratégies endurées pour ramener l'oubli, non pas à lui-même mais à quelque chose qu'il n'est pas : la souvenance et le savoir. C'est pourquoi le sentiment du Marivaux n'est pas du sentiment vraiment : on l'a transformé, on l'a dés-oublié, on l'a tiré du songe où il était.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;LETTRE À UN AMI&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Très cher B,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme je te demandai de suivre la jeune fille que tu sais, tu me rapporta son nom : tendre Clara. Tu fis bien. Comme je te demanderai de me rapporter le moindre de ses mouvements, tu me dis qu'elle est bien aimable comme tu la voyais dans le train discuter avec ses amis. C'est me mettre dans l'embarras, moi qui ai eu la faiblesse d'esprit d'engager un maladroit comme toi ! Je t'ai te demandai de la suivre au nom de ton amitié pour moi et tu me parles de ton amitié pour elle ! Je n'ai pourtant pas souvenir de t'avoir demandé de nourrir à son égard autre chose que de l'indifférence. Tu sais bien que ta sympathie pour elle pourrait séduire le fantôme de sa sympathie. L'indifférence est la seule de ces vertus comme pour laisser Clara à elle-même, non-différente de ce qu'elle fut toujours. Ton amitié pour elle, en revanche lui arracherait une révérence et la voudra changer. Je la veux toujours la même. Ne me dis donc pas qu'elle te salue, qu'elle te fit la révérence, qu'elle te sourit – malheureux ! Sinon tout serait perdu.&lt;br /&gt;Si la jeune fille qui m'occupe te voit, surtout reste toi-même : elle ne fera pas un pas vers toi une fois qu'elle aura jugé combien méprisable tu es. Il faut bien qu'elle sache en effet qu'à ton ami tu es pareil : c'est une évidence. Pour moi de savoir comment elle réagirait face à toi serait dans le camp de la consolation : dans cette affaire tu dois être mon double. Ravale donc ta sympathie pour elle et ne te fais pas voir par elle. Clara ne doit risquer d'entrer en relation avec toi sous aucun prétexte : tu es trop près de moi pour que ton amitié pour elle ne la rapproche de moi. Je ne veux pas de ces mouvements sympathiques. Soi comme un songe, fais qu'elle ne te sache pas. Si elle te sais, fais qu'elle t'oublie immédiatement. Fais qu'elle soi assez soulée de l'affaire pour n'être jamais disposée à tirer sur le fil de son oubli. Elle ne doit sentir la présence de toi dans aucune des fibres de son corps d'ange. Mais toi, reste à l'écoute, car tu sais que si par malheur tu opérais en elle un changement, il se verrait sans efforts : son corps est transparent comme celui d'un ange. Son âme doit rester quant à elle entièrement à ses amis. Son âme doit rester quant à elle entièrement à ses amis. Soi donc moins qu'une idée pour elle, moins qu'une rumeur : ne soi rien de plus que rien. Si son âme par malheur se tournait vers toi, vas t'en du pays, rejoins-moi où je suis, fais qu'elle t'oublie. Ne soi rien de plus pour elle que l'arrière goût amer propre aux racines de valériane. Disparais sans laisser rien derrière toi. Ce que tu ne prends pas avec toi, débarrasse t'en pour de bon. Ne remplis pas ta cave : je ne voudrais pas qu'elle y descende. Quant à moi, si elle m'a aperçu, elle ne m'a jamais vu. J'ai vu, de loin, la porte de son coeur ouverte et je ne me suis pas plus approché : je voulais la garder ouverte. Il serait facile à tout prétendant d'y entrer mais ce serait une erreur : si d'aventure quelqu'un d'autre que ses amis lui parlait, tu devrais l'égorger sur le champ. Elle est beauté si fragile qu'il suffirait d'un souffle pour la laisser immédiatement en miette sur le par-terre de ma mélancolie. Quant à toi, si tu venais à entrer dans la réalité de l'existence de Clara, je devrais rompre avec  toi, mon ami, pour t'être fait étranger à celui que tu sers et familier à celle que tu dois suivre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cher B, ne te fais pas de mouron : tu dis te trouver en regrets de me voir avec ma triste mine. Je ne me ronge pas les sangs à cause d'elle, je me ronge les sangs pour elle. Je te l'ai déjà confié, en effet : un mélancolique ne peut s'occuper que mélancoliquement de ce qui a, pour lui, la plus haute importance. À cela il n'est point de remède. Clara n'est la cause de rien. Elle fait fait la vie enthousiaste de ma mélancolie. Elle n'est pas mon occasion d'épancher ma noirceur d'âme : elle est, au contraire, l'exception. Mon attention mélancolique et exclusive est à elle exclusivement. Mais pour autant je prends soin de tout garder pour moi. Dans le cas contraire, elle deviendrait mélancolique. Si d'aventure elle venait à  savoir que je me mets dans cet état pour elle, si elle savait comme elle me rend minable, elle est si sensible comme pour avoir une larme à l'oeil. Il est vrai que je serais bienheureux d'avoir au moins sa pitié mais je la veux sous forme de joie. Je veux qu'elle soit à elle-même telle que je l'ai laissée. C'est dans son égalité que je suis épris d'elle. Ne fais pas de moi l'occasion pour elle d'un changement et fais qu'elle ne te salue pas quand tu scrutes ses mouvements. Si tu la tirais de ses songes pour l'amener à nous, elle perdrait tout au change. Clara n'est pas bâtie pour notre mode de vie austère. Le Salut seul, dans son étrangeté inchangée, et hors nos murs, l'attend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec toute mon amitié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;FIGUREZ-VOUS QUE VOUS AVEZ FAIT UN MAUVAIS SOMME&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il y a la faucheuse qui fait tourner son lasso de nuit autour de son crâne à jamais souriant. Elle me regarde. Je prends la fuite comme le lasso de nuit à son tour me sourit. La mort lance la corde maligne en ma direction, elle serre mon cou, éclate mon corps et puis mes viscères se répandent toutes entières dans l'oubli. Avec mes plumes. C'est la nuit noire qui rit aux éclats mais personne ne l'entend. Il n'y a que la mort, la pute ! à ses côtés. S'introduire comme dans un rêve. L'existence s'introduire en nous comme un rêve s'introduit en nous. J'ai prié pour naître. Le songe nous violer ; le songe nous rendre à nous-mêmes oublieux indifférents.&lt;br /&gt;« Comme on fait son lit on se couche » dit l'adage. Cependant nous n'avons pas d'adage pour signifier qu'on dort comme on se couche. C'est évident ! Nul jamais ne se rappelle comment il dort, comment il est enveloppé par le linceul que la nuit et les étoiles jettent sur lui. Nul ne se souvient s'il dort vraiment : on le suppose seulement. Le sommeil est d'ordinaire si oublieux de lui-même et de tout ce qu'il enveloppe qu'il est disposé à ne rien savoir sur rien. C'est d'ordinaire l'oubli de soi-même qu'il embrasse et mal-baise. Moi je trouvais somme toutes étrange que le sommeil se trouve à ce point oublieux quand, pour parvenir à lui, il nous faut plonger au plus profond de nous-mêmes. C'est n'est en effet qu'après un tel plongeon qu'on est capable de « faire le vide en soi et autour de soi » : à ce stade, rien ne nous excite plus. Au fond de soi sans doute n'y a-t-il rien que ce vide, frère jumeaux du sommeil, qui nous fait dormir. Comprenez bien qu'ici je parle du non-être en des termes oubliés. Le sommeil est un vague je ne suis pas et jamais. C'est un anéantissement, sinon complet, tout du moins démesuré de l'être. C'est être encapuchonné. Il n'y a pas plus métaphysique que le sommeil : en nul endroit il nous projette, en nul instant, et en nulle substance. DESCARTES avait tort de prétendre que le doute s'introduit dans le sommeil quand rien ne s'y introduit jamais que la solitude la plus profonde.&lt;br /&gt;Quant à moi, depuis mes 14 ans, j'ai coutume de temporiser l'instant où je sombre dans le sommeil, quand le sommeil sombre dedans mon âme. Je hais cet instant naturellement métaphysique : c'est un viol. Il m'est pénible de mourir à moi chaque nuit. Le sommeil acquis m'est pourtant si confortable que mes réveils ont une tendance, assez peu pratique, à se faire de plus en plus longs et difficiles. Je peine en effet à me lever comme mon oubli de moi-même peine à se souvenir de qui j'étais lorsque j'étais moi. Je ne veux pas me souvenir. Je temporise alors mon réveil des heures durant. Il est arrivé que l'on m'appelle au téléphone lorsque je n'étais pas encore revenu à moi, laissé presque entièrement à la nuit. J'étais un autre, toujours irascible, d'avance remonté, d'une brièveté qui trahissait l'oubli : j'étais pour ainsi dire méconnaissable. On ferait bien de dire que j'avais, dans de telles situations, une voix d'outre-tombe. Le réveil est un vague je suis et maintenant, voilà tout, et je refuse d'être jeté « maintenant », et je refuse d'être jeté dans mon être toutes les fois que se pointe le soleil. Je tiens là les meilleurs arguments qu'on n'aie jamais tenu pour contredire l'adage selon lequel la vie serait un songe qui mène à la mort. Ce qui fait la légèreté du songe, sa désinvolture, c'est qu'il est tissé d'oubli. Ce qui fait la gravité et le sérieux de l'existence, c'est qu'elle est tissée, sinon de savoir – et de savoir sur elle-même – tout du moins de doute. Mon existence, pourtant, est très oublieuse. Grâce à mon épilepsie, en effet, je suis d'ordinaire désorienté, léger et désinvolte, oublieux et insouciant. J'intuitionne ce qu'auparavant je savais avec le plus de certitude. J'ai en moi de vagues ressouvenir des adresses et sentiers qui y mènent alors qu'hier elles étaient connues de moi. Il n'y a de là-bas qu'un vague sentiment, comme si c'était un songe. Je fonctionne au vague sentiment plus qu'aux images : je ne suis pas ce qu'on appelle « un type à la mémoire photographique ». J'intuitionne l'heure comme je viens pourtant de m'en assurer en jetant un regard sur le cadran de ma montre. Oubliez ça ! Je n'ai pas de montre. Tout cela est d'une légèreté confuse qui me rend la vie désespérément virtuelle. Je suis son clown. Triste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;FLEGMATIQUE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Tu te souviens quand je l'ai rencontré, tu te souviens d'août 1997 ? Je pense que oui. Tout le monde s'en souvient. Je n'ai pas arrêté de réfléchir : peut importe ce qu'on dit, je ne crois pas que l'Homme soit naturellement méchant, nous ne sommes pas comme ça. Nous faisons de notre mieux pour être en paix avec nous-mêmes comme avec les autres. On dit que si nous faisons de notre mieux, ce n'est pas assez. Je ne suis pas d'accord. Tu te souviens quand je fus interné, tu te souviens d'octobre 2003 ? Je pense que oui. Tout le monde s'en souvient. Je n'ai pas arrêté de me battre, j'ai défié mes démons de front et partout je voyais des moulins à vent : ça n'a pas marché, je me suis fatigué, ruiné et détourné de mes amis. Tu te souviens de ce qu'il m'a fallut traverser avant d'apprendre à lâcher prise ? Je pense que oui. Tout le monde s'en souvient. Tu te souviens mes idoles que j'ai abattus ? Je pense que oui. Je n'ai pas arrêté de réfléchir : peut importe ce qu'on dit, je ne crois pas qu'une chose ait plus de valeur qu'une autre. La vie à la mort est pareille. Tu te souviens de tes efforts pour abattre mes tours, mes dieux et mes idoles ? Je pense que oui. Tu dois t'en souvenir. Je n'ai pas arrêté de réfléchir : peut importe ce qu'on dit, je ne peux pas vivre en-dehors du fantastique. En-dehors du fantastique je ne suis plus à la vie. Où irons-nous une fois que tout sera fini ? Je n'en sais rien. Pouvons-nous jamais revenir sur nos pas, pouvons-nous jamais avancer ? Peut-être. Peut-être pas. À l'heure qu'il est, il ne reste que trois fois rien.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3092030083376098034?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3092030083376098034/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragments_06.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3092030083376098034'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3092030083376098034'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragments_06.html' title='Fragments'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-914427689121446509</id><published>2010-11-03T20:05:00.001+01:00</published><updated>2010-11-03T20:11:53.863+01:00</updated><title type='text'>Fragments</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CERVELLE BRÛLÉE SUR PAPY RUSSE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Des rats grouillent sous mon crâne, qui croutent les allées. Ces bestiaux vont et viennent comme dans un labyrinthe, ils sifflent dans mes oreilles. Des vaisseaux éclatent dans ma tête, qui aussitôt se répandent en des flots nerveux dans les allées rongées. Quelques rats se noient sous les flots, quelques flots se noient sous les rats. Règne dedans mon corps, comme dans un monastère, une atmosphère de folie chronique. Les enthousiastes font les iconoclastes : ils ruinent et flambent mes idéaux, mes reliques et mes reliquaires, mes veaux d'or et mes vitraux, mes exigences et mes merveilles. Ils laissent le temple de mon cerveau vide comme un tombeau violé, mes espoirs morts en-dedans d'eux-mêmes. Halas ! Pointe le Dieu brûlant comme un soleil, un Moïse sauvé des eaux, d'innombrables bateaux passent sur les profonds tumultes de mes pensées fluides. Et Dieu, là, qui fait s'évaporer toutes mes pensées : il n'y a plus de tumultes. Il y a une coque naufragée surplombée de rats et de neurones et de vaisseaux esclaffés : sous mon crâne, dans ma tête – ne parlons pas de mon coeur, c'est une maison vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(0, 0, 153);"&gt;Post-Scriptum :&lt;/span&gt; Non, je n'ai rien consommé. L'absinthe n'a pas voulu ça, la nicotine n'a rien voulu de ça. L'épilepsie, elle, m'a dit, oui, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« je te dicterai tout et tu seras mon nègre. »&lt;/span&gt; Et avec la chevelure et avec les yeux qu'elle a, comment aurais-je pu refuser ? &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Autant être baisé par elle plutôt qu'une autre »&lt;/span&gt;  je me suis dit qu’au moins elle faisait bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;IL AVAIT DES CORNES&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il avait des cornes. On lui avait mis une ficelle autour du coup. Je tirai sur la corde, il me suivait dans sa légèreté, faisait des bonds, il avait des cornes. Je tirai sur la corde en courant, il me suivait, il flottait dans sa légèreté, avec ses cornes : c'était un cerf volant. Et moi, ma légèreté ? Et moi, ma désinvolture ? Mais enfin ! Tirez sur moi si vous le souhaitez : jamais je n'aurai de cornes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;LANGUEUR LANGOUREUSE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Et puis, et puis quand un avion s'envole dans le ciel, moi j'imagine tous ces départs, tous ces gens qui doivent partir, qui se séparent, qui se déchirent. Quand un avion s'envole dans le ciel, moi je te revois : Amazonie, où en partant tu disais « l'été prochain, je reviendrai » et depuis ce jour sous la pluie acide, lamentablement moi j'attends. Trois étés déjà sont revenus, je suis là comme je t'avais promis : mais où es-tu ? Mais où es-tu ? A 20 heures de routes. Voilà tout. C'est que je ne peux pas venir te marier, Amazonie, sans mes papiers sur moi, avec mes papiers dans les bureaux... Tu dois me pardonner, faire semblant d'oublier, et puis fermer les yeux. [Amazonie] tu es tout à la fois, femme et enfant pour moi, et je fais de mon mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;LETTRE D'AMOUR&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Ma douce Clara,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais un orphelin, sans toi. Tu fus mon unique, ma chaumière et ma mère. Tu fus ma vache d'or, mon idole, et ton lait au goût du sang fut la vie dans mes veines. Tu fus ma lingerie pour laver mon linge, et ma tapette à mouches. Tu fus ma forêt profonde, Clara – O Clara de la forêt profonde, tu fus les poumons en-dedans mon coeur, et mon coeur grâce à toi respirai. Mais ce matin, ce matin là, tu m'as fichu dehors en gardant mon coeur dans ton foyer. Tu m'as dit « non » du bout des yeux, tu m'as arraché à moi-même, emmené loin de moi-même, et jamais tu ne m'as rendu. Tu n'as laissé de moi, tu n'as laissé pour moi que le souvenir de celui que j'étais lorsque j'étais moi. A présent, je suis la peau d'un souffle froid sur des os secs, à traîner mon mort d'ennui. Comment as-tu fait, sorcière ? Comment as-tu fait, petite idiote, pour me garder pour toi ? Peut m'importe en fin de compte : je suis resté assez auprès de toi pour observer combien tu as perdu au change. Je ne me veux pas vif. Garde pour toi nos deux vies. Vif, c'est abominable.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-914427689121446509?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/914427689121446509/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragments.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/914427689121446509'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/914427689121446509'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/fragments.html' title='Fragments'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5695468363075608447</id><published>2010-11-02T03:00:00.002+01:00</published><updated>2010-11-02T04:11:26.660+01:00</updated><title type='text'>Il faut bien que quelqu'un meurre</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Le poète doit mourir. Pour contraste&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pour rendre aux autres la valeur de la vie »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Virginia WOOLF, in &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Mrs Dalloway&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je voyageai. Personne ne prend note de vous lorsque vous êtes présent : ce n'est qu'une fois sur le départ que vous leur devenez vif. Sur votre départ en effet, on prend soin de vous comme il arrive qu'on se soucie des morts. Il y en a même pour commémorer chaque année le jour de votre départ !&lt;br /&gt;Je voyageai. Dans les pays desquels j'étais parti, la mémoire de moi devint tantôt un pastel, tantôt un fantôme, et les raisons de mes départs plus transparentes. Ceux qui restaient tissèrent entre eux des relations autour de mon absence. Enfin, le temps jeta l'oubli sur mon absence en même temps qu'il jetait la gloire sur la présence de ceux qui ainsi avaient tissé entre eux : quelque chose fleurissait sur mon absence. Eh ! La mort au départ est pareille ! Après un an, elle devient finalement romantique, tout ces herbes autour d'un corps qui, pour s'être putréfié, les a bien nourries. D'autres que moi peut-être se seraient formalisés, d'autres que moi sans doute auraient souhaité rendre leur absence plus vive, d'autres que moi assurément auraient souhaité garder leur absence pour eux-mêmes et qu'on ne tisse rien autour. Ceux-ci sont avares. Moi j'aimais ce qu'on avait tissé : leurs relations parfois ténues, parfois chère payées, souvent magnifiques. Si je suis l'occasion pour ceux qui restent de les rendre plus vifs les uns pour les autres sans que pour cela ils n'aient à partir, alors je suis bon voyageur. Voyager, c'est commencer à voir les choses différemment ; j'embrassai le monde sans &lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;moi &lt;/span&gt;jeté dedans. J'errai pour apprendre à mourir ; j'errai pour apprendre à vivre aux sédentaires.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5695468363075608447?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5695468363075608447/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/il-faut-bien-que-quelquun-meurt.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5695468363075608447'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5695468363075608447'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/11/il-faut-bien-que-quelquun-meurt.html' title='Il faut bien que quelqu&apos;un meurre'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3942496078640283971</id><published>2010-10-29T20:42:00.001+02:00</published><updated>2010-10-29T20:44:12.361+02:00</updated><title type='text'>Papiers de R.</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;Papiers trouvés dans le chevet d'un meuble antique. Signés « R. », je n'ai fait que les traduire, je ne fais que les relayer, la traduction est de moi, ce qu'il y a derrière est d'un autre, je suis son nègre mais il ne le sait pas ; il est mon négrier et il l'ignore.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le mois d'octobre et l'année 1983 se meurt. Des enfants naissent ici ou ailleurs. Ma chambre baigne dans la lumière tamisée brassée par l'énorme ventilateur qui pend au vieux plafond lézardé de l'hôtel room. C'est que je suis dans une énorme brasserie avec un lit, des oreillers, une sale de bain et puis tout ça. On me brasse. Attablé à mon chevet, je me ressouviens. Je me ressouviens en effet des raisons pour lesquelles je quittai le Danemark au courant de novembre 1981. D'autres enfants naquirent sûrement aussi ce jour là. En arrivant à Copenhague au début de 1981, l'existence m'était devenu d'abord plus légère. Je faisais les boutiques de mes yeux mais en-dedans moi-même sans dépenser un copec. Je visitais le jardin royal et ses tulipes violettes, je faisais les quais à l'Est de l'embouchure du canal de Nyhavn où je tombais sur la surévaluée petite sirène, une grande statue du nu de Michel Ange, etc. J'embrassais l'existence avec légèreté, elle me semblait pudique, timide, distante. L'existence m'avait tout l'air d'une jeune fille amoureuse et moi j'étais amoureux d'elle. Ensuite, cette existence légère et insouciante m'avait rendu soucieux : j'étais soucieux de mon insouciance. S'il est entendu qu'on se soucie de ses soucis, il n'y a rien comme un malentendu avec soi-même, comme inattendu et comme plus difficile que d'être soucieux de rien ! Soucieux du beurre, on peut l'être, mais soucieux de rien ! À moi, il me semblait devenir si léger que je m'oubliais en moi-même quand d'ordinaire j'oubliais tout le reste à part moi. Il me semblait que l'existence me devenait chaque jour un peu plus légère comme une jeune fille insouciante, si légère qu'elle perdait toute sa réalité. Elle était irréelle sous ses vêtements, dans sa sobre nudité. Je l'avais vue nue, moi, et j'ai compris d'emblée qu'il allait m'arriver comme il arriva à Achéron : elle allait me transformer en cerf pour l'avoir vue dans sa vérité-nue et puis mes propres chiens de chasses allaient me dévorer tout cru avec mes plumes, mes vêtements et puis tout le reste. Et en un sens, toute cette situation m'allait très bien : je la trouvais aimablement poétique, aimablement mythologique. J'ai toujours aimé les mythes et la poésie, tout ceci était très bien. Comme je arpentais les quais brumeux de Copenhague dans ma soucieuse insouciance, les relations m'étaient devenues bien plus facile d'entretien : j'avais quelques amis en poche, la Bible à mon chevet, des familles de substitutions et nombre de portes ouvertes ; on me saluait dans la rue, on causait de tout et de rien et de surtout trois fois rien. J'avais le jardin royal d'amitié pour moi tout seul, voilà tout. Et voilà que tout le monde me connaissait et assurément réciproquement : je connaissais tout le monde, je m'inscrivais enfin dans la société, participant aux réunions, aux virées et aux repas ; et puis la société participait de moi : j'étais enfanté dans les rencontres, on m'extirpait de moi-même. Je n'étais plus self-absorbé – enfin – comme j'espérais ! Mais voilà : je n'étais plus moi-même, il y avait trop de moi-même que je donnais à l'autre. Assurément il me le rendait, bien sûr il essayait de me le rendre mais on ne vous rend jamais tel que vous vous étiez donné : et vous vous sentez différent de ce que vous étiez, étranger à vous-mêmes, c'est un changement insupportable. Il y en a qui ont le don de vous rendre sac-de-merde à vous-mêmes.  Attablé à mon chevet sans livre et sans personne, je chantais Claude François : « je t'aime autant que je t'en veux de ne pouvoir rester le même mais je fais de mon mieux... » Définitivement assurément j'étais rendu léger, je devenais léger, oublieux de moi-même, je m'oubliais comme un incontinent. Je pissais de joie dans mon froc lucide. J'avais l'impression d'être, sinon dans un songe, un songe moi-même ; en train de somnoler, sur le point de jamais me réveiller. La brume et tous les gens dans la brume et sur les quais qui baignent dans la brume m'avaient rendu étranger à moi-même. Iglesias mentait lorsqu'il chantait « je n'ai pas changé, je suis toujours le même homme ». On change comme on se change et à nous-mêmes on n'est jamais pareils. Si l'eau chaude à l'eau chaude est pareille, l'homme à lui-même est différent : il y a de ces décalages qui vous rendent à vous-mêmes désespérément virtuels. Toujours est-il que mon rêve était trop beau et insouciant : à nouveau je devenais chaque fois plus soucieux de mon insouciance. Ma légèreté, l'insupportable légèreté de mon être devint de plus en plus insupportable : voilà tout. Mais enfin ! Grâce à moi je compris tout si bien que j'allai me présenter face à la sévère alternative de l'heure, elle était très semblable à celle que l'on dit avoir été présentée à Achille : ou bien je restais au Danemark, j'y passais une vie tranquille, légère et insouciante mais jamais je ne serais connu de moi-même | ou bien je rentrais en Amérique du Sud, j'y passais une vie agitée, pesante et soucieuse mais j'aurais à y faire ma place pour devenir connu : et surtout connu de moi-même ! Vous savez déjà ce que je choisi comme l'année se mourait : je suis rentré. Je me ressouviens que pour inaugurer ma guerre – j'avais à me faire une place – je suis allé étudier quelques temps au Canada juste ensuite d'être rentré chez moi : c'est proche de l'Amérique du Sud et les anglophones avaient, à cette époque déjà, bien plus de chances de dégotter un grand boulot et quelques petits boulots, gagner sa croute et son copec et puis tout ça. Toujours est-il que ces études au Canada m'étaient insupportables : je ne me reconnaissais plus dans mes rapports avec les gens, j'avais peu de relations et elles étaient routinières et sans merveilles, j'étais devenu l'habitude de la jeune fille éprise de moi... je tombai de plus en plus malade et fatigué. Et je bus.  Et je jetai mes livres d'études à la face de mes professeurs effarés : au sortir des salles de cours, je fondais en larmes bien salées et puis j'obtint les meilleurs appréciation de la promotion. J'aurais voulu sans doute pouvoir ne pas les prendre avec sérieux : en effet j'aurais voulu pouvoir simuler face à elles mon amour pour elles et ma surprise mais non ! Il n'en n'était rien ! Pas même l'idée d'une saveur dans ma gueule de lion ! Elles avaient un goût de pain rassi. Mais quoi ? Ces notes devaient me permettre d'aller ensuite étudier à Copenhague : celui-ci des pays qui présente la vie comme une jeune femme. Mais enfin j'avais réussi, mais enfin comment pouvais-je me permettre de réussir alors que Clara elle aussi avait réussi ? Si elle avait rompu avec moi, j'étais nécessairement appelé à me tenir à distance de tout ce qui lui était familier : dans ce cas, la réussite scolaire. Au sortir du Canada, je n'avais pourtant pas encore pris la demie-mesure de cet impératif, si bien que j'entrepris des études pré-universitaires en Amérique Latine : à cet instant, le destin voulu que j'apprenne que Clara était passé par là, dans la même institution scolaire que moi, que mes professeurs lui avaient enseigné, et que par surcroît il avait réussi. C'en était fini ! Je ne pouvais plus continuer, je tombai malade et j'abusai de l'absinthe et puis je ne continua plus, etc. J'ignore si j'étais attablé à mon chevet mais je me ressouvins de Copenhague en 1981 : le temps avait adoucit mes souvenirs, la réalité floutée comme une aquarelle, les soucis d'alors rabotés... et je me dis « Copenhague est bien la solution ! » Elle me chatouillait comme un rabot. Je ne compris assurément plus pourquoi j'avais quitté ce merveilleux pays : je me souvins de ce que j'avais pensé en mon fort intérieur mais je n'en prenais plus même le quart de la mesure. C'est que mon verre ou ma mesure était pleine d'autres choses d'un autre temps. Il semblerait que le temps, les nuits qui me séparaient de ma décision d'alors de quitter le Danemark avaient jeté un voile sur le vif. Mes raisons m'étaient mortes et j'étais mort à elles. Mais enfin en tant que morts comment se fait-il que nous fussions étrangers ma raison à moi et moi à mes raisons ? Je suis donc revenu fin août 1983 : tout le monde le sait. L'effet fut immédiat : à nouveau je me sentis de plus en plus léger, insouciant et présent aux rencontres et à la vie. On tirait ici sur le fil de ma mélancolie et tout se déroulait, et tout se déroulait trop bien. Mais voilà ! Lentement et subrepticement, cette légèreté à nouveau devint insupportable. Je me résolus alors de travailler et je trouvai rapidement quelques petits-jobs : je réparai les ordinateurs d'amis et d'amies, et puis à l'heure actuelle je démarche dans l'optique de devenir journaliste indépendant, un ami m'ouvre les portes. À ma plus grande surprise et à ma plus grande déception, le fait de m'inscrire dans la dimension professionnelle (a priori sérieuse, soucieuse, bien réelle et engagée dans la gravité) n'a rien changé à l'affaire ! Non ! Je demeure irrémédiablement léger et insouciant : je demeure heureux irrémédiablement. C'est inéluctable : une telle joie ne saurait durer. Je me sens irrémédiablement trop léger : ma légèreté, celle de l'existence ici me devient insupportable ; tout devient comme un ballon à hélium et mon nombril et ma voix aussi gonflés à l'hélium. Je m'oublie moi-même dans ma légèreté, j'oublie l'existence dans ma légèreté : je flotte au-dessus et jamais je n'entre réellement dans elle comme jamais je ne me suis introduit dans aucun con. Jamais je ne me fais corps, j'ai l'impression désagréable d'être un pur esprit, l'ombre de moi-même, un fantôme – quelque chose comme ça. Je sens la vie en tous cas avec tant de retard qu'elle me semble désespérément virtuelle. Ah comme il est ignoble d'être cloué sur le sol de l'Amérique du Sud ! Ah comme il est ignoble d'être suspendu dans les airs de Copenhague ! Où que j'aille et quoi que j'entreprenne, je ne suis pas égal à moi-même, je suis ma propre trace, ma propre crypte, le cimetière où git l'histoire de ma propre histoire. Où que j'aille et quoi que j'entreprenne, je suis ou bien trop léger et je m'oublie, ou bien trop lourd et je ne pense qu'à moi ! C'est un fait : les deux alternatives sont insupportables. Je ne suis pas en mesure de me permettre d'être heureux puisque j'imagine Clara heureuse. Je ne peux pas me permettre d'être accepté par un tiers puisque Clara a signifié que je suis inacceptable. Je dois pourtant accepter d'être accepté par un tiers puisqu'au tiers cela lui fait du bien ! Je dois pourtant embrasser mon bonheur et ma légèreté avec insouciance puisque ça fait le bonheur et la légèreté de ceux qui prétendent tenir à moi ! Combien de sacrifices encore suis-je appelé à faire pour rendre ce qu'ils méritent à ceux que j'aime à raison et dont je suis convaincu qu'ils m'aiment à tort ? On m'invite à me rendre à une soirée mais qu'aurais-je à y rendre ? Je suis tout à Clara, il ne m'a pas rendu à moi-même. On m'invite à m'en remettre à Dieu mais qu'aurais-je à Lui remettre ? Je ne suis plus à moi : je suis tout à Clara, il ne m'a pas rendu à moi-même. Je voudrais m'offrir à vous, à ceux que j'aime, à la rencontre mais qu'aurais-je à offrir ? Je suis tout à Clara. Que ne comprenez-vous pas ? C'est évident : je vous invite à observer cet enfant, là, qui construit un pâté de sable. Il appelle ce pâté un château, il le peuple de monde, il y met tout de lui, il se reconnait dans son château et il trouve qu'il a bien travaillé. Observez-le bien, cet enfant, quand une vague emporte son château : il pleure, incapable de s'en remettre, il n'est plus à lui. Il est comme ce malheureux qu'une jeune fille a emmené trop loin de lui-même : il n'est plus lui-même. Cet enfant bien sûr grandira, et toutes les fois qu'on l'invitera à se rendre à un rendez-vous ou à s'en remettre à quelqu'un, il se comportera comme s'il savait qui il est et comme s'il lui restait quelque chose de lui-même à rendre ou à remettre ! Il joue la comédie, il se prend pour quelqu'un quand il sait trop bien qu'il n'est plus personne. Il ne se reconnaît ni ne se retrouve en rien : il travaille sans s'y retrouver et le travail n'est pas gratifiant et le travail le dégoute. Il entretient des relations sans s'y retrouver et la relation n'est pas gratifiante et la relation le dégoute. Il voyage à en perdre ses propres traces : il s'imagine que s'il perd ses propres traces, il ne sera plus la trace de lui-même et au contraire sera tout entier un homme dont l'histoire est à faire mais il n'y rien à faire. Tout est perdu. Il n'est plus même le sable, il n'est plus même la page blanche sur laquelle on puisse écrire. Il n'y a rien sur quoi écrire : tout est perdu. Ô moi ! Ô la vie ! Je suis malheureux d'être heureux, soucieux d'être insouciant, soucieux d'être oublieux, agité de m'être oublié et ma vie et vos vies avec moi ! Je ne saurais me permettre d'être joyeux, moins encore contenté, et pourtant je le dois pour vous contenter vous : voilà tout. Je est un insatiable trou noir ! On peut y mettre un couvercle au-dessus du trou, la Bolivie est un couvercle au-dessus du trou, mais rien n'est réglé pour autant et tout est vraiment perdu. Je voulais vous parler de vous : vous êtes bien plus intéressant, vous êtes bien plus intéressés, vous êtes bien plus aimables. Je voulais vous parler de vous parce que c'est vous que j'aime. Et pourtant je le retrouve dans mon lit en proie à la mélancolie : squelette, mon petit, veux-tu des spaghettis ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Qu'on ne s'en fasse pas ! Je continuerai de donner le change, je continuerai de me mentir à moi-même, je persisterai mes maladresses, je continuerai de remonter après avoir sombré, je continuerai de prendre les hauteurs pour éternelles quand je serai en haut, je continuerai de prendre les profondeurs pour éternelles quand je serai en bas, je continuerai de vivre dans mon petit bout de paradis, je continuerai de vous aimer en vous donnant ce que je suis ne suis pas en mesure de vous donner, je continuerai jusqu'au jour de ma mort dont je sais avec le plus de certitude qu'il ne sera ni accidentel ni moins naturel. Jusqu'ici tout ira bien. Jusqu'ici mon malaise restera dans le camp de la littérature. Jusqu'ici je demeurerai journaliste indépendant et tout ce que vous savez.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il se fait tard, il faut que je rentre ... chez moi. Mais tout de même, il me faut les souliers noirs, il me faut la veste brune, il me faut rêver dans ma corbeille, et tout irait bien.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;b&gt;R.&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3942496078640283971?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3942496078640283971/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/papiers-de-r.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3942496078640283971'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3942496078640283971'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/papiers-de-r.html' title='Papiers de R.'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-3908313312784011753</id><published>2010-10-29T04:25:00.003+02:00</published><updated>2010-10-29T04:33:58.972+02:00</updated><title type='text'>Pinocchio comme sujet désirant</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;1. INTRODUCTION&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pinocchio est double. Il y a pour ainsi dire deux Pinocchio&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TMoyZ9qUUxI/AAAAAAAAAhA/OJdV0ZwbADM/s1600/abalestri.png"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer; width: 200px; height: 170px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TMoyZ9qUUxI/AAAAAAAAAhA/OJdV0ZwbADM/s200/abalestri.png" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5533290513808249618" border="0" /&gt;&lt;/a&gt; : le pantin, lequel passe son temps à mentir, à courir et à se détourner des obligations sociétales. Il est comme une jeune fille émerveillée qui court après les papillons (1) Le bon petit garçon, lequel passe son temps à travailler et à étudier. Il est comme l'officier ou le maire du village : il exerce une fonction dans la société, laquelle va au-delà de sa volonté d'agir. (2) Si le premier Pinocchio vole sa croute, le second gagne sa croute. Il y a un troisième Pinocchio : celui qui se transforme en âne : c'est le pantin qui n'est plus étranger à la société mais qui, au contraire, est reconnu par la société comme un âne pour s'en être « stupidement détourné ». Le Pinocchio-âne est celui qui cesse d'échapper à la société et aux catégories ou aux classes sociales : elle le comprend, mais elle le comprend comme un idiot, un individu subversif et marginal, un bon à rien dans la communauté, c'est-à-dire un âne. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire la version DISNEY des Aventures de Pinocchio (&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Storia di un buratino&lt;/span&gt;), l'œuvre originale ne présente pas &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« devenir un bon petit garçon bien comme il faut »&lt;/span&gt; comme un enjeu éthique donné d'emblée. Dans l'œuvre originale de COLLODI, en effet, la fée bleue ne présente pas cet objectif éthique comme une obligation extérieur au personnage : c'est le personnage de Pinocchio qui est appelé, au fil de ses mésaventures, à se résoudre de lui-même à réformer sa conduite en vue de devenir un bon petit garçon bien comme il faut. À ce titre, si DISNEY présente l'éthique comme une obligation donnée d'emblée par la fée bleue et la société, COLLODI présente l'éthique comme une alternative dont l'adoption est résolument individuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l'ai dit : Pinocchio est double, il y a deux Pinocchio (voir trois). C'est aussi vrai du personnage que ça l'est du récit : en effet, COLLODI en avait achevé l'écriture à la pendaison du pantin : Pinocchio devait mourir et le livre s'achever. Cependant, sous la pression de son jeune lectorat et du tenant du journal dans lequel il avait publié la première et supposée dernière partie des aventures de Pinocchio, COLLODI repris de plus belle les aventures. Cette « deuxième partie » ne répond ni au processus narratif, ni au schéma narratif, ni au « style » littéraire de la 1ère partie : le récit, déjà, est double. L'auteur en acheva une seconde fois la rédaction : Pinocchio devait mourir une seconde fois et le livre s'achever. À ce stade, l'histoire se reproduit : son lectorat pensai qu'il y avait méprise : il voulait une reprise. COLLODI repris la plume de plus belle et écrivit la troisième et dernière partie des aventures de Pinocchio. Cette « troisième partie » est elle aussi en rupture par rapport aux deux précédentes : style littéraire différent, trame différente, etc. À ce stade, s'il y a trois Pinocchio(s) (i.e. le pantin, le bon garçon et l'âne) il y a bien aussi trois parties au livre de Pinocchio qu'on présente pourtant comme un tout. Cela dit, si COLLODI n'a finalement pas fait mourir Pinocchio, s'il ne l'a pas fait mourir au sens littéral, nous pouvons concevoir qu'il l'a fait mourir au sens imagé : le pantin meurt, l'âne n'est plus, les désirs de la société sont substitués à deux du bon petit garçon et, ainsi, tout mouvement quitte Pinocchio, il perd tout son intérêt et le livre s'achève. Ce sont les rapports entre le pantin, l'âne et le bon petit garçon qui conféraient à Pinocchio son mouvement et sa vie : c'était la base de ses aventures. Devenu uniforme, devenu « un », la vie et le mouvement le quittent. Il est bon d'accréditer cette lecture en rappelant qu'après avoir publié Le Avventure di Pinocchio, COLLODI écrivit un second livre, lequel retraçait la « vie » de Pinocchio devenu bon petit garçon (ainsi que nous l'avions quitté à la fin des Aventures) : ce second volume n'a jamais intéressé personne et rares sont ceux qui savent qu'il existe bel et bien deux volumes de Pinocchio ! C'est qu'effectivement, une fois devenu le bon petit garçon, une fois qu'il n'alterne plus entre le pantin, l'âne et le bon petit garçon, Pinocchio ne présente plus aucun intérêt, plus aucune complexité, plus aucune richesse et plus aucun mouvement. Cela étant dit, ce que nous dit le caractère polymorphe du personnage et du conte, c'est que le personnage et le récit sont pleins de « subversions », de détournements et de retournements. Le pantin (se) détourne (des) obligations imposées par la société tandis ce que le récit se détourne à maintes reprises des règles que doivent suivre un conte. Depuis l'âge classique, on avait en effet l'habitude d'écrire selon la règle de la triple unité : unité de temps, unité de lieu, unité de personnage. L'œuvre originale de Pinocchio s'en détourne : il y a bien un seul personnage central mais il est triple, présenté sous trois formes, présenté dans trois dispositions et dans trois humeurs différentes ; il n'y pas d'unité de lieu puisque le pantin prend vie dans la maison d'un ivrogne, est modelé dans la maison d'un artisan et se retrouve finalement dans le ventre d'une baleine. En outre, on passe d'un registre réaliste (la chaumière) à une registre fantastique (le ventre de la baleine) : il n'y a donc pas non plus d'unité de registre. C'est à cet égard qu'on est incapable de dire du conte qu'il est strictement réaliste même si, au fond, il l'est bien d'avantage que ne l'est celui de Peter Pan. C'est encore à cet égard qu'on est incapable de prétendre que la morale de Pinocchio – si morale il y a – favorise la dimension réaliste du travail.&lt;br /&gt;Il n'y a pas d'art qui consiste à démêler l'œuvre de Collodi : elle se présente comme une pelote de laine, un nœud dialectique impossible. La multiplicité des registres, sa structure complexe, ses nombreuses références grecques, ses nombreuses auto-référence (les livres que Pinocchio jette à la gueule de ses camarades furent écrits par COLLODI lui-même !), etc. en fait une œuvre à la fois riche et extrêmement complexe. Sachant que l'auteur était italien, on pourrait dire non sans rire qu'il écrivit une œuvre spaghetti ! Pour ma part, je me limiterai à tirer un fil ça et là. Précédemment, j'avais déjà tiré celui du &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;divertissement &lt;/span&gt;(cf. PINOCCHIO ET PETER PAN CONSTAMMENT RAPPORTÉS AU DIVERTISSEMENT) ; j'ai bien envie aussi de tirer sur celui de la &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;nostalgie &lt;/span&gt;dont on trouve aussi des occurrences chez Peter Pan. Cela dit, je me propose, dans cet article, de tirer sur le loch du &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;désir &lt;/span&gt;: l'article s'intitule donc PINOCCHIO COMME  SUJET DÉSIRANT. Quel est le rapport entre le désir de Pinocchio et celui de la société dans laquelle il évolue ? Sous quelle forme se présente le désir de Pinocchio et comment s'inscrit-il dans le temps ? Telles sont les questions auxquelles répond cet article.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2. PINOCCHIO COMME SUJET DÉSIRANT&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Un vieil ivrogne est à son atelier. Il a froid et compte prendre un feu pour se réchauffer. Il vient de ramener, du marché, une grande bûche de bois vil qu'il s'apprête à mettre en pièce pour prendre le feu et l'alimenter. Le vieux dispose la bûche bien devant lui, il prend une hache et se dispose à trancher dans le bois : mais voilà que le vieux entend &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« non, pitié, ne me fais pas de mal ! »&lt;/span&gt;. Le vieux croit avoir eu la berlue de l'ouïe et se dispose à nouveau à trancher dans la bûche mais la bûche répète ses revendications alarmées. Le vieux lâche sa hache apeuré. Revenu à lui-même, il se muni d'un rabot et rabote la bûche : il entend rigoler, on lui dit que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« ça chatouille »&lt;/span&gt; : le vieux n'a plus de doutes, c'est bien la bûche qui parle. Juste après ça, l'ivrogne reçoit la visite de Geppetto, lequel vieil artisan lui demande s'il aurait l'amabilité de lui prêter une bûche histoire qu'il puisse fabriquer un pantin de bois. Les deux amis se mettent d'accord et, sur ce, la bûche lance quelques insultes à Geppetto. Celui-ci assurément croit que son vieil ami l'insulte et les deux hommes s'étranglent « amicalement ». Les deux hommes se relèvent et se pardonnent, Geppetto se retourne et la bûche se lance contre les jambes de celui-ci : à nouveau Geppetto accuse son vieil ami, à nouveau ils s'étripent, à nouveau ils se pardonnent ; l'ivrogne cède la bûche à Geppetto et ils se quittent contentés : l'un à acquis la bûche qu'il voulait, l'autre s'en est débarrassé, l'artisan croit son ami délirant, l'autre ne veut plus rien savoir de cette histoire. C'est à Geppetto de découvrir que la bûche est rebelle. Toujours est-il qu'aussitôt rentré dans sa maison, l'artisan se met au travail, son pantin n'a pas encore complètement pris forme qu'il frappe son artisan. Le vieil artisan du bois pense avoir quelques hallucinations, il achève son travail et voilà que le pantin marche. Au lendemain matin, Pinocchio déjà fuit par la fenêtre et s'en va en courant après s'être joué de son « père » : c'est le débuts de aventures du pantin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pinocchio est double : il y a le pantin et c'est ainsi que tout commence, il y a le bon petit garçon et c'est ainsi que tout fini. Il y a le pantin et c'est celui qui fuit, il y a le bon petit garçon et c'est celui qui se rend en salle de cours et sur chantier de travail. Le pantin est pour ainsi dire comme une jeune fille qui court après les papillons ; il obéit à sa volonté d'agir, et sa volonté d'agir jamais ne s'accorde avec ce que les autres personnes ont prévu pour lui. Je dis de ce pantin « frippon » qu'il se trouve dans le stade esthétique de l'existence. En effet, il est en rapport à la spontanéité : il agit sur des coups de tête ; il agit ponctuellement des actes qui ne s'inscrivent jamais dans la durée et sont aussitôt oubliés ; la société ne participe pas de lui : on ne lui donne ni à manger, ni à boire, ni des vêtements à se mettre sur le dos ; il ne participe pas à la société : il n'étudie ni ne travaille, n'honore pas les contrats de confiance passé avec ses amis. L'esthétique de Pinocchio se présente comme un rapport subversif avec l'éthique et la société : effectivement il détourne l'éthique, se moque des lois, des conseils et des obligations. Il vole et il ment. À de nombreuses reprises, on observe le caractère profondément subversif du pantin : il jette ses livres didactiques ou moraux à la gueule de ses camarades de classe, vole un morceau de pain à un quidam, sème la police qui court après lui, vole des pâtisseries, ment à la mère de Lucignolo qui recherche son fils égaré, il n'honore pas le contrat de confiance passé avec la fée bleue : il ment, etc. À cet égard, Pinocchio détourne l'éthique, il prend les chemins de traverses, ceux qui ne sont pas partagés par la communauté des honnêtes gens. Il est en rapport aux honnêtes gens et aux choses bien réelles de l'existence mais il se nourrit de pain et de pâtisseries volés. Il n'y a donc pas à être étonné si l'éthique se retourne contre lui : les officiers emmènent son père au poste de police, on profite de lui, les professeurs le punissent, d'autres officiers le condamne à la prison pour avoir été volé par des brigands, etc. Si chez Pinocchio l'esthétique se présente comme un détournement de l'éthique, chez Peter Pan, elle n'entretient aucun rapport avec l'éthique : l'esthétique de Peter Pan est une non-participation radicale à la réalité de l'existence et de la société, elle est à l'éthique ce que la nuit est au jour, elle est le songe irréaliste des gens réels, elle est un autre monde et un autre pays. Pinocchio, au contraire de Peter Pan, compose avec la réalité : seulement il la détourne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est clair que Pinocchio ne supporte pas d'être conseillé, moins encore d'être dicté. Le pantin considère qu'il doit répondre à sa volonté d'agir. Il ne comprend pas ceux qui lui signifient que son devoir envers la société va au-delà de sa volonté d'agir. À ce titre, il y a une individuation de l'éthique chez Pinocchio : le devoir se détermine par soi-même dans son face à face avec l'autre, et le devoir exige de répondre à sa volonté d'agir et à ses désirs. C'est un trait libertin ! Si Pinocchio participait de la société, suivant des cours bien tranquillement, honorerait les conseils donnés par les adultes, ne s'inscrirait-il pas dans la société comme sujet non-désirant ? Son désir et sa volonté serait en effet substituée par ceux de la communauté. Pinocchio lui-même n'aspirerait plus à rien : on aspirerait pour lui. Pinocchio n'exigerait plus rien de lui-même : sa fonction exigerait qu'il fasse ceci plutôt que cela. Et par ailleurs, lorsqu'il devient « le bon petit garçon bien comme il faut », le récit s'achève une fois pour toutes puisqu'il n'aspire plus à rien. De ce point de vue, il y a, dans l'œuvre originale, une irréductible contradiction entre l'éthique et le désir personnel : le désir personnel se fiche de la société, il est dans le camp de la subversion et du détournement de l'éthique. Le devoir, en revanche, est le désir de la communauté : c'est dans le camp de l'éthique et c'est un détournement du désir individuel. C'est donc l'alternative de Pinocchio : soit il est pantin obéissant à ses désirs individuels et détourne les désirs de la communauté (i.e. les devoirs), soit il est le bon petit garçon honorant ses devoirs, lesquels sont au-dessus de sa propre volonté d'agir. Dans un cas comme dans l'autre, quelque chose se retourne contre lui : l'éthique dont il s'est moqué lui joue des mauvais tours (1) ou ses désirs dont il s'est détournés se rappellent à lui et demandent satisfaction (2). Cette alternative confère à Pinocchio son mouvement : un coup il vole, le coup d'après il travaille pour gagner son pain ; un coup il étudie comme un élève modèle, le coup d'après il oublie la salle de cours et va à la recherche d'un requin ; un coup il fait une promesse, le coup d'après il la rompt et ment. Il croit être égal à lui-même et d'humeur égale s'il répond à ses désirs individuels – comme le croient les libertins – jusqu'à ce qu'il se rende compte s'échapper à lui-même et se détourner de lui-même et de ses « parents ». Quoi qu'il fasse, il semble impossible pour lui de concilier ce qu'il veut et ce qu'on veut de lui ; quoi qu'il fasse, quelque chose se retournera contre lui. En obéissant à ses désirs, il passe à côté de lui-même et de son existence comme il passerait à côté d'un feu rouge ; comme il court après les requins. Si il lui suffisait de répondre à ses désirs personnels pour être vraiment lui-même, alors il n'irait jamais voir ailleurs dans les salles de cours ou dans le ventre de la baleine qui est sa nouvelle chaumière. Il danse d'un pied sur l'autre précisément parce qu'il ignore comment être lui-même tout en étant par et pour l'autre ; il danse d'un pied sur l'autre précisément parce qu'il est insatisfait de toutes les alternatives qui lui sont présentées ; il danse inégal, inégal à lui-même, à chaque page différent et toujours nouveau. En philosophie, cette problématique porte le nom  de « herméneutique du sujet », elle est très propre au 19ème siècle (Hegel, Schelling, Kierkegaard, Unamuno, etc) mais remonte au moins jusqu'à Socrate et Platon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chez Pinocchio, le désir se présente sous le mode de l'injonction : ce sont des impératifs auxquels il est incapable de résister et dont on peut penser qu'il sont divins (ils viennent d'en haut) ou naturels (il est fait de bois vil). L'ordre de ses désirs, lequel se présente sur le mode de l'injonction, a tout l'air de remplacer les fils qui lient les pantins normaux aux marionnettistes : lui est lié à ses désirs, articulé et désarticulé par eux.  Son articulation et ses pas de course suivent l'ordre de ses désirs. Les injonctions sont ponctuelles, spontanées et précipitées : ce sont des coups de tête, des choses qui exigent être faites dans l'immédiat, des choses dont les conséquences n'importent pas. L'injonction  semble pourtant conséquente : c'est-à-dire qu'elle a des conséquences, c'est comme si le sort du monde dépendait des injonctions propres à Pinocchio, comme si aussi sa vie se décidait sur chaque injonction : il faut y répondre sous peine d'y mourir. J'ai déjà dit que lorsque Pinocchio devient le bon petit garçon à la fin du livre, le récit s'achève, Pinocchio perd son mouvement et sa vie : c'est une mort symbolique.&lt;br /&gt;Par ailleurs, les conséquences du désir individuel de Pinocchio sont considérées, par la société, comme des inconséquences : on dit que « ce sont des âneries », on dit de lui « quel âne ! ». Le devoir, au contraire, se présente sur le mode des promesses et des confessions de foi : elles sont réfléchies, elles prennent en comptes les inconséquences de Pinocchio, elles sont disposées à s'inscrire durablement dans l'existence mais sont rompues aussitôt et demeurent le plus souvent au stade de promesse : il actualise peu la promesse, ne la respecte pas. La promesse est le contre-poids du mensonge : j'ai mentis, je promets de ne plus recommencer ; j'ai fais des conneries, je promets de ne plus recommencer, j'ai détourné l'éthique en  volant du pain à un honnête travailleur, je promets de ne plus recommencer : de toute façon ça s'est retourné contre moi et les flics m'ont poursuivi et ils m'ont arrêté ! En tant que telle, la promesse figure une forme de contrat social, de contrat éthique : bien évidemment, elle n'est jamais respectée bien longtemps puisqu'à nouveau son désir personnel prend les commandes et s'oppose à l'ordre des devoirs qui exigent de lui qu'il mette ses désirs au placard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela étant dit, comment pourrions-nous considérer la fée bleue à laquelle il ment et promet le plus souvent ? Elle joue le rôle de sa mère : c'est très claire. Mais encore ? Elle figure sa mère, elle est une « icône », un symbole : la fée bleue est représentative, elle est pour ainsi dire une représentation. De ce point de vue, elle représente la mère et n'est pas la mère, représente l'éthique et la cellule familiale et n'est ni l'éthique ni la cellule familiale. C'est un leurre magique qui nous fait croire que lorsque Pinocchio l'aime et la respecte, il respecte sa mère et les devoirs qu'elle lui donne ! C'est pourtant bien faux : il aime la fée bleue en tant que magique et irréelle, en tant qu'idéalisée et symbolique. Il l'aime en tant qu'il l'investi de son désir (c'est ce qui en fait une mère idéale). Il aime la fée bleue non pas comme elle est sa mère lui donnant des devoirs mais comme elle est la mère idéale lui donnant des devoirs idéaux auxquels il accepte bien de répondre dans la mesure où ces devoirs correspondent à ses désirs personnels ! On est bien loin ici de la version moraliste de la fée bleue présentée par DISNEY. Quoi qu'il en soit, si la fée bleue simule le rôle de mère (ce qui la rend déjà équivoque) le fait qu'elle relève de l'apparition magique la rend plus équivoque et moins claire encore. D'elle, on ne peut rien dire de définitif : pour dire vrai sur elle probablement il nous faudrait une intervention magique. Et puisque c'est à une fée dont la teneur est équivoque que Pinocchio ment et promet, il nous est tout aussi impossible de dire quelle est réellement la teneur de ses promesses et de ses mensonges : je suppose pour ma part que ses promesses sont magiques et irréelles tout comme doivent l'être ses mensonges. Si la valeur qu'institue le désir de Pinocchio est discutable (i.e. quelle est la valeur, la teneur, la dimension de la fée bleue qu'il désir pour mère ?) le fait est indiscutable : Pinocchio demeure un sujet désirant tant qu'il est pantin. Une fois qu'il devient le bon petit garçon, son désir est relégué dans l'ombre par la fonction sociale qu'il exerce : il meurt comme sujet désirant, le récit n'aspire plus à rien ni à personne, il n'y a plus rien ni personne à l'horizon et le livre prend fin. À son père, Pinocchio porte un amour dû et non un amour désiré-désirant. Dieu garde tout homme d'un amour pareil !&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-3908313312784011753?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/3908313312784011753/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/pinocchio-comme-sujet-desirant.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3908313312784011753'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/3908313312784011753'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/pinocchio-comme-sujet-desirant.html' title='Pinocchio comme sujet désirant'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/TMoyZ9qUUxI/AAAAAAAAAhA/OJdV0ZwbADM/s72-c/abalestri.png' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-2600904612171373818</id><published>2010-10-28T20:04:00.000+02:00</published><updated>2010-10-28T20:05:50.268+02:00</updated><title type='text'>Imprécis de décomposition</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: small;"&gt;&lt;b&gt;NOSTALGIE&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Nostalgie : sentiment profond d'inégalité à soi-même, sentiment d'être un autre que soi, de ne pas être le même que soi, d'être soi-autre plutôt que soi-même. Rimbaud l'avait compris : Je, en effet, est un autre. Nostalgie : sentiment de ne pas être entier, intègre. Sentiment d'être duplice ou polymorphe. Les grecs l'avaient compris : Janus, en effet, est bifronts, un regard jeté vers le passé et l'autre vers l'avenir – et entre le passé et l'avenir, le présent est oublié, le présent est oubli, le présent n'est pas : la présence n'est pas et l'on n'est pas présent à soi. Nostalgie : n'être pas entièrement présence ni présent, mais partiellement trace, crypte, oubli de soi ; être le cimetière où git l'histoire de sa propre histoire. Ahasverus comme il déterre sa propre tombe l'entend : il est mort à lui-même, ne fait pas de signe, et fait tout pour tomber lui-même dans l'oubli. Sa tombe, malheureusement, est vide[...] Nostalgie : sentiment de s'être diverti de soi-même, c'est-à-dire détourné. Collodi l'a bien saisi : Pinocchio est à jamais diverti – qu'il passe à côté de son existence courant après monts et marées ou qu'il passe à côté de lui-même en participant de la société et en laissant la société participer de lui, il n'est plus à lui. Ne l'a jamais été. Quand Pinocchio en effet devient « le bon petit garçon bien comme il faut », le récit s'achève, le mouvement quitte Pinocchio, Pinocchio quitte pour ainsi dire Pinocchio car il est lui par l'autre et pour l'autre. Nostalgie, enfin, c'est le doux refrain des songes, c'est la maladresse de l'Homme qui sert Obéron sans le savoir, c'est le destin de « nous » et le dessein d'un Dieu qui, voulant garder l'Homme pour lui, ne l'a pas laissé à lui-même. Nostalgie, c'est le doux aveu chuchotant du désespoir danois...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'étais nostalgique, j'étais diverti, je n'étais point intègre. J'ai cru bon pour éviter de m'éviter de faire, de mes nuit, des nuitées diurnes ou des nuits blanches mais rien n'y fait pourtant : jamais je ne dors ni n'embrasse le sommeil oublieux et cependant l'oubli de moi-même s'est fait jour sous le soleil. Je suis nostalgique, je suis diverti, je ne suis pas intègre. Eh ! Je est un autre et à cela il n'est point de remède. Si, peut-être est-il un remède : que celui-ci dont je dois taire le nom me rende à moi-même.... s'il n'a pas oublié ! Alors comment ferai-je le jour où Dieu me demandera de me rendre, de me remettre à Lui ? Je serai bien en mal, c'est un autre qui m'a. Mais enfin ! L'eau chaude à l'eau chaude est pareille ! Ô moi, ô la vie – Ah ! Si j'étais l'eau chaude ! Ah si j'étais l'eau chaude ! Mais je suis froide évaporée...&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: small;"&gt;LES VIEUX&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a la simulation enfantine : celle qui est une pensée magique, celle qui institue sa propre valeur, se valorise et se légitime. Elle se croit toute-puissante. Elle croit que dans son face à face avec l'existence, elle tuera le sérieux de l'existence. Pauvre d'elle ! Elle tue l'existence en effet, mais le sérieux revendique ses droits, se présente toujours à elle, l'attaque dans le dos et se moque bien d'elle : le simulation vit d'amour et d'eau fraîche mais le pain et les oranges dont on a tous besoin se trouve dans le camp du sérieux. À un moment où à un autre, il faut manger ; à un moment où à un autre il faut gagner sa croute. Il y a aussi la simulation du vieillard : c'est celle que le vieillard sait sans valeur, c'est celle qu'il sait ne pas suffire pour vivre, c'est celle que le sérieux a rattrapé, dépouillée de sa valeur et dépouillée d'elle-même. C'est une simulation ridée et fatiguée, elle ne fait plus sens, elle ne répond de rien et rien ne lui répond. On n'aimait ni le sérieux ni l'existence en vérité : et voilà qu'on n'aime plus la simulation ! La quitter n'aurait pourtant pas plus de sens, il n'y a de toute manière plus rien au monde – et le monde n'est plus monde, et l'insupportable légèreté de l'être et tout ça : que dire ? C'est un vieil étranger parmi les étrangers. Il demeure, cela dit, au vieux nihiliste un gout de cendres amers dans la bouche : le goût du rien. Il paraît que ça a un goût de pain rassi... &lt;i&gt;« Qu'on lui apporte son eau et ses oranges, nom de Dieu ! »&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-2600904612171373818?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/2600904612171373818/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/imprecis-de-decomposition.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2600904612171373818'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2600904612171373818'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/imprecis-de-decomposition.html' title='Imprécis de décomposition'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-2856442327277640922</id><published>2010-10-24T04:02:00.000+02:00</published><updated>2010-10-24T04:04:47.357+02:00</updated><title type='text'>Â l'heure de mourir</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'ODEUR DU SANG&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Sur le moment, tu n'y penses pas. Sur le moment, il y a le moment. Sur le moment, t'es cloué au moment et ça fait même pas mal. Tu penses pas, tu sens pas – quelque chose comme ça. Sur le moment, t'es debout au milieu des corps couché, c'est comme s'ils dormaient, il y en a un que tu as dégommé, d'autres : te camarades les ont butés, il y en a que tes ennemis ont liquidés. Il y a ton vieux pote, là, et tu fais juste gaffe à ne pas marcher sur son bras qui pend à côté du reste. Il y a l'odeur des corps, surtout l'odeur des corps qu'un lance-flammes ou qu'un rocket a explosé, l'odeur du sang aussi. Sur le moment, c'est des corps sans visage autour de toi, avec l'odeur et la fumée et la fatigue, t'es trouble et t'as juste envie de vomir, parfois tu le fais mais pas tellement. Au moins, t'as pas fait Hiroshima et il n'y a pas les cendres en forme de silhouettes contre les murs, ni les difformes et tout ces trucs. Tu penses juste à ta peau, à celle de tes hommes, tu penses aux ordres, c'est tellement moche comme décors que tu te convaincs que tout ça c'est pas pour du beurre. Mais ça c'est quand t'as le temps de penser. Et puis après, les mois passent et la guerre s'achève ou bien tu la décampes, tu ne sais pas pourquoi tu t'étais engagé, tu ne sais pas pourquoi ça se fini, tu ne sais pas pourquoi tu décampes, tu sais même pas ce que t'as fait. En tous cas, ton cerveau se remet en marche, il y a des morts qui te font signes, leurs regards surtout, même si un mort n'est pas censé faire signe. T'aurais préféré qu'il ne te supplie pas comme ça avant de se rendre, celui-ci, et que l'autre il ne te regarde pas avant que tu lui fiches un pruneau mais ça s'est fait comme ça et maintenant c'est trop tard et  t'as l'impression qu'on t'a volé ton temps et ta peau et tout le reste : c'était pas toi vraiment. T'as des cauchemars et puis tout ça, et ton corps un peu désarticulé et tu captes pas tout ça. Tu continues de porter l'uniforme parce qu'il y a des mémoires à honorer : ton vieux pote, et puis t'es un soldat, ça te colle à la peau, ta mère t'as toujours dit qu'il fallait pas mentir. T'ignores pourquoi t'es encore là, t'es pourtant pas vivant, et puis tu mérites rien de la joie, de l'amour et puis tout ça et pourtant je t'aime et je te dis tout ça parce que tu dis m'aimer aussi et que tu m'as demandé ce que ça fait de tuer un homme. Je t'ai dit que j'avais pas de secret pour toi et j'en ai pas mais ça m'ôtera pas de l'idée que tu aimes une raclure, et puis il y a ces regards et puis il y a ces odeurs : t'as cramé le petit déj ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;À L'HEURE DE MOURIR&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Ça fait une heure qu'il est fourré derrière la benne à ordures, celui-ci dans son treillis. Je suis sous pression, j'ai le souffle haletant, la transpiration qui ruisselle le long de mes tempes : elles creusent un peu les rides, j'imagine que pour lui c'est pareil. Mais qu'est-ce qu'il fiche derrière la benne ? Qu'il sort et qu'on en finisse, lui de ma peau ou moi de la sienne, peut importe tant qu'on en fini. Tout ira si vite, je n'aurai pas mal. Je vide mon chargeur contre la benne, ça le fera peut-être bouger, et celui-ci dans son treillis profite que mon chargeur soit vide pour tirer en ma direction : le cuistre, heureusement qu'il vise mal. On lui aurait lié les mains et les yeux qu'il ne tirerait pas mieux. Je vois des images, je suis un enfant, ma mère vient m'attendre, je cours dans ses bras, Grand Dieu comme elle est tendre. Ça fait une heure qu'il a le dos collé à la benne à ordure, celui-ci dans son treillis, défilent plein de choses et la sueur. On sort au même moment de sa cachette, on ravale sa salive, on charge et puis tout ça. Il me tire dans l'oreille : ça fait mal, un pistolet à billes...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-2856442327277640922?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/2856442327277640922/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/lheure-de-mourir.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2856442327277640922'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/2856442327277640922'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/lheure-de-mourir.html' title='Â l&apos;heure de mourir'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-9035453011922112770</id><published>2010-10-22T20:27:00.001+02:00</published><updated>2010-10-22T20:29:55.486+02:00</updated><title type='text'>Histoires d'un poète</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;CELLES OU CEUX QUE J'AI AIMÉS&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je plain de tous mon cœur celles et ceux qui sont épris de moi : je les emmènes loin d'eux-même sans jamais rien leur rendre en retour, je configure pour eux des horizons d'attentes où ils se disent heureux d'avoir tout mon amour, je les laisse en suspens sans jamais consommer, je les fane sans les toucher. Ils  s'offrent à la rencontre mais je ne m'y offre pas. Je leur donne le fil d'Ariane à tirer jusqu'à mon cœur mais ce fil n'a pas de fin, je leur donne des clés et change aussitôt la serrure. Je leur fait cet affront de me détourner d'eux comme ils sont nus devant moi, je consomme leur esprit et leur conscience en oubliant leur corps. Parce que je leur confie que le problème est mien tout entier et ne vient que de moi, ils cherchent à savoir ce qui, au fond d'eux-même, a suscité l'échec. J'en fait des occasions pour moi d'écrire alors que je suis pour eux une exclusivité. Ils sont mes exclusivités, et c'est pourquoi toujours ils reviennent dans mes écrits « répétitifs » mais je ne leur en dit rien : si je le disais, je mentirais, je dois garder la vérité pour moi. Ils sont des exception : je ne fais pourtant pas exception, je laisse en effet notre relation suspendue au-dessus du sérieux, dans le camp du jeu et de la simulation. Pour cela, ils se figurent qu'ils sont exceptionnels, ce en quoi ils ont raison. Mais aussitôt se figurent-ils que je suis exceptionnel, et que de surcroit je peux faire exception à la règle en les embrassant une fois pour toutes, alors ils ont tort. Je plain de tout mon cœur celles et ceux qui sont épris de moi. Enfin quand je dis ça : il y en a eu peu en vérité mais qu'importe le nombre ? Le nom a plus d'importance que le nombre et c'est pourquoi toujours je mens sur mon nom propre. Quant à leur nom sacré, je le leur laisse finalement et n'en garde que les initiales. Ce qui au regard profane du monde est l'expression de la conservation personnelle la plus prosaïque est aux yeux sanctifiés de l'Éternel l'expression de l'anéantissement le plus enthousiaste de soi-même. Ils l'ignorent, voilà tout : Dieu seul est dans ma confidence. Je ne suis pas en mesure de répondre à leur droit de savoir ce qu'il en est : Faust fit savoir à Marguerite ; par cette erreur elle a cessé de croire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;DU CORPS AU TROUBLE&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un corps est opaque par définition : on ne voit ni les viscères ni les sentiments en sont dedans, il institue la clivage intériorité / extériorité, il institue le clivage soi / autres. Un homme peut effectivement garder pour lui bien des secrets, il peut creuser en lui les galeries secrètes de l'intériorité. Même si cet homme s'exprime avec franchise, on n'en saura peu : il est incapable de s'éventrer pour nous montrer le cimetière au-dedans de son buffet. Il est donc impossible de se faire corps tout en étant transparent. Celui-ci qui s'offre à la rencontre ne cesse pas pour autant d'être lui-même, rythmé par le tempo de son intériorité à lui, désarticulé en société. Il est Janus bifronts, tourné vers l'autre et tourné vers lui-même, il s'exprime et conserve néanmoins son intériorité, il est double : il avance masqué à jamais. Nous ne pouvons nous faire corps autrement qu'en étant double, trouble et opaque : on trouble alors les autres, c'est une fatalité. Seul Christ, en vérité, possède un corps transparent : transparent comme un ange. Qui maintenant pourrait, en toute conscience, se présenter à l'autre et dire qu'il se présente entièrement et en toute transparence ? Autant mentir le moins possible : il nous suffit pour cela de se garder pour soi, d'aller jusqu'au bout dans notre opacité, de demeurer dans le mensonge et le divertissement, la communication indirecte et la simulation, le secret : il est clair au moins que rien de tout cela n'est clair.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;b&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;MON NOM EST RUMEUR&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je préfère être l'observateur du sublime que l'acteur du sublime. Autrement dit, je préfère regarder d'en haut du roc ce pauvre Ulysse, qui n'est pas plus à son pays qu'il n'est à lui-même, lutter contre vents et marrés qu'être moi-même le naufragé à la dérive. Ainsi ne lutterai-je ni contre les intempéries ni contre les dieux, ni contre mes semblables ni contre moi-même. Je n'aurai pas la responsabilité de mes rapports puisque je n'aurai pas de rapport : je marcherai au-dessus de l'eau, je marcherai au-dessus de la terre sans y laisser mes traces de pas ; les oiseaux ne fuiront pas à mon approche car je ne m'approcherai pas. Je ne souffrirai aucune responsabilité. Et si par malheur une jeune fille se souvient de moi comme l'amant avec qui ni l'amour ni la relation sexuelle ne fut réalisée, son malheur sera virtuel tout comme l'était notre relation. Je ferai du mal sans faire de mal – et sans rien faire en vérité ! Mais enfin ! Jamais ne prendrai-je parti à tout ce cirque : je préfère encore passer à côté de mon existence comme on passe à côté d'un feu rouge, si tel est le prix à payer pour qu'on se souvienne de moi. Mon nom jamais ne sera englouti, et je me suis placé si haut sur le roc qui surplombe toutes les vies que mon nom deviendra une étoile qui à jamais brillera dans le ciel. Je n'aurais pas vécu mais je serai connu. Oui, je serai l'inaccessible étoile, la lointaine luciole qui brille dans une nuit de misère. Personne ne prendre conscience de la vérité sur moi, on me prendra pour exemple de vie. Je serai un dieu et vous serez des hommes. Pourtant, les dieux ne vivent pas, en vérité. On passera à côté de moi comme on passe à côté d'un feu rouge : et comme je suis inexistant, on dira que je me suis sacrifié pour vous donner vie à vous qui passez à côté de moi. Je ne pouvais simplement pas me permettre d'être en quelque chose semblable à celui qui a rompu avec moi : il s'inscrit dans la société, il s'inscrit dans la dimension professionnelle, il ne joue pas sa vie mais la vit vraiment, il se déclare et se pose comme personne sexuée, il consomme la relation amoureuse et sexuelle, il habite l'histoire de l'humanité et partage avec le monde son humanité, il habite un pays comme un sédentaire : je ne pouvais rien me permettre de tout cela, je devais me trouver « ailleurs ». Sur mon ciel bleu, j'écris son nom : voilà tout. Je consomme le vin pétillant des possibles et je laisse le vinaigre du réel au commun : on devrait se souvenir de moi comme d'un poète. Si j'étais l'homme jeté dans la galère et qui lutte contre le clapotement furieux des marées, l'écriture s'en trouverait menacée. Je suis acteur, assurément, mais je n'agis pas pour autant : je suis un acteur qui joue et ne (se) prend pas au sérieux : quand j'agis, c'est du jeu ; si j'étais acteur dans l'existence, avec sérieux et gravité, si je préférais cette voie à celle de l'observateur, l'écriture s'en trouverait menacée. On écrit des possibles, on invente des couleurs et des mots, des parfums et des mélodies, des montagnes et des éléphant : on n'écrit pas le réel, il est terne. Eh ! L'écriture est bien un  de ces jeux de fou. C'est ainsi qu'en mentant et en simulant, c'est ainsi qu'en n'étant jamais ni direct ni actuel, c'est ainsi qu'en étant plus proche de la rumeur que de l'actuel, je suis formidablement consolé d'avoir toujours tort à l'égard de Dieu – et assurément j'ai tort aussi à l'égard de X. Si je ne mentais pas, je prendrai le risque en effet d'avoir raison à son égard : ce serait ma plus grande faute, je ne saurais me le permettre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;CONNAIS-TU LE TRITON ?&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Heureuse celle qui ne comprend rien de mes postures comme de mes Lettres. Heureuse celle qui en comprend tout. Malheureuse celle qui croit comprendre : si elle me demande de l'assurer, je la lierai d'un élastique foutu avant que de la balancer en-bas du précipice. Elle demeure entre compréhension et incompréhension, elle me dit ambigu et c'est pour son malheur. Il lui faudrait, pour tout comprendre, se pencher sur elle-même : elle ne le fait pas, elle met plutôt tous ses efforts à chercher en moi ou dans mes textes la clé qui ouvre mon cœur. Elle ne comprend même pas que je ne suis plus à moi mais au contraire tout à elle ! Je l'ai transformée mais elle elle n'y prend pas garde. Elle ignore que cette transformation, c'est moi que j'ai placé en elle. Toujours elle cherche ailleurs et c'est pour son malheur. Pour ma part, je l'observe de haut et c'est en conscience que je suis appelé à l'égarer de moi : si elle m'étreignait, elle serait malgré moi engloutie au fond de l'océan comme cette jeune fille dont on dit qu'elle fut attirée par Triton au fond des mers. Ô Maelström, ô lame de fond – ô moi, ô la vie ! Hélas, mélancolie tu t'appelles.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;SACRIFICE À L'AMBGUITÉ&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L'ambiguïté et la contradiction sont le signe d'une certitude : s'il n'est pas impossible, le sacrifice est difficile. En effet, c'est parce qu'on ne se tient pas tout à fait au sacrifice, qu'on ne tient pas en place, qu'on se sacrifie avec trop de réserves qu'on dit des absurdités : quand on veut soudain échapper au sacrifice. La réserve dans ses actes jette en effet la brume sur eux : ni les intentions ni les actes ne sont clairs, on se garde pour soi. Le sacrifice pourtant doit être sans réserves. Mais enfin, quand bien même on se sacrifie tout en tentant d'échapper au sacrifice, on doit mentir sur nos tentatives d'y échapper : dire vrai serait honteux et honteusement humain. Cela dit, longtemps dans mon souvenir, remonte la pensée qu'à toute époque, un homme est destiné à découvrir dans de terribles souffrances ce dont les autres tirent profit. Je suis convaincu d'avoir été  désigné pour ce rôle. Pour autant, la honte me rattrape : on doit maintenant se sacrifier, on a trop honte de continuer à vivre, le ridicule nous tue, notre honte mérite souffrances et punition. Ceci bien sûr personne ne doit le savoir : ils doivent continuer de croire qu'on se sacrifie par fermeté d'âme quand bien sûr il n'en n'est rien. On se sacrifie sur l'autel de la honte en vérité : nous avons osé envisager d'échapper au sacrifice, nous avons osé envisager de revenir sur notre engagement quand assurément il est une posture de laquelle nul ne revient jamais. Pour ceci nous avons à nous sacrifier vraiment.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;LE GENRE SEXUEL LITTÉRAIRE&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Si mon indistinction sexuelle (et le fait que je ne me pose pas comme personne sexuée) n'est pas ambigüe, mes hésitations dans mes rapports à la sexualité rendent le tout ambigu : c'est qu'en vérité ma sexualité et mes rapports avec la sexualité sont hésitants. Je l'ai dit : j'hésite à me sacrifier. Et par ailleurs quel est le plus grand sacrifice entre s'offrir ou ne pas s'offrir ? Il m'arrive souvent d'écrire à l'impersonnel, j'écris en effet « la personne », « l'individu », « l'exemplaire de l'espèce », « la personnalité » : ceci n'est ambigu que parce qu'on ne peut s'empêcher de chercher à en déterminer le genre sexuel. Histoire de soulever l'ambiguïté, on prétend qu'il s'agit d'un procédé strictement homosexuel : « c'est celui qui n'ose pas dire le genre de ceux dont il est épris quand ce genre est le même que le sien » dit-on. C'est oublier que toujours je joue la relation, c'est oublier que je ne suis plus à moi – que je me suis perdu et que tout est perdu : c'est oublier que je ne suis d'aucun genre. Un vague emporta mon château de sable, j'étais en-dedans et ma cours avec moi, et depuis nous ne sommes plus à nous – ni nos sexes bien entendu.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;L'ART POUR L'ART&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Prévenir que la relation va échouer, c'est faire entrer l'échec dans la relation déjà sous la forme de la prévention. Il suffit de prévenir assez souvent pour que l'échec, sous la forme de la prévention, prenne de plus en plus de consistance et de réalité. Le prévenu, pour sa part, sent la menace grandir : il sent qu'il est possible que la relation échoue et demeure persuadé qu'il pourra éviter le drame : il ne remarque pas que l'échec s'est déjà présenté, et que même si c'était sous la forme de la prévention, l'histoire touche à sa fin depuis le commencement. Généralement, il arrive un moment où le prévenu en a assez pour son compte : il ne supporte simplement plus d'être constamment prévenu. L'ironie veut qu'en voulant prévenir l'échec de la relation, il finisse par couper les ponts lui-même. S'il y a des répétitions persistantes qui soulent plus vite que d'autre, c'est bien le cas de celle-ci : rien n'est si fertile que répéter à quelqu'un « tu sais, notre relation ne peut qu'échouer ». En lui disant souvent « tu sais », en lui disant souvent qu'il sait, il finira par croire qu'il sait ! Répéter à son ami que la relation va échouer n'en demeure pas moins à la fois un art et un sacrifice. Il n'y a rien comme ça qui, en tant que sacrifice, soit si sublimement artistique.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;ABATS TA PEAU !&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Si par malheur un ami entend tout ce que tu écris, crains pour ta peau : il pourrait te toucher alors que tu voulais n'être pas autre chose qu'une rumeur. Dis-lui que tu gardes pour toi des secrets, que tu es un menteur, que tu es pudique et que tu dis sans dire. Commences avec lui à démêler ce que tu viens d'écrire et qu'il fini de lire : sort des lapins de ton chapeau, fais d'une brindille un éléphant, dis le contraire de ce que ton texte dit, il faut que ton ami soit convaincu que ton texte veut dire plus que ce qu'il ne dit en vérité. Fais l'étonné à propos de ce que tu as toi-même rédigé : si tu n'es pas surpris, ton ami ne sera pas convaincu qu'il y a de quoi l'être. Qu'il soit surpris du fait que tu le sois toi-même, c'est ton meilleur allié ! Pour finir, confie à ton ami que tu es fatigué et que ton lit t'attend : il faut qu'il croie que la tâche qui consiste à mettre en lumière ce qui est caché dans tes écrits est une tâche fatigante et surhumaine. Si par malheur tu échoues à persuader ton ami qui ni toi ni ton travail n'êtes saisissables ou donnés d'avance, il voudra bientôt comprendre ton corps aussi, il te demandera bientôt de l'embrasser – et alors là tout sera perdu.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;DE MALADRESSE À CACAO&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;On sonna à ma porte, j'ouvris : c'était un ami. Il s'était rendu seul chez moi avec sa joie, quand là sur le pallier il me confia qu'il était amoureux. Il ne tenait plus en place, presque tout entièrement disposé à visiter la jeune fille qui était son adorée. En conséquence de quoi il avait préféré se rendre chez moi : se rendre chez moi n'était rien d'un affront eu égard à son adorée puisqu'il n'avait en vérité rien à me rendre, il s'était donné à elle. Mais comme mon ami avait peur de visiter la jeune fille et que sa visite ne l'importune, il s'était ramené chez moi : il pensait sans doute que j'allais l'attacher à mon lit histoire de le tenir en place. C'est qu'il ne pouvait plus tenir en place par ses propres moyens ; sa constance avait cédé la place à sa passion. Pour son plus grand malheur évidemment, je n'en fis rien et il continuait de tourner en rond à toutes bombes dans la pièce. Comme j'étais son conseiller d'affaire depuis quelques années déjà, il me demanda conseil : cela est bien légitime. Je lui dit que si par malheur il consommait sa relation amoureuse – et pis s'il passait au sexe – de rumeur il deviendrait anonyme, d'esprit il deviendrait corps. Sur le coup, mon ami ne pris pas la mesure de ce que je voulais dire. Il me raconta en effet toute l'éternité de son amour. Ceci dit, je compris que la jeune fille son adorée était pour lui l'occasion d'être poète ou religieux : toujours est-il qu'il pensait son amour éternel, il pensait la manifestation de son amour éternel, il pensait donner sans recevoir et donner sans importuner ; c'est impossible. Je l'invitai à se reprendre et pensais que peut-être un bon café le ramènerait à lui ; il accepta. Nous prîmes donc le train en partance pour Odense, et au sortir du train, voici que mon ami se pris les pieds dans sa rêverie si fait qu'il bouscula un inconnu. « Parfaite leçon que voici ! » pensais-je en mon fort intérieur. Je pris aussitôt ma tâche de conseiller plus au sérieux et lui confia, tout soucieux que j'étais, que s'il se déclarait à la jeune fille ou bien passait à l'acte, il souffrirait la responsabilité réelle de ses rapports réels. Tu viens de mal tomber sur un inconnu comme tu avais la tête ailleurs, tu as été chanceux qu'une excuse auprès de se bousculé suffise : la prochaine fois, ce pourrait être pis. Et à quoi le dois-tu sinon à ton amour ? Déjà ton amour prend la forme de la maladresse et tu n'as pourtant donné, à ta jeune fille, que ton cœur ! Imagine un peu si tu te donnais tout entier et si tu donnais ton corps avec. Nous arrivâmes lui et moi au café où mon ami prît son café triste et confus. Il revient à lui mais revint malheureux : mon ami avait au moins retenu la leçon.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;LE CAFÉ APRÈS LA VIANDE&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Nous nous baisons. Nous nous posons comme personnes sexuées, marquons la distinction des sexes. Je m'introduis en toi, tu me prends dans toi, entre les reins l'un de l'autre. Sous ton oreiller, il y a la philosophie dans le boudoir. Sous mon oreiller, il y a le courage d'être. Nous sommes satisfaits, toi d'être une femme, moi d'être un homme, nous deux de pouvoir nous compléter, nous emboiter. Nous sommes des boîtes : l'une dans l'autre. Nous sommes des morceaux de chair imbibés d'eau, l'esprit nous a quitté. Tu respires comme un buffle par-dessus mon épaule. Nous nous figurons que nous sommes différents l'un de l'autre, différemment bâtis et bâtis pour être ensemble. Quelle absurdité en vérité ! La différence n'a jamais fait la communion. Il a bien fallut que l'esprit nous quitte pour dire des absurdités pareilles. Nos corps s'emboitent mais rien ne suit et c'est malheureux mais c'est ainsi : ne couchons pas, si nous sommes faits pour être ensemble, nos corps ne le sont pas. Ne me dis pas que ta lucidité se trouve dans ton froc ! Ton parfum me quitte l'envie : tu sens comme la bidoche que j'achète au boucher du coin, je m'assied à côté de ton con. Ô toi, ô la vie, comme il est plus simple que nous allions boire un café ; il en servent d'excellents à l'hôtel de gare. C'est à deux minutes à pieds. J'y connais bien la troupe : elle est à mourir de rire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: x-small;"&gt;&lt;b&gt;LES VRAIS MENSONGES&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je mens beaucoup, il est vrai, et je suis bienheureux que mon nez ne s'allonge pour autant.  Que je mente ou que je dise la vérité, il n'y a pas de signes. De tous temps je me porte comme un mort : je ne fais pas de signes. Je simule beaucoup : on me dit original. Il m'est arrivé de passer dans les rues de Lausanne ma main dans celle d'une jeune fille : la scène me fut si insoutenable qu'il me fallait la tourner au comique sans plus attendre. Résolu, je fit l'original et dansai sur les pavés : ma démarche était celle d'un pantin désarticulé. C'est que la jeune fille, elle et son insistance, elle et son sérieux, m'avaient désarticulé ! Le tempo de mon intériorité ne s'accommodait pas du sien, voilà tout. Le sérieux est à la relation ce que l'oxygène est au fer : il est la cause de sa rouille. Qui croit que je viens de mentir sait que je suis rempli de craintes en vérité : mon discours donne le change. Est-ce pour autant que je suis menteur ? Certainement pas, et le change que donne mon discours n'est pas fait de fausse monnaie ; nous ne sommes pas aux temps de la banqueroute. J'ignore si c'est une bénédiction ou une malédiction pour moi d'être tellement disposé aux grands discours. Quand je parle, je déguise ce que je pense. J'ai ce pouvoir, qui aujourd'hui l'ignore encore ? Il me faut bien mettre en œuvre le peu de don que la nature m'a accordé. J'enverrai des lettres toutes les fois que je le pourrai, à tous les garçons et à toutes les filles que je croiserai. Je les enverrai même si je ne croise personne ! Et puis c'est un don de chanceux : je suis faux à jamais, et grâce à ça je suis faux devant Dieu, devant ceux que j'ai aimés, devant X. Si j'avais raison à l'égard de vous, je serais plein de remords. Où pourrais-je poser la tête et les pieds ? Pourquoi arrêterais-je de danser d'un pied sur l'autre ? Si je participais à la société et la laissait participer de moi, je serais certes un animal social mais je deviendrais ce fou qui se présente à coups de curriculum vitae et de lettres de recommandation. Sa vie sur du papier ! D'empereur du royaume sans limites de l'amour, je deviendrais le conseiller du maire : pour rien en monde je ne veux passer ma vie dans un bureau, je préfère encore passer mon tour. Si par malheur je dégottais une situation professionnelle, il en adviendrait assurément pareil : on me dirait « mon bon monsieur », toi-même tu remplacerais « mon cœur » par « mon cher », et ton amour par la reconnaissance. Non, je ne peux pas être sérieux, je ne suis pas en mesure de travailler ni de participer à la société. Il est triste que mon manque de sérieux confine notre relation au comique mais tel est le prix à payer lorsqu'on aime réellement. Lorsqu'on aime en effet, il n'est pas de relation sérieuse possible. Tu sais que je ne mens pas : toi aussi tu refusais qu'on t'appela « madame », toi aussi pris le pas en jouant à la séductrice, à Merteuil, à Wendy, à ma mère. Si Pinocchio avait eu une petite amie, pour sûr tu l'aurais jouée à merveille ! Si j'habitais l'histoire de l'humanité, si je perdais par là mon originalité que deviendras-je ? Je pourrais travailler, m'engager en politique, devenir monsieur, cumuler les titres et les références, mais encore ? Je deviendrais un homme sans personnalité, certes, et ma voix perdrait son intonation : je ne pourrais plus dire « je t'aime » comme je l'ai dit. Et pis encore assurément ! J'entretiendrais un rapport avec le temps qui passe, les faits d'actualité, etc. [...]Je vieillirai puis je me rendrai : tout comme un homme. Mais c'est rumeur que tu m'aimes. Et si j'étais simple homme, comment pourrais-je vouloir m'éterniser en toi ? Notre paradis serait remplacé par un foyer, nos anges par nos enfants, notre éternité par notre histoire, notre amour éphémère. Il y aurait fort à parier que même l'éternité ne saurait nous guérir des blessures du temps ! Que dis-je ? Je ne veux pas même y songer. Tu m'en voudrais à mort de t'avoir défloré, d'avoir fait de toi « madame la femme du conseiller du maire », d'avoir fait de toi la bien baisée. Que trop nombreux sont mes contemporains qui prennent cette voie : c'est la voie de tout le monde et la voie de l'espèce, la voie des hommes sans personnalité. Si tu veux te faire corps dans une relation sérieuse, si tu veux une relation sexuelle : prends-en un, ils sont en quantité, mais garde bien dans ton esprit qu'ils ne feront pas de toi une exception : rien pour eux n'est exception, tout est d'avance entendu et d'ordinaire suivi. La plupart des hommes se contentent d'un amour divertissant : ils sont heureux que l'amour les emmène loin d'eux-même, ils prennent ça pour le signe du plus grand amour. Quelle absurdité ! C'est un amour de voleur ! L'amour au contraire est un rapatriement. On se donne et on se rend, on se reprend et se redonne, on s'éternise en l'autre et rebelote : et bien sûr quand tu me rends à moi-même, je me trouve tout nouveau, tout différent de celui que j'étais avant, et pourtant je ne me retrouve pas moins. À présent en effet je suis un ange, je vois le monde par tes yeux et pour tes yeux : le monde enfin est monde. Mais sais-tu si nous entretenions une relation sérieuse ou sexuelle ? Nous nous ferions corps, nous agirions en tant que morceaux de chair, l'esprit quitterait la relation et rien de tout cela ne serait plus possible. Nous nous volerions réciproquement, nous nous emmènerions loin de nous-même et, par là, nous ne nous retrouverions jamais en rien ni en personne, à jamais perdu. Il faut avoir la force de soutenir le comique et le jeu : pas n'importe lequel, la farce, la comédie italienne – sinon tout est perdu. Bien sûr quand je la voix, une voix me dit « embrasse-la, chante-la, protège-la » mais ceci ne change rien à l'affaire. Tout doit être comique : c'est un impératif. Je dois mentir et jouer, je dois simuler, la divertir et me divertir, je dois la protéger de ma mélancolie, je dois trouver toutes les raisons et les déraisons pour ne faire des pas que des pas ridicules, je dois tourner le sérieux en dérision, la gravité en farce, l'imminence d'un possible baiser en espérance éternelle. On te déflorera sans doute mais ce ne sera pas moi : pense toujours que le mal que je te fais est au fond aussi comique que l'est notre rapport ; pense toujours que le mal que je te fais est aussi virtuel que l'est notre rapport.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-9035453011922112770?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/9035453011922112770/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/histoires-dun-poete.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9035453011922112770'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/9035453011922112770'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/histoires-dun-poete.html' title='Histoires d&apos;un poète'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-6931039081533900745</id><published>2010-10-20T20:18:00.000+02:00</published><updated>2010-10-20T20:19:21.882+02:00</updated><title type='text'>Stades sur le chemin de la vie</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-size: small;"&gt;La vie est un livre qu'on n'écrit qu'une fois. Il n'y a pas de ré-édition. Et parce qu'on ignore où et quand nous mène ce qu'on y écrit, on voudrait bien le refaire ensuite en mieux... Je sais, c'est con.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Petit écolier, tu ne le sais pas encore... Avec le temps va tout s'en va. J'accommoderai ton sac à dos, maman te donneras une tartine, tu t'en iras à l'école, tu rentreras plein de devoirs. On fera nos devoirs ensemble, de toute façon c'est des devoirs « alors ensemble ou pas... » que tu diras. Tu devras lire des écrivains, on le fera pour toi. J'accommoderai ton sac à dos, je te donnerai le résumé qu'on aura fait du bouquin, maman te donneras un sandwich, tu t'en iras à l'école. Tu iras te coucher tôt, tu te réveillera emmitouflé dans ton duvet, tu simuleras une crève : tu n'iras pas à l'école, maman restera avec toi, petit. Dans notre vieille voiture chargée, l'été on ira voir la mer, ce sera pas la misère, tu feras des pâtés de sable, des châteaux, des palais, tu y mettras du monde et une princesse, et puis une vague l'emportera. Après tous ces malheurs, à 20 ans tu liras des auteurs, on n'y comprendra plus rien, des philosophes et des tas d'autres... tu tireras le fil de leurs idées, tu tireras le loch des tiennes, tu feras des liens entre eux, entre eux et toi, tu mettras tout en parallèle, t'auras l'impression d'être un grand, petit. Tu vivras des histoires d'amour, des histoires de haines, des ruptures et puis tout ça... et tu diras tout en apprendre. T'accommoderas ta chemise et puis ton tout, ta valise, tu te rendras à l'université, tu jugeras que les auteurs que tu lis s'engueulent sur des détails, que rien au fond ne les sépare, ce sera pas le paradis – eh ouais, tant pis. Petit : Plus tu trouveras que des détails les séparent, moins tu les distingueras les uns des autres. Moins tu les distingueras les uns des autres, moins tu favoriseras les uns au mépris des autres : pour toi, tous les auteurs présenteront un intérêt égal. Nul intérêt. Sous ton vieux par-dessus râpé, t'iras au café des philosophes, avec tes amis vous discuterez, vous aurez l'impression d'avoir bien partagé, ça semble mieux que rien. Mais quand même, vois boirez pour oublier. Petit, moins tu favoriseras des auteurs au mépris des autres, moins tu les valorisera. Moins tu les valoriseras, plus tu trouveras que tout est un néant qui ne débouche sur rien : tu ne seras d'humeur à rien. Te resteront ta flegme et ta révolte : les deux s'alterneront. Un jour tu provoqueras tandis que le jour d'après tu critiqueras, le surlendemain tu resteras au lit : tu diras &lt;i&gt;« je ne ne suis d'humeur à rien, tout m'est égal, je n'ai nul endroit où poser ma tête, des rats grouillent sous mon crâne, mes pensées sont en ébullition et j'aimerais qu'elles s'évaporent. Non ! Qu'elles s'évaporent ou non, tout m'est égal, un état n'a ni plus ni moins de valeur qu'un autre : que je reste où j'en suis, l'effort me fatigue et la fatigue me fatigue et la fatigue l'emporte, et la fatigue m'emporte. »&lt;/i&gt; Tu seras comme un vieil enfant. Révolté à nouveau, révolté pour rien et par absolument rien, tu choisiras la mise en scène, le théâtre et les procédés tortueux : d'une brindille tu feras un éléphant, d'un roc du feras une montagne et tu te figureras que ces montagnes et ces éléphants sont quelque chose d'autre qu'un néant. Tu créeras des choses, tes choses : sens, valeurs, intensités, parfums, mélodies, etc. Tu deviendras artiste. Tu quitteras la ternissure que te causent tes parents et ta patrie, tu tueras ton père, tu violeras ta mère et ta professeur de chair, tu prendras le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière ; tu pisseras sur les mauvais artistes d'une grande auteur. Tu découvriras que tu as sur-joué, les montagnes  se présenteront à nouveau à toi comme de minables petits cailloux : tu seras fatigué, tu resteras au lit à côté d'une femme que tu mettras enceinte. Flegmatique une fois pour toutes, tu auras vaincu la vie, tu auras vaincu la mort, tout te passeras au travers sans laisser de traces. Tu seras un vieux. Ton fils prendra le même sentier : même qu'il s'inscrira un jour comme clown dans un cirque, pisseras sur les femmes infidèles, tuera son père. Il ira sans son petit bout de paradis, loin de toi et finira ses jours par écouter « Mon vieux » de GUICHARD. Il sentira être passé à côté de quelque chose sans que ça ne lui prenne la tête ; il sera juste tout plein de tristesse et de tendresse et ses pensées auront foutu le camp. À l'enterrement, il y aura du GUICHARD, et du BACHELET aussi (Embrasse la), et du AZNAVOUR aussi (Hier encore), et des regrets et du BREL : Heureux. Et puis il y aura « Et puis on s'aperçoit », c'était les disques de papa. Ça nous avais pris la tête quand on avait 20 ans : pourquoi n'étions-nous pas heureux ? Mais on avait papa. Pourquoi n'étions-nous pas heureux ? Mais on avait maman. On aurait pu, c'était pas malin, faire avec eux un bout de chemin. Ça nous avait pris la tête à 30 ans : pourquoi n'étions-nous pas heureux ? Mais on était papa. Aujourd'hui, ça ne nous prend plus la tête, nous sommes vieux, nous sommes morts, les plus malheureux. Il n'empêche, que... quand même... on aimerait bien y redire un mot... à celui-ci, là-haut. Je sais, c'est con...&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-6931039081533900745?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/6931039081533900745/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/stades-sur-le-chemin-de-la-vie.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6931039081533900745'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/6931039081533900745'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/stades-sur-le-chemin-de-la-vie.html' title='Stades sur le chemin de la vie'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5328626989676779054</id><published>2010-10-19T20:02:00.002+02:00</published><updated>2010-10-25T20:32:05.899+02:00</updated><title type='text'>Significant letter</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hello world. I have been named XXX XXX XXX. Born in Denmark, I live in Copenhagen where I study at the XXX, near Kongens Nitorv. In April 2010, I have met Vincent, the author of most articles on this BLOG. At times, we still write to each other. Moreover, I regularly read the articles he writes. Last week, Vincent sent me a letter which is so significant that it has to be shared even though he doesn't want to : well, it is me to publish it. May he forgive me for what I do by posting it right here.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très chers XXX,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je tenais à vous confier combien j'ai sensiblement amélioré la précédente lettre dont je vous fit part. En effet : je l'ai reformulée dans l'optique de l'adresser à la communauté de mes lecteurs. Elle ressemble maintenant à une lettre "qui s'adresse à tout le monde", elle a la mine d'un article. Par ailleurs, la plupart des billets que je publie sur mon blog étaient, à l'origine, des lettres envoyées à des amis ou à des amies : je les modifie simplement de façon à ce qu'elles passent pour des articles dont on pense qu'ils sont destinés à tout un chacun. Assurément personne ne le sait : mes lecteurs croient que je suis de nature à m'épancher. Ils me croient disposé à écrire tandis ce que je n'écris en vérité que lorsque je suis appelé à offrir du répondant : il faut pour cela tirer sur le fil de ma  curiosité. Sans ça, je ne fais pas l'intéressé. Par exemple, je rédigeai PINOCCHIO ET PETER PAN CONSTAMMENT RAPPORTÉS AU DIVERTISSEMENT pour un jeune homme sur lequel nous pouvons dire que j'ai flashé. Bien sûr, il ignore seulement que je suis "épris" de lui et il doit continuer de l'ignorer. Il ignore en outre qui je suis exactement et ce que je fais dans ses contacts ; et surtout il ignore que cet ? lettre mise sous forme d'article ? lui est entièrement dédiée. C'est un procédé de communication indirecte qui m'est propre : enfin, d'autres diront que ce procédé est très kierkegaardien et ils auront probablement raison. Cela dit, jamais je ne leur laisserai l'occasion de le dire : ils ne doivent rien savoir de toute cette situation, ils doivent continuer à croire que j'écris des articles. Si ils savaient comment j'écris, alors tout serait perdu. S'ils avaient connaissance effectivement que mes articles sont des lettres, alors tout serait perdu : je serais démasqué comme amant non seulement de KIERKEGAARD mais aussi comme soupirant vis-à-vis du jeune homme dont je parlais à l'instant. En outre, on prendrait la mesure de mon manque de talent : je préfère qu'on continue de croire que le ciel m'inspire des dialogues avec moi-même, des monologues et des soliloques. Il vous faut comprendre que pour la communauté de mes lecteurs, je ne suis pas humain : je suis une rumeur ou une légende et c'est très bien ainsi. Ils ne doivent pas savoir que je suis disposé à lier : encore moins que je suis disposé à correspondre avec mon voisin. Probablement ce procédé est lâche, mais je préfère que le jeune homme à qui je dédie certains "articles " sans qu'il le sache m'éjecte de ses contacts car il ignore qui je suis vraiment plutôt qu'il ne m'éjecte parce qu'il sait quel je suis. Quant à la lettre dont je vous ai fait part précédemment, et dont je vous ai confié l'avoir sensiblement améliorée pour la mettre sous forme d'article, ne vous figurez pas que ce son changement de  forme signifie qu'elle ne vous est plus dédiée. À vous, je vous le dit car sans ça, vous ne l'auriez probablement pas relevé. Je vois d'ici ce qui se serait produit ! Vous auriez lu mon article, vous y auriez retrouvé la lettre dont je vous avais fait part, et vous auriez aussitôt conçu que vous n'aviez été rien de plus pour moi que l'occasion d'être un auteur alors qu'en vérité vous êtes mon exclusivité : vous avez mon attention entière et éternelle. Toujours est-il que si vous vous étiez figuré que vous n'étiez que l'occasion, tout aurait été perdu et j'aurais à vrai dire  rédigé ma missive pour du beurre. Que n'aurais-je alors été réduit à vous envoyer un mouchoir afin que vous séchiez vos larmes. Je ne le voulais pas, voilà tout : je ne voulais pas vous voir déflorés.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Votre Vincent.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5328626989676779054?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5328626989676779054/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/significant-letter.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5328626989676779054'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5328626989676779054'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/significant-letter.html' title='Significant letter'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-5022118518924623476</id><published>2010-10-17T20:21:00.000+02:00</published><updated>2010-10-17T20:27:49.758+02:00</updated><title type='text'>Officier un enterrement</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Officier un enterrement, c'est savoir quand parler ou se tenir silencieux, quand sourire ou ne pas sourire, quand regarder ou ne pas regarder. C'est savoir combien nous sommes responsables de nos sourires, et tout connaître des traces qu'on peut laisser dans les coeurs et les esprits. Le prêtre qui officie un enterrement doit être capable de se rendre dans un parc naturel sans embarrasser la faune,  sans que les oiseaux ne fuient à son approche, sans marquer la terre fraîche de ses pas lourds. Il doit être léger en toute occasion, léger comme un ange. On ne doit pas être sur ses gardes lorsqu'il entre dans l'Église : il doit être transparent, étranger à la catégorie du secret. Transparent, il ne doit rien troubler – il ne doit pas troubler le mort de plaintes inutiles, ni moins la famille. On attend de lui qu'il suive un sentier précis d'avance déterminé, on attend de lui une certaine routine : il ne doit pourtant pas être routinier, auquel cas il risquerait non seulement de se répéter mais aussi de répéter son indifférence. Il doit être soucieux et spontané dans son souci. Mais gare à lui si sa spontanéité se présente de façon inappropriée ! Il doit si bien connaître son office et son terrain qu'il n'est jamais maladroit, même quand il est spontané si bien qu'il présente ce qu'il n'avait pas d'avance préparé. Surtout, il doit savoir observer et écouter : ses yeux doivent être ceux du faucon, et son oreille de Mozart. Il doit tendre l'oreille et les bras, prêt à tout accueillir, et en effet doit-il repérer le moindre signe qui sollicite son attention. Et s'il arrive qu'on capte son attention, il doit la donner entièrement, se donner entièrement, et son oreille et ses bras et son coeur avec. Il doit faire des exigences du mort et de celles de la famille ses obligeances, voici ce qu'il doit faire.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-5022118518924623476?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/5022118518924623476/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/officier-un-enterrement.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5022118518924623476'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/5022118518924623476'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/officier-un-enterrement.html' title='Officier un enterrement'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-7521461090998566287</id><published>2010-10-16T19:53:00.002+02:00</published><updated>2010-10-16T20:07:40.811+02:00</updated><title type='text'>Train russe, Chapitre 5</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Chapitre 5 &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;– La voix de la soeur &lt;/span&gt;–&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Chez Mrs Gordon, la sour du père Gordon, la sonnette sonna. C'est tout ce que sait faire une sonnette : sonner. La femme laissa là ses affaires, elle arrête de pleurer, essuya ses larmes et allait face à la porte d'entrée. Mrs Gordon appréciait qu'on l'attende sur le palier, elle se sentait désirée, et puis aussi elle voyait à travers la vitre floutée quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas. Mais bon, elle était en deuil et songea que ça pouvait être un ami de son frère ou une sorte de démarcheur funèbre. En tous cas, ce n'était pas encore un homme qu'elle apercevait, c'était un ça. L'explication qu'elle venait de trouver la rassurait, et comme elle était là sa vieille main inerte sur la poignée dorée, ça sonna une seconde fois.&lt;br /&gt;La porte ouverte. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bonjour madame »&lt;/span&gt; l'homme sur le pallier ôta son chapeau et fit une révérence à l'anglaise, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;vous ne me connaissez pas, c'est Harry Davidson, j'ai connu votre frère... »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;  &lt;span style="font-style: italic;"&gt;   - Le journaliste qui tient des chroniques à la radio, c'est ça ? »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Absolument, madame... »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- « Mademoiselle »,&lt;/span&gt; qu'elle dit sur un ton fièrement religieux.&lt;br /&gt;     - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Excusez-moi : Mademoiselle. Oui, c'est moi qui ait animé les chroniques au sujet de votre frère. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - C'est vous. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;    Oui oui, je l'ai dit, c'est moi, je sais qui je suis, songea-t-il. S'il s'écoutait parler, s'il avait répondu ça, il aurait causé à côté de la plaque, pensa-t-il. De toute manière il n'aimait pas penser, il n'était pas de ceux qui cogitent... il n'aimait pas, c'est tout. Harry Davidson était vêtu d'un costume trois pièces beige à carreaux, ses commissures s'étaient creusées, il n'avait plus la mine mauvaise, il avait mauvaise mine. Il jeta un regard discret sur Mrs Gordon, le temps de naviguer sur l'océan de ses yeux sans y plonger. Elle avait de vieilles joues fraîches et rosées, des cheveux grisonnants avec une pincée de soleil en  dedans. Le portrait craché de sa mère.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - « Entrez donc, monsieur Davidson »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - « Pouvez m'appeler Harry, m'dame » dit-il.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - « J'ai toujours apprécié votre chronique, vous savez, ce que vous racontiez sur mon frère. Personne ne sait que c'est lui, et alors ? Je sais que c'est lui, ça me suffit, c'est lui. »&lt;/span&gt; Mrs Gordon se doutait bien de la raison du déplacement de Harry, ils ne se déplacent pas pour rien, les journalistes, ils pensent d'abord à alimenter leurs chroniques en déformant vos témoignages. Non, je dis des injustices, il n'a pas déformé Harry, j'ai bien reconnu mon frère, se dit-elle à elle-même.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Vous êtes venu pour terminer votre chronique par mon témoignage, c'est ça ? »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - En un sens, Mademoiselle Gordon ; en un sens. »&lt;/span&gt; Sous les traits affaissés et le vieux costume du journaliste, Mrs. Gordon sentait la chaleur humaine. Harry s'était attaché à Justin Gordon plus qu'à sa fichue chronique, ça ne faisait aucun doute.&lt;br /&gt;La femme lui fit signe de prendre place sur le canapé du salon, en face d'une table basse sur laquelle il y avait une bouteille de rouge fermée. Du bon rouge mais ça ferait l'affaire de Harry.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - La bouteille de votre frère ? » il fit.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Oui mais on l'a lui offerte. Il ne buvait pas. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Je l'ai vu boire, moi. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;    Il l'avait fichue triste. Elle ne reconnaissait pas son Justin, son Justin ne buvait pas, et puis il était croyant, il ne buvait pas. Harry sentit le malaise, elle dissimulait trop, je veux dire : on ne dissimule pas de la joie, pas vrai ?&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Désolé » dit-il.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Justin n'est plus ce qu'il était. Évidemment... suis-je... je voulais dire que Justin n'était plus ce qu'il était, enfin, je suppose que vous comprenez. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;    - C'était vrai mais elle n'avait pas à le savoir, pas comme ça, pas sans y être préparée, et en plus informée par un intrus.&lt;br /&gt;Mrs Gordon pris la bouteille de sa vieille main droite et pâle pour l'ouvrir. Elle n'y arrivait pas, elle n'arrivait pas à ouvrir une bouteille, elle n'avait jamais fait ça tandis ce que Harry, accoutumé de l'affaire, lui proposa son aide. Elle lui tendait la bouteille et le tire-bouchon qu'on avait offert à Harry, puis regardait le débrouillard dont l'attitude n'avait pas menti : il l'ouvrit en moins de deux. Il l'ouvrit en moins d'une. Une fierté de héros au coin des yeux, il rempli un peu un verre qu'il tendit à Mrs Gordon.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Non merci, je ne bois pas. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Vous savez, Jésus a changé de l'eau en vin. »&lt;/span&gt; dit-il.&lt;br /&gt;    Elle se saisi du verre et le portait devant son sein en attendant qu'il se soit servi à son tour, et puis ils firent santé, santé à Justin, santé aux chroniques, santé à elle – la soeur de Justin. L'ambiance vinée aussi cotonneuse que le canapé sur lequel ils étaient assis, Harry se décida à entrer dans le vif du sujet. Il se dit que comme ça, le sujet semblerait un peu moins vif.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Comment concevez-vous que je termine ma chronique ? »&lt;/span&gt; lança Davidson.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Que voulez-vous que je vous dise, Mr Harry ? Êtes-vous obligé de l'achever ? »&lt;/span&gt;, elle causait comme un livre, si bien qu'on ne pouvait pas déterminer si elle parlait d'achever Justin ou d'achever la chronique.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Vous m'avez l'air d'une femme compliquée, Mademoiselle »&lt;/span&gt; il fit. J'ai encore parlé trop vite, se dit-il, et je n'ai même pas dit son nom de famille, remarqua-t-il ; c'est son drapeau, son nom, c'est sacré, c'est comme si j'avais déchiré un drapeau. Il but une gorgée de rouge. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Je suis un cuistre, allez bois, bois poltron ; bois cuistre. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;   &lt;span style="font-style: italic;"&gt; -  Je ne suis pas si compliquée vous savez, ma vie est bien simple, Mr Harry. » &lt;/span&gt;il semblait à Harry qu'elle ne dissimulait plus sa tristesse et il songeait qu'en la laissant parler, elle pourrait peut-être mettre en lumière des trucs pas bons qui étaient dans sa crypte sombre à elle. Elle serait moins abattue, mais a-t-elle les couilles ? Ça fait mal, d'exhumer ses choses là.&lt;br /&gt;    - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« J'ai fait ma vie en me reposant sur le Seigneur », elle prit une rasade de vin comme pour que ça l'aide à se plonger dans le passé, « laissez-moi vous faire part d'une histoire que j'ai entendue »&lt;/span&gt;. L'alcool peut être un drôle de véhicule vers des contrées oubliées. Pour le journaliste, c'était un « concentratif ». Elle était aussi sérieuse que Gordon l'avait été au coin du feu cette nuit là, mais il n'y avait pas de cric-crac-cric. Le journaliste acquiesça sans oser dire un mot, tout ce que je pourrais dire, ce serait ridicule, songeait-il.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Il y avait deux enfants, un garçon et une jeune fille, à Moscou, en Russie, et ils voyageaient avec leurs parents, en train. Vous voyez ? Un de ces vieux train russe...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Il ne voyait pas ; ce que Mrs Gordon racontait était brumeux pour lui, mais il écoutait.&lt;br /&gt;     &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- C'était l'hiver, vous savez, il faisait froid... vous voyez ? Un matin, il y a eu un terrible accident, le train a déraillé, le pont a cassé, on était sur un pont, on a plongé dans la rivière glaciale, sous le pont. Tout le monde a été tué, mais Dieu merci, les enfants ont survécu. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;    Le journaliste était plus rempli de gêne que de vin, il bu une gorgée et se sécha les lèvres avec sa langue histoire de dissiper le malaise, au son de rien. Et puis, la femme senti qu'elle pouvait continuer de causer.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - Un homme avait été envoyé pour les assassiner.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Harry ne comprenait pas pourquoi on aurait voulu tuer les gosses, et puis comment cet homme était tombé du ciel. Mais Mrs Gordon dégainait si bien les mots, et puis il y avait toujours cette gêne, il passa la main dans ses cheveux, frotta son blasaire brunâtre, jeta un ?il sur la bouteille de vin. Aucun de ces recours ne lui venait en aide. Il voulait une histoire, on lui en servait une plus amer que le vinaigre. C'était l'arrière goût de l'histoire de Gordon lui avait raconté au cour de leur errance. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Qu'est-ce que je fous là ? »&lt;/span&gt; songeait-t-il, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« c'est indécent, cette histoire, je me sens pervers, c'est indécent, c'est ses tripes à elles, personnelles et tout... »&lt;/span&gt;. Il se racla la gorge pour faire passer...&lt;br /&gt;     - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La fillette lutta pour protéger son frère, et ensuite, le jour vint, le garçon lutta pour protéger sa soeur.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce moment là, le garçon était seul, sa soeur était plus loin dans les bois, il s'approcha de l'homme qu'elle avait blessé. Quand il allait toucher l'homme en noir, le gars se réveilla plus mort que vivant... il regarda le garçonnet, le regard contrit, la misère dans le c?ur et l'enfer dans l'âme. Plus miséreux qu'un vieux morceau de bois de ceux qu'on jette au feu, il avait pris mille ans.&lt;br /&gt;    &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- Tu comprends l'anglais ? »&lt;/span&gt; il fit. Le jeune garçon hocha la tête comme pour dire oui, ça voulait dire oui même chez les russes, même pour un russe ça voulait dire oui. Le garçon n'avait pas ouvert la bouche, mais il parlait bien le langage des signes ; ses yeux, surtout, parlaient bien. Il ne savait pas où il en était, il ignorait où il était.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;     - J'ai besoin de ton aide... la fille, c'est ta soeur, pas vrai ? »&lt;/span&gt; le gars pensait vrai, il le savait ; il le savait et n'attendait pas d'assentiment. Ce n'était pas important, de toute manière.&lt;br /&gt;    &lt;span style="font-style: italic;"&gt; - Elle a été méchante, très méchante. Elle aura beaucoup d'ennuis : quand on me trouvera, je leur dirai ce qu'elle a fait... elle sera punie, il sera rendu justice. »&lt;/span&gt; grommela-t-il avant d'injurier en russe. Les injures, c'est généralement les premiers mots qu'on apprend dans une langue étrangère, ça et leur antagoniste : comment dire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« je t'aime »&lt;/span&gt;. Le garçon, le gosse était perdu, l'homme veut de l'aide, il m'aime ou il m'insulte ? Quelle langue est-ce qu'il peut bien parler ?&lt;br /&gt;L'homme grand, couché dans une boue solide un peu givrée, pieuté dans une boue qui rappelle ces boissons espagnoles avec de la glace très pilée, continua &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« mais toi, je sais que t'es un bon garçon, j'sais que tu veux faire ce qui est bon, j'peux le voir, je sais que tu veux m'aider., pas vrai ? T'en fais pas pour elle, ne t'en fais pas, tu es l'homme de la famille : soi fort, soit l'homme, avec des couilles et tout... juge et mène le jeu, c'est pas à elle... »&lt;/span&gt; et les oiseaux volaient follement au moment il hurla si fort, la soeur était revenu et avait cogné sa jambe, à l'endroit de sa blessure, le plus fort qu'elle pouvait.&lt;br /&gt;Le garçonnet voulait bien faire, il voulait sauver l'inconnu et protéger sa soeur, mais il aimait sa soeur. Et puis sur ce coup de pute, le sang de l'homme en noir bouillit si brusquement qu'il se jeta de son corps lourd de mort sur la gosse. Des feu d'artifices devant les yeux, elle suffoqua, de grosses mains charnues autour du coup. Le sang des deux mômes bouillaient pareil, c'était bizarre au milieu de cette pâle forêt d'hiver, et l'homme tomba à terre, la bouche ouverte, les yeux mornes et vitreux. Il y avait une pierre un peu rouge dans la main du frérot&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;- J'ai fait ma vie sur ma confiance en Lui. »&lt;/span&gt; termina Mrs Gordon, la soeur du prêtre. Elle fini le verre d'un coup et pleura. Son sang, dans ses veines, circulait en sens inverse. Harry était paumé dans son travail de journaliste, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« je suis fini »&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« mais non, t'es pas fini, il fit à lui-même, que ça ne te revienne plus de penser comme ça où tu vas entendre parler de moi.»&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2989637622638814592-7521461090998566287?l=litterale-infortune.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/feeds/7521461090998566287/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/train-russe-chapitre-5.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7521461090998566287'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2989637622638814592/posts/default/7521461090998566287'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://litterale-infortune.blogspot.com/2010/10/train-russe-chapitre-5.html' title='Train russe, Chapitre 5'/><author><name>Vincent STEFFEN HENRIQUES</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_BpQjzidp88A/S8JpfkU_GBI/AAAAAAAAAZg/udUeU3DOvXE/S220/avatar.png'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2989637622638814592.post-6178684046171235426</id><published>2010-10-15T03:59:00.000+02:00</published><updated>2010-10-15T04:00:36.751+02:00</updated><title type='text'>L'individuation de l'éthique</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="display: block;" id="formatbar_Buttons"&gt;&lt;span class="" style="display: block;" id="formatbar_JustifyFull" title="Justifier" onmouseover="ButtonHoverOn(this);" onmouseout="ButtonHoverOff(this);" onmouseup="" onmousedown="CheckFormatting(event);FormatbarButton('richeditorframe', this, 13);ButtonMouseDown(this);"&gt;&lt;img src="img/blank.gif" alt="Justifier" class="gl_align_full" border="0" /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;Le luthéranisme est entre autre caractérisé parce que nous appelons encore aujourd'hui « le sacerdoce universel ». Le sacerdoce universel entend que tous les fidèles sont rois. En cela, il présente une redistribution du pouvoir pastoral : le fidèle est apte à embrasser le rôle du pasteur, capable d'endosser la charge liée à l'office du pasteur, il est capable aussi d'officier. Le pasteur n'est pas plus roi que ne l'est le fidèle. À ce titre, la charge de pasteur est une charge civique, laquelle représente le pouvoir temporel. Eu égard au luthéranisme, le pouvoir spirituel et la charge proprement religieuse est assurée par Dieu uniquement. Le fidèle comme le pasteur, en effet, ne peut pas plus prétendre commander aux cieux qu'il ne peut prétendre servir les cieux ou être chargé par Lui. En conséquence, le pastorat relève de la charge proprement temporelle, éthique, civique : à ce titre, elle est exactement semblable à une charge de professeur de chair, de maire de la ville, etc. Par ailleurs, la question « le civique et le religieux sont-ils conciliables ? » anime encore les débats aujourd'hui. La question semble donc de la plus haute importance. Si la tradition luthérienne prend le parti d'une séparation incommensurable entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel (i.e. le temporel est toujours étrangers à la Raison de Dieu qui assure à lui seul la dimension spirituelle), certains mouvements protestants, conjointement aux réformés, défendent une perspective différente. Toujours est-il qu'au regard de la tradition luthérienne, la charge pastorale est une charge proprement civique. En tant que telle, elle représente le pouvoir temporel, lequel est présenté comme étant radicalement étranger à la Raison de Dieu ainsi qu'au pouvoir spirituel et atemporel qu'IL exerce. Chez Luther, Jésus-Christ représente l'événement factuel et ponctuel unique incarnant, dans la dimension temporelle et historique qui est la notre, la dimension spirituelle. Mais pour s'incarner ou se faire corps, IL s'est fait aussi opaque : c'est à ce titre que la voie qu'IL est, et qu'IL est l'unique à être, nous est obscure. À cet égard, Luther discrédite l'imitation de Jésus-Christ (Imitatio Christi) revendiquée par quelques scolastiques (dont Groote est probablement le plus connu). L'imitation du pouvoir spirituelle est en cela éloignée des prétentions de la charge pastorale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela étant dit, si le sacerdoce universel est une notion luthérienne, laquelle redistribue le pouvoir, elle eu une conséquence plus significative : que chacun puisse en effet supporter la charge pastorale est une chose, que chacun se retrouve en un sens seul face à Dieu qui est l'unique dépositaire et assureur des affaires célestes en est une autre. Nous parlons généralement de l'individuation de l'éthique, c'est-à-dire d'une posture qui confine le fidèle au face à face avec l'Éternel. À ce titre, nous serions tous eff
